Comment j’ai raté ma vie professionnelle

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J’avoue, le titre est assez déprimant. Autant vous le dire tout de suite, il ne correspond pas à ce que je pense de moi. En revanche, il est en parfaite cohérence avec l’image que l’on me renvoie.

Ma vie professionnelle est à un nouveau tournant. Tout allait pourtant bien. Les retours étaient excellents. J’étais bien même si on peut toujours être mieux. Et puis, au gré d’une réorganisation, tout est à recommencer. Ailleurs, bien sûr. Possiblement en interne. Sinon en externe.

Comme j’ai plutôt bonne presse, plusieurs personnes s’inquiètent de mon sort. Et là, c’est le début des ennuis :

  • Il y a ceux qui pensent que je devrais me précipiter à me recaser sur le premier job existant en interne.
  • Il y a ceux qui veulent à tout prix me recaser pour que j’ai quelque chose.
  • Il y a ceux qui me disent « mais putain qu’est ce que tu vas devenir ? »

Tous sont bienveillants. Et pourtant, tous m’enfoncent. Parce que je ne vais pas prendre le premier job ou me recaser, et encore moins sombrer dans des crises d’angoisses sans essayer de trouver une solution. J’ai l’outrecuidance d’aspirer à autre chose.

J’ai des compétences, pourquoi ne pas profiter de ce changement imposé pour essayer de trouver un nouveau défi qui colle à mon profil et à mes aspirations ? Hélas, on m’a parlé directement de postes sans me demander d’abord ce que je voulais faire ou me proposer une discussion autour de mon CV. Et pourtant, c’était vraiment gentil. Si l’on prend le schéma classique de mon métier, l’un de ces postes était d’ailleurs censé représenter une évolution, pour l’employé moyen dans ma condition. C’était donc bienveillant et même censé être valorisant. Mais j’ai eu l’impression qu’on s’adressait à ma collègue dont c’est le rêve, et non à moi.

Mon drame, c’est de ne pas être un clone. Et ce qui semble à certains une évolution relève pour moi du cauchemar : sur le poste en question, je le ferais extrêmement bien, j’ai les compétences pour, mais je m’y ennuierais à mourir parce qu’il n’exploiterait qu’une infime partie de mes possibilités. Autant dire qu’il vaut mieux éviter de me recommander pour ce poste…

Et c’est ainsi que j’ai découvert comment j’ai échoué dans mon poste actuel, alors que tous les signaux étaient au vert. Je n’ai pas su faire comprendre à mon équipe et à mes managers qui je suis, quel est mon profil, ou encore ce que je peux apporter. Pourtant, ils l’ont vu et en ont allègrement profité. Mais ça n’a pas imprimé.

Après dix-huit mois merveilleux auprès de personnes que j’adore, j’ai échoué sur les deux critères qui définissent pour moi -et non pour les managers- une expérience réussie :

  • Que mes managers soient capables de définir mon profil au-delà de la fiche de poste initiale, grâce à ce que j’ai pu leur apporter en plus de ce qui était initialement requis
  • Que mes managers aient envie de se battre pour me garder, au lieu de chercher à me recaser

Mon échec professionnel n’est pas lié à mes compétences ou à mes résultats dans mon job, mais à l’absence de travail autour de mon employabilité. Dans la grosse boîte, les managers ont des formations, des coachings mais nous, petits ETAM des fonctions support, nous n’avons rien. Si nous manquons de compétences en communication sur nous-mêmes, ce qui est mon cas, nous n’avons aucune chance d’évoluer. Parce que nous ne serons pas identifiés comme des talents, bien que nous le soyons. Nous sommes limités à la case à laquelle nous sommes assignés, qui est le poste pour lequel nous avons été embauchés.

Ayant parmi mes managers le plus bienveillant de la terre, j’ai pu exprimer qu’il ne l’avait pas posé les bonnes questions, et nous devons en reparler. Je doute cependant de la capacité de la grosse boîte à modifier son mode de pensée.

Soit nous y parvenons, soit il me faudra trouver une autre structure. Et repartir à la recherche d’une mission où là encore, je devrai faire face à la pensée étriquée de la majorité des recruteurs, qui focalisent sur des cases où mettre les gens selon des grilles à cocher au lieu de penser en mode projet avec un panel de compétences.

L’autre difficulté étant que j’ai fait la moitié de ma carrière dans un secteur dont il est interdit de parler en entretien -la politique, le Voldemort des recruteurs- ce qui ne permet pas de mettre en avant une très large partie de mes compétences, en particulier en analyse et management.

Ou comment cette vie professionnelle, dont je ne regrette pas un seul choix, me bloque toute évolution du seul fait du désintérêt que l’on peut porter à un profil atypique. Ce qui mène à rater sa vie alors qu’on pense sincèrement l’avoir réussie…