Primaire : les enjeux du second tour

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11258909Demain, la droite, le centre et les autres choisiront le candidat de la droite et du centre pour la présidentielle de 2017.

Comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, rien n’est joué. Et les enjeux sont considérables pour notre avenir.

L’enjeu de demain n’est pas de choisir le candidat que l’on souhaite voir élu en 2017. Cette question sera posée aux citoyens en avril prochain. C’est à cette date et uniquement à cette date que vous choisirez le candidat le plus proche de vos convictions, parmi ceux qui seront sur la ligne de départ. 15 jours plus tard, début mai, vous choisirez celui que vous pensez être le plus à même d’exercer la fonction de président de la République parmi les deux qui resteront en lice. Il sera peut-être très éloigné de vos convictions. Mais ce sera ce choix qui se présentera à vous.

En théorie, la primaire sert à ce que les sympathisants d’un des deux gros blocs, la droite et la gauche, choisissent le candidat qui portera leurs couleurs. Ils sont censés choisir au premier tour le plus proche de leurs convictions puis comme à la présidentielle, choisir au second celui qui leur semble le plus apte à incarner la fonction. En théorie, il n’est pas trop éloigné de leurs convictions. Mais tout ça reste de la théorie et aujourd’hui, la pratique est bien différente, parce qu’elle se confronte à la situation politique actuelle et aux enjeux de la présidentielle.

Personne ne peut dire à quoi ressemblera la présidentielle de 2017. On prédit un FN très fort et ce sera certainement le cas, en raison de la conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord, le FN est en constante progression dans les élections. Il dispose désormais d’une large accessibilité aux médias et ses électeurs assument en partie leur vote, même s’il reste encore une partie de vote caché. Pour autant, personne ne peut assurer du pourcentage que fera le FN au premier tour, on peut seulement l’estimer.

Parallèlement à cela, l’abstention est à la hausse. Et ça n’est pas par désintérêt des français pour la politique. Simplement, quand les français ne se reconnaissent pas dans les candidats qui sont en lice, certains font le choix politique de s’abstenir. Il y a d’ailleurs fort à parier que beaucoup se porteraient sur le vote blanc si celui-ci était reconnu. Quand on sait qu’aujourd’hui les votes blancs et nuls sont les seuls résultats non commentés lors des soirées électorales, on peut tout à fait comprendre que les électeurs se reportent sur un choix qui leur permet de se positionner dans le résultat électoral… ce que nos amis les politiques ont un peu de mal à comprendre.

L’abstention choisie est une donnée essentielle pour comprendre le scrutin qui s’annonce : si elle ne modifiera en rien la tendance qui se dégagera des urnes et donc qui sera le vainqueur, elle aura mathématiquement un impact sur le résultat final. Prétendre que l’abstention modifierait l’élection est une idiotie avancée par ceux qui pensent que les abstentionnistes auraient voté pour eux. L’unique impact de l’abstention est de faire perdre des voix aux modérés, sans en faire gagner aux extrêmes. Ce qui fait baisser les pourcentages des modérés, du fait de la démobilisation d’un électorat qui aurait pu, en d’autres circonstances, se porter sur tel ou tel candidat plus modéré, et monter le score des extrêmes, car leur électorat reste mobilisé.

Le risque de la présidentielle de 2017 se situe là : avec un FN qui progresse d’’un scrutin à l’autre, et une abstention qui progresse également, à combien sera le FN au soir du premier tour ? En d’autres termes, quel est le risque que le FN soit au second tour ? Bien évidemment, il n’y a aucune certitude. Mais ce risque est suffisamment élevé pour qu’il soit pris en considération. Dans un tel contexte, l’objectif de la primaire évolue. Il ne s’agit plus de choisir le candidat le plus proche de ses convictions, mais d’éliminer ceux qui ne seront pas en capacité de faire barrage au FN en mai prochain.

A cet égard, le résultat de dimanche dernier a été très clair : 79,3% des 4,2 millions de votants ont refusé la candidature de Nicolas Sarkozy. Dimanche dernier, si Fillon a techniquement remporté le premier tour, c’est en réalité Nicolas Sarkozy qui l’a politiquement perdu. Les votants ne se sont pas déclarés pour François Fillon. Juppé était donné en tête avec une avance confortable. Voter Juppé n’éliminait donc pas Nicolas Sarkozy, qui pouvait encore arriver 2ème. Voilà pourquoi un grand nombre de voix se sont portées sur François Fillon.

Qu’en sera-t-il pour le second tour ? Personne ne peut le prédire. Soit la primaire reprendra sa fonction initiale. Dans ce cas, seuls se présenteront aux urnes les sympathisants de droite et du centre, qui souhaitent choisir le candidat le plus à même d’occuper la fonction parmi les deux restants, incluant la donnée programmatique. Dans ce cas, la participation sera en chute libre et François Fillon a des chances de l’emporter avec un gros score.

Soit les électeurs qui se présenteront aux urnes chercheront à désigner le candidat qui sera le plus à même de rassembler les français de toutes tendances si le FN était au second tour. Dans ce cas, la participation sera probablement moins élevée qu’au premier tour mais restera tout de même importante, et Alain Juppé pourrait l’emporter avec une légère avance. Le suspense reste donc entier.

Y aller ou pas ?

La seule question que se posent les gens intéressés par la politique est de participer ou non à ce scrutin. Et ça, c’est une question personnelle à laquelle je ne peux pas répondre à votre place. Voici cependant quelques éléments susceptibles de vous aider dans votre réflexion.

Comme indiqué plus haut dans ce texte, le FN n’est pas assuré d’être au second tour. Simplement, au vu de ses scores et rien n’annonçant un effondrement de ce parti pour le moment, on peut à ce jour estimer que Marine Le Pen fera entre 25 et 33% au premier tour. Evidemment, elle peut faire moins si elle est écrasée par un camion (ce qu’on ne lui souhaite pas) ou si elle commet une énorme bourde de campagne. En politique, rien n’est jamais certain.

Pourquoi un score aussi élevé ? En raison du nombre de candidats dans les autres partis, ce qui fait mécaniquement baisser le score que leur camp pourrait faire avec un seul candidat. C’est pour éviter cela que les primaires se sont progressivement mises en place dans les partis, mais cela n’empêche pas les candidatures dissidentes. Vu leur nombre, le score de chaque camp descend mécaniquement. A gauche, nous avons donc déjà le candidat écologiste, le candidat qui sortira de la Primaire (si elle a lieu comme prévu) et Emmanuel Macron, auxquels s’ajouteront a minima les candidats d’extrême gauche (Philippe Poutou et Nathalie Arthaud) et peut être François Hollande. A droite, il y aura le vainqueur de la primaire, MAM, probablement Dupont-Aignan et éventuellement un candidat centriste, même si cette hypothèse reste peu probable.

Il y aura donc au moins 5 candidats à gauche et 3 à droite hors Marine Le Pen. Si on considère maintenant que Marine Le Pen réunit désormais un minimum de 20% des voix à la présidentielle, il ne reste plus que 30% à se répartir pour les 3 candidats de droite restant. Chaque candidat fera un score différent : les petits candidats feront moins que les gros. Mais le principe reste le même : un éclatement des voix peut faire perdre un camp, comme ça a été le cas en 2002 pour Lionel Jospin, arrivé 3ème derrière Chirac et Le Pen.

Tout se complique quand on prend en considération les candidats en lice. Le cliché général veut que la France soit un pays très politisé avec des électeurs de droite ou de gauche. C’est en partie vrai. Mais au risque de vous surprendre et de vous décevoir, ce ne sont pas eux qui font l’élection. C’est une évidence : si chaque électeur était ancré dans un camp, il n’y aurait jamais d’alternance… Autrement dit, ce ne sont pas les gens qui sont ancrés dans une idéologie qui font l’élection, ce sont tous les autres. Et tous les autres sont nombreux. Parmi eux, il y a les abstentionnistes (dont bon nombre étaient des électeurs ancrés dans un camp ou un autres) et ceux qui ne se sentent représentés par aucun parti. Tous ceux-là sont ceux qui, en mai prochain, feront l’élection. Parce que leur vote ou leur non-vote aura un impact sur le résultat final.

Or c’est à ceux-là que va parler le résultat de la primaire. En fonction de celui qui sortira des urnes demain soir, pourra-t-on les mobiliser pour l’élection présidentielle ? C’est la seule et unique question. Le candidat qui portera les valeurs de la droite et du centre pourra-t-il rallier les sans étiquette et les déçus ? Ou pas ?

Si tu es électeur de la droite et du centre, demande-toi si le candidat que tu vas choisir aura la capacité de remporter ensuite l’élection, c’est-à-dire de mobiliser sur sa gauche. Parce qu’il ne suffit pas de remporter la primaire : il faut ensuite être élu… Crois moi, c’est pas gagné.

Si tu es électeur de gauche, rappelle-toi que tu vas voter pour ton camp au premier tour en espérant que ton candidat soit au second tour et ne souffre pas de la dispersion des voix. Comme tu n’es pas sûr qu’il parvienne à dépasser cet écueil, tu peux réfléchir à ce qui se passerait au second tour dans le cas où ton candidat ne serait pas sélectionné. Si tu penses qu’il vaut mieux un candidat que l’autre même s’il reste très éloigné de tes idées, n’hésite pas à aller le choisir. Encore une fois, il s’agit de gestion de risque…

EDIT : une nouvelle candidate, Sylvie Pinel, vient de se déclarer à gauche. Peuple de gauche, tu as maintenant 6 candidats à la présidentielle. Il est temps que tu te mettes à calculer à combien sera le candidat de gauche ayant réuni le plus de voix au premier tour et que tu te demandes sérieusement s’il sera dans les deux premiers. Et si tu penses que le risque qu’il n’y soit pas est important, il est peut être temps que tu choisisses entre Juppé et Fillon qui te semble le plus acceptable même si, je te l’accorde, ils peuvent te paraître très éloignés de tes convictions. Au cas où…

Si tu es électeur sans étiquette, tu vas faire l’élection. C’est toi, in fine, qui va trancher le débat. C’est toi qui va peser vraiment à la présidentielle parce que les autres vont rester sur leurs positions. Comme à chaque fois, tu feras basculer le scrutin quel que soit ton choix, voter ou t’abstenir. Cette primaire te donne l’occasion d’éliminer certains candidats. A toi de voir.

Vous l’aurez compris, personne ne peut dire ce qu’il se passera en mai prochain. Personne ne peut agiter le chiffon rouge du FN. On peut simplement avancer quelques arguments qui laissent penser que la division des candidatures, qui est un gage de pluralisme politique, fait peser un danger sur l’issue du scrutin du fait du poids actuel du FN. L’instauration des primaires avait pour but de préserver le pluralisme politique en créant une élection à 4 tours mais les candidatures dissidentes ont rendu ce filtre inutile. Et la question du vote utile est revenue sur le tapis à l’occasion de cette primaire.

Chacun verra midi à sa porte, votera ou ne votera pas. Il n’y a pas d’obligation à le faire. Il n’y a pas de menace ou de chantage politique à faire. Il y a juste à informer du risque qui existe, c’est ensuite à chacun de le mesurer, de l’estimer, d’en tenir compte ou pas, de voir si on estime que ça n’est qu’un risque ou si on pense que dès qu’il y a un risque évitable, on l’évite. Car chacun est libre.

Le plus important, finalement, reste que le choix existe. Ceux qui voudront s’exprimer le pourront. Et en ce sens, c’est déjà un exercice démocratique réussi. Dimanche, face à ces enjeux, chacun est maître d’y aller ou pas. Mais quand même électeur, face aux enjeux, on compte sur toi.