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Kandahar évoque le voyage de Nafar, une femme afghane réfugiée en Occident qui décide de retourner en Afghanistan lorsqu’elle reçoit une lettre de sa sœur : celle-ci, qui vit toujours en Afghanistan, lui annonce qu’elle se suicidera avant l’éclipse du soleil.

Nafar tentera alors l’impossible pour sauver sa soeur, au péril de sa vie. Tout au long du voyage qui la mène de la frontière iranienne à la ville de Kandahar, elle vivra les contraintes imposées aux femmes par le régime taliban.

Ecran voilé

Niloufar Pazila, la femme afghane réfugiée au Canada qui a inspiré le sujet, est également l’interprète principale du film de Mohsen Makhmalbaf. Kandahar met en images le sort tragique de ces femmes privées de lumière sous leur burga, de ces enfants estropiés par des poupées minées, de ces réfugiés qui meurent de fin sur les routes de l’exil.

Il n’y a pas de héros dans le film. Juste un peuple qui essaie de survivre. Parce qu’il montre cette réalité géopolitique, Kandahar est un film nécessaire. Sa sortie dans les salles, en pleine guerre en Afghanistan, fait office, à quelques semaines du début de l’hiver, de caisse de résonance sur la question humanitaire,

Parallèlement, Kandahar produit un certain malaise sur le spectateur, pris entre le désir très fort d’adhérer à la juste cause qu’il défend, et le refus parfois violent de certains procédés employés pour y parvenir. C’est la mise en scène, qui induit le doute sur le propos de Moshen Makhmalbaf. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, Kandahar est filmé sur le mode du documentaire.

Ce traitement sied parfaitement au film et sert son objectif présumé. Jusqu’à ce que Moshen Makhmalbaf ne se prenne les pieds dans son propos. Une scène décrit le largage de prothèses, en plein désert. L’image est d’autant plus choquante que jamais tels instruments ne sont largués par hélicoptère.

Malgré une esthétique irréprochable, cet élément onirique est totalement déplacé dans un film tourné sur le mode du documentaire. Ce choix de mise en scène, douteux, induit un certain malaise : s’agit-il d’un film purement esthétique, ou d’un documentaire qui se tient aux faits ? À hésiter entre les deux formes, Moshen Makhmalbaf déroute le spectateur.

D’autres choix maladroits confirment ce sentiment. Dans une autre scène, le mollah donne un cours coranique, et renvoie chez lui un jeune garçon qui n’a su réciter ses versets. Le mollah est tyrannique, injuste et sans cœur. Si le mollah ne laisse aucune chance à l’enfant, Kandahar, en adoptant ces clichés, ne laisse aucune chance aux mollahs.

Enfin la position du réalisateur est elle-même source d’ambiguïté. Kandahar est en effet un film qui souffre d’une absence de point de vue. Si Moshen Makhmalbaf dresse un parfait catalogue des méfaits du régime taliban, sa volonté de rester en retrait ne permet pas de pousser suffisamment loin la réflexion sur la situation en Afghanistan. Scène après scène, le réalisateur ne dresse qu’un simple constat, qui fait de Kandahar un film démonstratif.

Le film n’est finalement que politiquement correct, là où on aurait attendu une condamnation plus ferme du régime taliban. Faute de mieux se positionner, Moshen Makhmalbaf apparaît politiquement ambigu, mais cette étiquette ne peut lui être attribuée que par défaut : rien ne permet en effet de justifier la moindre complaisance à l’égard des talibans.

Avec Kandahar, Moshen Makhmalbaf a relevé le difficile défi d’évoquer un pays voisin du sien, dirigé par un régime qui réfute toute notion d’image. Sans parvenir totalement à son but, le réalisateur a livré un film léché, plein de bonnes intentions, au propos intelligent. Reste pour le spectateur la nécessité de s’interroger avant de tenter de se faire une opinion sur ce film. La réponse dépendra essentiellement de ce que chacun attend du cinéma.

*Article rédigé pour Objectif Cinéma et publié à cette adresse