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Un week-end de militant comme les autres, un peu partout en France. Sur le terrain, dans nos familles, chez nos amis, ou dans la rue : les français sont en demande, ils attendent nos explications.

16h. Réunion militante.

Bien que ce ne soit pas le sujet annoncé par l’équipe, la montée du Non occupe les esprits. Ma voisine évoque les soucis rencontrés dans sa circonscription. Il y a deux jours, elle s’est carrément fait insulter, sur le simple motif de défendre le Oui.

Nous échangeons nos témoignages, points de vue, arguments, idées. La dernière en date : reprendre l’idée d’un département voisin, louer des étales sur les marchés, distribuer des constitutions et se tenir à la disposition de chacun de nos concitoyens. A J-40 et quelques, toutes les idées sont bonnes à prendre…

19h. Apéro chez des amis.

Samedi soir typique pour un jeune de mon âge. Vu ma journée, je ne m’attends pas vraiment à reparler de la Constitution. La maîtresse de maison est encartée, mais nous n’avons pas le souhait de parler politique. Très vite pourtant, le sujet fait son apparition, lancé par le face à face de jeudi dernier entre les jeunes et le Président de la République. En moins de deux minutes, Marc et Thomas m’assaillent de questions.

Premier constat : ils sont tous les deux fortement européens, et ne ressemblent en rien aux jeunes qui se sont exprimés jeudi, et dans lesquels ils ne se sont absolument pas reconnus. Tous deux balaient d’un revers de la main les questions franco-françaises qu’ils ont pu entendre, de même que l’aspect purement politicien. Ils sont amplement convaincu que la Constitution n’a rien de libérale. Eux, ils se posent « de vrais questions » et veulent « de vrais réponses ».

Thomas, partisan du Oui, décide de se faire l’avocat du diable. Conducteur de travaux, il m’explique ainsi que ses ouvriers ne savent pas ce qu’est une Constitution. Qu’ils sont en mesure de s’informer, mais qu’après leur journée de travail, ils n’ont pas envie de « faire l’effort ».Il me dit donc « Qu’est ce que la Constitution ? ».

Question basique, mais à laquelle il devient urgent de répondre… Je lui réponds sans problème qu’il s’agit d’un texte visant à poser les règles de fonctionnement de l’Union Européenne, qui devient politique, et d’en poser ses valeurs, mais il me rebondit tout de go : « Communiquez là dessus ! Faites simple ! »

Marc, lui, est « plutôt tenté par le Non », mais cherche à s’informer au maximum. Son problème ? « J’ai peur qu’à terme, nous perdions notre identité française, et je pense que nous ne sommes pas prêt ». Marc comprend bien, et accepte la Constitution. Mais il se sent responsable de l’Europe qu’il laissera à ses enfants, et ne veut pas signer un chèque en blanc.

Je passe près d’une demi-heure à lui expliquer que la Constitution ne prévoît pas la perte de notre identité, et lui rappelle que c’est sur ce texte que nous devons voter. Au terme de notre discussion, il dit avoir apprécié l’échange sans langue de bois, mais avoue qu’il reste indécis.

22h. Dans un fast-food.

Là, à priori, pas de raisons qu’on me parle de la constitution. Je commande donc mon menu sans me soucier du reste. Mais un détail anodin va intéresser une cliente. En attendant ma commande, j’ai posé sur le comptoir mon lourd carton de tracts. Lucie, mère de famille, vivant au Luxembourg et mariée à un anglais, s’approche timidement : « je peux vous poser une question sur la Constitution ? ».

Ca y est, cette fois, je suis vraiment le Jack Bauer de la Constitution. Comme dans la série américaine 24h, je sens que je n’aurai pas une seconde de répit pendant les 7 semaines qui me reste pour convaincre, je m’attèle donc à essayer de sauver non pas le monde, mais l’Europe. Rien que ça. Action ! Lucie, de par son mode de vie, se sent profondément européenne. Mais ne comprend pas ce que lui apporte la Constitution.

Je lui explique alors que la Constitution aura un visage (le Président et le ministre des Affaires étrangères), que le rôle du Parlement sera renforcé, que le fonctionnement de l’Europe, à laquelle elle adhère déjà, sera simplifié et amélioré. Qu’il s’agit d’un début et non d’une fin. Lucie est convaincue : même si son mari britannique la taquine gentiment en exacerbant le cliché de l’anglais anti-européen, elle votera Oui, pour elle, et pour leur fils.

Dimanche 17 avril – 13h00 – Réunion de famille au grand complet.

Je me dis que l’on va pouvoir éviter les sujets politiques pour quelques heures… Encore une fois raté : le référendum est dans tous les esprits… Connaissant les opinions politiques de ma famille, je me dis que le consensus sera rapidement de mise. Encore une fois, c’est raté ! Qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que sur les 15 personnes en âge de voter, 8 seulement étaient sur de voter OUI…

En creusant le problème, je m’aperçois que l’Europe passionne, que l’Europe est attendue, mais que la teneur de certains propos tenus par tel ou tel durant la campagne attisaient les peurs… C’est dans ces moments là qu’on se dit qu’il est de notre devoir militant de rétablir certaines vérités !

Après une longue heure de discussion, d’arguments, de contre arguments, enfin des résultats, 12/15 sont maintenant certains de voter OUI le 29 mai…

La campagne se déroule chaque jour au coin de notre rue, dans nos écoles, nos universités, mais avant tout dans notre propre famille. Alors, tous au travail, il ne reste plus que 41 jours !