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« Unis dans la diversité », telle est la devise de l’Europe. S’il est bien un domaine dans lequel cette devise trouvera toute son application, c’est l’Europe de la Culture.

Cette semaine, se tenaient à Paris les rencontres européennes de la Culture. Près de 500 artistes ont participé aux travaux, sous le haut patronage du Président de la République Jacques Chirac, et avec la participation de Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, et José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne. Autant de personnalités politiques venues expliquer au monde des arts en quoi la Constitution européenne est une chance pour la Culture.

Actualité oblige, certains tenants du Non se sont déchaînés. On a ainsi pu entendre Jean-Pierre Chevènement dire que « la Constitution étrangle le cinéma européen et français », au motif que dans l’Union, « 18 pays de dix millions ou moins d’habitants n’ont pas d’industrie cinématographique » d’où selon lui, la possibilité, pour les « lobby hollywoodiens », de réunir des« minorités de blocage ».

Premièrement, j’aimerais bien connaître sa liste des 18 pays européens de moins de 10 millions d’habitants qui n’ont pas d’industrie cinématographique. Parce que pour moi, cinéphile aguerrie il est vrai, les 25 pays de l’Union européenne ont tous une industrie cinématographique, même les plus petits… Peut être avons-nous un problème de définition… Donc je me permets de rappeler à Monsieur Chevènement que l’industrie cinématographique se compose de la production des films, de leur distribution, et de l’exploitation dans les salles. Monsieur Chevènement imagine-t-il qu’il n’y a pas de salles de cinéma dans certains pays de l’Union européenne ? A-t-il une vision aussi archaïque de notre continent ? Si il y a des salles, il y a des distributeurs pour louer les copies à ces salles : vérification effectuée, il y en a bien dans tous les pays de l’Union. Enfin, pour enfoncer le clou, tous les pays de l’Union européenne produisent des films, au minimum en coproduction. Par exemple, Chypre a coproduit 4 films depuis 1998, la Slovénie en a coproduit 4 depuis 1997 dont No Man’s land de Danis Tanovic qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes en 2001, et même Malte a coproduit un film en 1997 !

En la matière, ce système facilitant les coproductions est justement la grande force de l’Europe. Cela permet à de petits pays de produire des films, en s’aidant des moyens financiers de pays plus riches ou voisins. Ce système, très inspiré par la France, qui le pratique depuis la création du Centre National de la Cinématographie (CNC) dans les années 40, permet aux sociétés de production de pouvoir toucher des aides européennes, sous condition de financement de plusieurs pays européens. Pour mémoire, le CNC a été créé pour éviter « les risques d’invasion » des films américains après la guerre.

L’Europe, qui n’a pas attendu la constitution pour permettre aux pays européens de travailler en coopération, et soutenir son industrie cinématographique. Elle propose aujourd’hui avec la Constitution d’aller plus loin. Tout d’abord, comme l’a rappelé le Président de la République aux artistes présents lors de cette journée, le traité « permet un progrès décisif », puisque « pour la première fois, la vocation culturelle de la construction européenne sera élevée au rang des objectifs fondamentaux de l’Union ». Ensuite, la Constitution intègre le principe de l’exception culturelle : les décisions en ce domaine seront soumises à la règle de l’unanimité, ce qui permettra à chaque pays de conserver son droit de véto. Et c’est capital ! Rappelons qu’en 1998, la France avait fait échouer les l’AMI (accord multilatéral sur l’investissement) lors des négociations de l’Uruguay Round, menées dans le cadre de l’OMC, au motif que… l’exception culturelle n’était pas prise en compte dans le projet d’accord.

Depuis l’Uruguay Round, les artistes n’ont jamais relâché leur mobilisation, et souvent débattu avec les institutions –avec la Commission européenne en tête- pour sauvegarder l’exception culturelle. En 2003, le monde des arts s’est fortement mobilisé pour que le projet de Constitution intègre l’exception culturelle. C’est désormais chose faite, grâce aux fortes pressions exercées par la France.

Il est temps pour Monsieur Chevènement de cesser de faire son cinéma, et laisser cela aux vrais professionnels. La Constitution européenne renforcera l’existence des cinémas européens, même des plus petites industries, et leur permettra de survivre face au géant hollywoodien. Pour la diversité des cultures en Europe, une seule solution : Votez Oui le 29 mai !