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Lors de mon inscription au Pôle Emploi, j’avais obtenu d’être orientée vers le Pôle Emploi Cadres, qui va désormais me suivre tout au long de mon processus de recherche d’emploi. Bon, lors de l’inscription, le conseiller m’avait placé dans un groupe au hasard, car évidemment, le métier de chargé de mission n’entre dans aucune case. Je suis donc tombée dans le groupe « Finances & Juridique ». Hum… Juridique, si on veut, mais en droit public.

Ce matin, je me pointe à l’adresse indiquée et je me trouve… Face à une grille fermée. Le Pôle Emploi n’est jamais trop prudent : des fois que les cols blancs attaqueraient… Une bonne dizaine de cadres poirautent déjà, et nous attendons dans le froid que les conseillers aient terminé leur café. A 9h01, la grille se relève, et une hôtesse d’accueil ouvre les deux portes fermées à clef. Se barricader semble être le leitmotiv, ici.

Je pénètre dans Fort Knox, me dirige vers l’accueil, donne mon nom… et l’on m’indique une salle où patienter, « parce que la salle n’est pas prête ». Me voici confrontée une nouvelle fois aux contradictions de l’administration : nous autres, chomistes, nous avons le devoir d’être à l’heure. Mais pour nos interlocuteurs, c’est une option, et manifestement même lorsque nous sommes le premier rendez-vous de la journée.

J’attends, donc, en compagnie de mes camarades d’infortune, dans la salle des ordinateurs. Je dis bien DES. Parce qu’à partir de 2, on emploie le pluriel. Parlons donc un français correct…

Une petite blonde toute mimi, qui a l’air sympa, nous emmène dans la salle de réunion. My God, ça promet. Chacun s’installe autour de sa table, et nous regardons avidemment le tableau-écran sur lequel est projeté un PowerPoint. Hum, un PowerPoint pour des cadres, sûrement pour ne pas trop nous dépayser.

Commence la thérapie de groupe. Chacun est invité à se présenter, en précisant son dernier poste, ce qu’il recherche, et les démarches déjà effectuées. Histoire de briser la glace. De toutes façons on doit tous y passer, donc un premier candidat se lance :« Bonjour, je m’appelle X… ».

Evidemment il y a une crétine pour répondre « Bonjour X ! » : c’est moi. Parce qu’à ce stade, soit je déconne, soit je m’endors, soit je me suicide aux Smarties, soit j’avale une boîte de Lexomil. Que je n’ai pas. Parce qu’en théorie, je n’ai pas besoin de Lexomil. Mais attention, ça pourrait venir.

Arrive mon tour…

Moi : « Bonjour, je m’appelle FML, ma première réaction est de me demander si je suis bien dans le bon groupe, mais à voir la liste des groupes, je n’entre dans aucune case, donc celui-là fera l’affaire. Je suis chargée de mission en collectivités territoriales, et l’essentiel des postes étant sur le marché caché, je travaille essentiellement mon réseau. A ce stade, j’ai déjà eu 8 entretiens, les processus sont en cours. »

Conseillère : « Mais vous ne cherchez pas ailleurs ? » balance-t-elle après nous avoir fait tout un speech sur la nécessité d’axer tout de suite notre recherche sur le réseau.

Moi : « Si, mais les annonces du Pôle Emploi sont vraiment de seconde facture, tant en ce qui concerne leur intérêt qu’au niveau du salaire. Ce sont soit des postes très spécialisés (rapport au droit maritime !) soit des postes indécemment sous payés. Mes autres sources sont l’APEC, la Gazette des Communes, Sciences Po Avenir et les sites des associations de collaborateurs d’élus. »

Conseillère : « Mais pour travailler dans les collectivités territoriales, il faut obligatoirement un concours ! »

Moi : « Non, absolument pas. La fonction publique, qu’elle soit territoriale ou d’Etat, emploie une très large part de contractuels. Notamment sur les postes de chargée de mission, et particulièrement dans ma spécialité, collaborateur d’élus ».

Conseillère : « Bon, je vais regarder votre dossier, mais effectivement, ça ne correspond pas trop. Mais ce n’est pas grave »

Non, rien n’est grave, et très franchement, ne pas entrer dans les cases, ça me correspond bien. Ceci dit à ce stade, il apparaît clairement que cette pauvre conseillère ne connaît rien à mon domaine, ce qui n’est pas très rassurant.

Et ce n’est que le début des réjouissances…

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Une fois que tout le monde s’est présenté, Conseillère nous présente le programme qui nous attend. Autrement dit, la liste des pointages obligatoires. Et là, c’est le drame. Lors de l’inscription, on m’avait dit que je serai tranquille pour chercher du boulot pendant 3 mois, et qu’après j’aurais un suivi mensuel. Pour les Cadres, ça ne marche pas comme ça : direct dans le bain !

J : inscription au Pôle Emploi.
Jusque là ça va, on a tous passé l’étape avec succès sinon on ne serait pas en thérapie de groupe.

J + 15 Jours : Atelier Focus
C’est la séance de thérapie du groupe du jour.
Pour moi ça sent l’arnaque, je n’en suis qu’à J+2…

J + 1 mois : Atelier Stratégie
Tenez vous bien, c’est le stage commando de la recherche d’emploi. Pendant 3,5 jours (un chiffre con), vous allez apprendre à définir votre stratégie de recherche d’emploi… chez un prestataire. Pas au Pôle Emploi, faut pas déconner.

J+1,5 mois : Atelier S@D
Là, on fait le bilan de la recherche d’emploi… et on subit une présentation du site internet Pôle Emploi, dont je vous ai déjà dit tout le mal que j’en pense. Conseillère est vraiment très gênée de nous imposer ça -elle pense qu’en tant que cadres, on sait utiliser internet, ou au pire, on sait lire-, mais c’est o-bli-ga-toire. On lui fait remarquer que c’est un peu con de présenter le site au bout d’un mois et demi. Elle est vraiment très gênée. Nous, on a pitié d’elle.

J+3 mois : entretiens mensuels individuels avec Conseillère, comme pour les autres chomistes.

Evidemment les dates se calent tout de suite, donc pour moi, le stage commando commence dès lundi. C’était ça ou la semaine suivante. Donc comme je n’ai pas d’entretien prévu cette semaine, je préfère me débarrasser de la corvée tout de suite.

Enfin, pour l’obtenir, il faut tout de même batailler. Parce que Conseillère veut nous vendre sa soupe -c’est o-bli-ga-toire !- mais se heurte à une large résistance. Normal, certains ont déjà des rendez-vous calés, or on ne peut pas manquer une seconde. Donc, personne ne veut s’inscrire. Enfin, si, on est 3 à être OK. Mais elle s’entête à convaincre les autres -parce que c’est o-bli-ga-toire !- et tout le monde a bien du mal à lui faire comprendre qu’on ne décale pas un rendez-vous avec un chasseur de tête, un consultant étranger de passage à Paris ou un élu. Ca ne rentre pas du tout dans son cerveau…

Dépité, elle décide de laisser réfléchir les réfractaires, part inscrire ceux qui sont ok, et boom, y’en a qu’un qui est pris. Y’a plus de places. Bah oui, pour nous inscrire, elle passe par un logiciel, et tous les autres Pôle Emploi Cadres du secteur sont sur les rangs pour choper les places, qui partent comme des petits pains. Donc elle nous propose un autre lieu (plus Issy, mais Paris). On dit OK. Et là, re-belote. Elle prend ma nouvelle copine, mais pas moi. Donc je gueule, logique. Elle tente une diversion en me disant qu’on n’a pas cessé de discuter, mais je la rembarre en lui rappelant que je suis OK pour le 14 depuis le début, et que c’est elle qui perd du temps. Et là, sous la pression, elle retourne m’inscrire à un énième endroit.

Je me retrouve à faire mon stage commando chez Assofac, ce qui, très entre nous, ne me rassure pas vraiment. M’enfin ! L’atelier S@D lui, est prévu le 12 octobre. Avec le même groupe de thérapie. C’est chouette, on pourra se raconter nos stages commandos, et remonter le moral des troupes !

C’est le temps des questions, et une candidate s’interroge sur les possibilités de formation. Réponse gênée mais claire de Conseillère : soit les formations gratuites de l’AFPA ou du CARIF (pour l’Ile de France), soit rien… parce qu’il n’y a plus de budgets. Et formations courtes de rigueur, l’objectif étant de reprendre un emploi au plus vite. Ah oui, il faut faire baisser les sacro-saints chiffres du chômage… et sans que ça coûte trop cher à l’Etat !

La séance se termine par un petit rappel : nous devons envoyer notre CV à Conseillère, dont nous avons tous noté l’adresse e-mail : conseillere-emploi@pole-emploi.fr. Jusque là ça a l’air simple. Sauf que ça fait trois fois que Pôle Emploi m’envoie en retour que le mail ne peut lui parvenir, sans me préciser si l’adresse n’existe pas ou si sa boîte est pleine. J’appelle donc le 3949, sans grand espoir qu’ils puissent faire quelque chose. Et là : « Le service est actuellement fermé ». Bah oui, pas de plateforme le vendredi après-midi… Arrggghhhhh !!!!!

Finalement comme d’habitude, je me débrouille en connectant mes neurones. Après avoir testé le tiret -ce qui était écrit au tableau- puis l’underscore -ce qui ressemble le plus à un tiret-, je tente le point… O miracle, cette fois, pas de retour de mail. Je choisis de déduire que mon mail est bien arrivé à destination. Mais je conserve les précédents envois, histoire de démontrer ma bonne foi au cas où mon mail se serait perdu dans le cyberspace du domaine pole-emploi.fr.

Bilan de ma matinée : avant ma thérapie de groupe de ce matin, je pensais avoir un peu de temps pour chercher du travail, et finalement, mon prochain créneau disponible est dans une semaine. Mais bon, ne nous plaignons pas : en tant que cadres, nous avons droit à un stage commando, ultra privilégiés que nous sommes. Le chomiste de base, lui, peut aller se faire biiip. Pour l’égalité de traitement, on repassera…