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La musique a été la première touchée. Selon la mission Zelnik, c’est « du fait de la facilité à dupliquer, reproduire, indexer et distribuer un fichier musical à peu de frais. ». Ca n’est pas faux, mais incomplet.

A l’époque, internet n’était pas le même qu’aujourd’hui. Au moment de l’explosion de Napster, l’ADSL n’était pas la règle en France, le dégroupage total n’existait pas, et la vitesse de transition des données n’avaient rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Télécharger un film, d’un volume souvent 10 fois supérieur à celui d’un album musical, était une opération bien plus fastidieuse qu’aujourd’hui. Ce qui est arrivé à la musique tient en un constat simple : personne, dans le monde, n’avait envisagé internet comme un nouveau marché.

Echaudées, les majors se sont mis à réfléchir à des solutions, que ce soit en streaming ou en téléchargement légal, afin de ne pas reproduire ce désastreux schéma de manque à gagner sur les autres produits culturels, que ce soit les produits audiovisuels ou le livre. Malheureusement, la France n’a pas pris ce train là. Au lieu d’envisager enfin internet comme le marché qu’il est, on pense « répression » et on crée des usines à gaz pour tenter de forcer le consommateur à… ne pas consommer de culture (sur ce média), ce qui est pour le moins curieux.

Il serait tellement plus intelligent de structurer ce nouveau marché… Ce que préconise le rapport Zelnik : « La première urgence est d’agir pour le décollage des services musicaux en ligne ». Plus de 10 ans après le succès de Napster, qui permettait de télécharger en ligne des fichiers essentiellement musicaux, le milieu semble enfin réaliser qu’internet n’est pas un repère de pirates, mais un nouveau marché. Les usages s’étant modelés à partir du piratage, puisque c’était le seul modèle, il devient aujourd’hui nécessaire d’inciter au téléchargement légal.

A l’heure où Itunes (téléchargement) et autres Deezer (streaming) sont déjà de grands succès, il serait effectivement temps que les professionnels français se remuent. 10 ans pour réagir, c’est un peu long. 10 longues années de tergiversation, de minaudages d’auteurs jouant les victimes, au lieu de réfléchir à des solutions concrètes.

Ce débat sur le téléchargement sur internet rappelle d’ailleurs étrangement le débat sur les cartes illimitées de cinéma, en 2000/2001. Souvenez vous, lorsqu’UGC a lancé sa carte, on a crié à la mort de la création culturelle, les ayants droits allaient gagner moins (car chaque ticket venant d’une carte illimité était considéré comme un tarif réduit, ce qui générait une moindre remontée des recettes). Bref, ce n’était pas une question d’art, mais de fric. La vente des cartes a même été temporairement suspendue, quelques mois, avant de reprendre.

Dix ans après, plus personne ne songe à remettre ce système en cause.

Pourquoi ?

Parce que ça a amené au cinéma des gens qui n’y seraient jamais allés sans ses cartes. Et parce que les cinéphiles comme moi ont surconsommé. Les recettes ont donc été supérieures : les cartes illimitées ont élargi le marché.

C’est pourquoi Hadopi ne règlera rien. La répression ne fait que masquer et retarder la nécessité de composer avec ce marché. Si la création française veut éviter le désastre connu avec la musique, il devient urgent de l’accepter.