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Le cliché selon lequel les internautes téléchargent illégalement pour ne pas payer ce qu’il consomme est complètement éculé. Au fil du temps, et grâce notamment aux campagnes de sensibilisation, les mentalités ont évolué.

La nécessité de proposer une offre légale…

Aujourd’hui, de nombreux internautes ne refusent pas de payer. Ils déplorent simplement l’absence d’un marché légal sur lequel ils pourraient consommer en toute légalité.

Comment reprocher à un internaute qui télécharge une œuvre en version originale qui n’existe pas sur le marché de son pays de voler les auteurs de ce même pays ?

Nombreux sont ceux qui veulent juste avoir accès à la version originale créée par l’auteur, et non la version doublée voire altérée proposée par le diffuseur de son pays. Ils téléchargent alors faute de trouver sur notre territoire le produit qu’ils recherchent.

Il faut savoir que les chaînes de télévision, en France, achètent à prix d’or certains produits, et obtiennent, dans leurs contrats, des autorisations aberrantes au regard du droit d’auteur, que n’apprécieraient pas vraiment les artistes français : autorisation de couper, d’imposer un doublage validé par la chaîne, de ne pas diffuser obligatoirement le produit acheté pendant la période où la chaîne dispose des droits, de ne pas diffuser les épisodes d’une série dans l’ordre…

On se retrouve ainsi avec une toute puissance du diffuseur, et l’impossibilité de recours du consommateur. TF1, première chaîne française, est coutumière de cet abus de position dominante : coupures de scènes (qui pourraient, selon elle, choquer le téléspectateur), réécriture des dialogues (conduisant souvent à une grave altération du produit), maintien de certains produits achetés dans les placards de la chaîne (sortant ainsi le produit du marché), diffusion des séries dans le désordre (rendant impossible le suivi de l’intrigue), …

Comment alors reprocher à un internaute d’aller chercher le produit original, et de le regarder en entier et dans l’ordre ?

Il serait étonnant qu’un auteur soit opposé à un tel respect de son œuvre….

Comment reprocher à un internaute d’accéder à un produit qui n’est plus accessible sur son territoire puisqu’enfermé dans les placards de la chaîne, qui refuse de le diffuser ?

Il serait étonnant qu’un auteur qui vend les droits de diffusion de son œuvre soit opposé à ce qu’effectivement, elle soit regardée…

Comment lui reprocher un « vol » si ce même produit n’est pas disponible sur internet en téléchargement légal ?

Si le produit recherché n’est pas disponible légalement sur un territoire, alors que l’auteur a souhaité la diffusion sur des supports qui ne nécessitent aucun paiement de l’utilisateur (free tv, radio) sur ce même territoire, il est difficilement compréhensible que l’on reproche à l’internaute de ne pas avoir payé ce visionnage, juste parce qu’il voulait voir une œuvre originale et non modifiée par le diffuseur.

… au juste prix

Le téléchargement existe depuis plus de 10 ans, et la pratique n’a cessé de se répandre chez les internautes, notamment parce que les évolutions technologiques ont permis d’avoir une meilleure bande passante, pour une consommation illimitée de l’internet… alors que dans le même temps, les ayants droits n’ont pas organisé le marché du téléchargement. De fait, le principe de gratuité s’est imposé.

Si aujourd’hui, et du fait des campagnes de sensibilisation, une part des internautes est d’accord pour payer sa consommation de produits culturels, cette offre doit se faire au juste prix.

Il est inconcevable que subsiste en ligne des offres telles que celles de TF1 Vision, qui profitent de disposer des droits sur un territoire des produits qu’elles achètent pour la télévision, qui incluent la VOD pour les proposer légalement à un tarif prohibitif.

Ainsi sur TF1, lorsque vous achetez un épisode de série, vous payez entre 1,99 et 3,99 euros. Une saison faisant en général 24 épisodes, vous devez régler de 48 à 96 euros pour voir une saison, sachant que le coffret DVD coûte en général entre 40 et 60 euros. Et pour ce prix, vous avez 30 jours pour visionner le produit, ce qui est très court, et une fois que vous avez démarré le visionnage, vous avez 48h pour le terminer.

Autant dire que ces conditions sont trop restrictives et inacceptables pour un prix si élevé. Naturellement, cet abus de position dominante a un effet contraire à celui recherché, puisqu’il favorise le téléchargement illégal. TF1 porte donc une part de responsabilité dans cette affaire.

La régulation passe par la création de plateformes en ligne.

Habituellement, les droits cédés par les ayants-droits sont exclusifs pour un support, sur un territoire et pour une durée précise. Il est donc dans les mentalités des diffuseurs d’estimer disposer d’une exclusivité.

Or, ça n’est pas le cas en ce qui concerne la VOD, dont les droits, s’ils sont en général cédés aux chaînes avec les diffusions TV, ne sont absolument pas exclusifs. En d’autres termes, les ayants-droits peuvent tout à fait les céder aussi à d’autres diffuseurs, sur le même territoire, et sur une durée identique ou se chevauchant avec celle d’autres diffuseurs.

Techniquement, donc, il n’existe aucun problème à l’existence de plateformes qui proposeraient un téléchargement légal. Or, la multiplication des sources où trouver le produit imposerait la règle du jeu de la concurrence, ce qui permettrait de faire baisser le prix de vente aux internautes. Et de faire ainsi sauter l’un des verrous psychologiques au téléchargement légal, à savoir le prix de la prestation.

Il existe à l’heure actuelle une expérimentation portant sur les retransmissions sportives, que ce soit pour le hockey, le basket ou le football américain. Les internautes du monde entier peuvent accéder à une plateforme unique, et s’abonner pour la saison à des tarifs correspondant à leur zone géographique, donc adaptés à chaque marché.

Cette expérimentation pourrait évidemment, si elle est concluante, inciter les majors à développer le même système pour les produits culturels.

Alors, qui se lancera en premier sur ce nouveau marché ?