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Depuis toute petite, je savais que mon arrière grand-père, Charles La Mache, était mort dans des conditions atroces -un accident de train- et que l’un de ses fils, présent, avait été marqué à jamais. Jusqu’en 2008, je n’avais jamais eu le moindre détails sur cet horrible événement.

Lorsque j’ai repris les recherches généalogiques, je me suis naturellement intéressée à cet accident. Tout d’abord, j’ai entendu la rumeur selon laquelle Charles aurait voyagé en première, laissant son fils en seconde.

Puis ce week-end, j’ai appris qu’il aurait effectivement voyagé en première -étant surclassé car il était gradé et blessé de guerre- alors que son fils et sa femme voyageaient en seconde (tiens, tiens, maintenant l’arrière-grand-mère était du voyage…), et que l’accident était du au stationnement d’un train en grève et à l’absence de panneaux lumineux. Soit.

N’ayant toujours pas accès au dossier conservé aux archives de la SNCF -il paraît que ce dossier est au contentieux… depuis 1937 ?- j’ai mené l’enquête comme j’ai pu, et les réponses sont venues de la presse locale de l’époque, enfin numérisée et accessible en ligne.

Ainsi, j’ai pu apprendre grâce à Ouest Eclair du 12 juillet 1937 (page 1 et page 2) que la catastrophe

  • n’était pas due à une grève
  • qu’il y avait bien des panneaux de signalisation
  • que le train de mon arrière-grand-père était arrêté en attendant le signal (donné par le sémaphoriste) lui donnant l’autorisation de démarrer
  • que le train qui l’a embouti semble n’avoir pas respecté sa propre signalisation
  • que le train était stationné en sortie d’un virage, ce qui le cachait à la vue du train qui arrivait
  • que le chef du train qui allait être emboutie a tenté de se signaler au train qui arrivait
  • que le choc a été violent, le train arrivant sur l’autre à 50km/h : la photo du wagon éventré, qui a déraillé, le démontre elle aussi
  • que mon arrière-grand-père se trouvait dans la seconde voiture, celle qui a été emboutie ; ce qui ne lui a laissé aucune chance, probablement en raison de son positionnement dans la voiture
Voilà comment le petit village du Tronchet perdit son maire, Charles La Mache, laissant une veuve éplorée, qui se mura dans le silence, et six enfants dont le dernier n’avait que quatre ans.