Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Nicolas Sarkozy était partout dans la télé ce mardi 16 novembre, pour parler aux Français. Un nouveau SarkoShow très attendu après ce remaniement fleuve, qui a pris près de six mois… et fait tourner les chaînes infos en spéciale pendant tout un week-end.

Que dire de cette émission ?

Sur la forme, le président s’est invité dans les médias pour lancer sa campagne présidentielle pour 2012 pour donner la feuille de route du gouvernement, alors que son Premier Ministre ne fera son discours de politique générale que mardi prochain, devant l’Assemblée Nationale. Preuve s’il en était nécessaire que François Fillon n’a nullement repris la main – le show autour de Fillon était simplement destiné à amadouer une majorité UMP un peu turbulente et à remettre tout le monde dans un esprit bien godillot- et que tout se décide encore à l’Elysée. Faut pas déconner.

Souvent énervé par les questions des journalistes – auxquels il a souvent préféré répondre par d’autres questions, voire changer de sujet, ou même exiger d’eux des réponses – Nicolas Sarkozy n’a pas su fixer un cap permettant de donner une nouvelle vision à la France pour les 18 derniers mois de son mandat. La feuille de route est claire : rien ne changera !

Autocentré et psychorigide, Nicolas Sarkozy a certainement produit là sa plus mauvaise prestation, à mi-chemin entre A Bout de Souffle et Men In Black tant il a souvent tenté d’utiliser le neuro-laser, cette arme qui permet d’effacer la mémoire de ceux que l’on vise avec. Entre approximations, omissions, mensonges, et chiffres dont tous les observateurs confirment qu’ils sont fantaisistes, Nicolas Sarkozy s’est fermé sur lui même, en total décalage avec les attentes de la population.

Faute de profondeur politique, scrutons le détail…

Sur le désastre du feuilleton du remaniement, le président a écarté d’un revers de la main la lenteur du processus, rappelant qu’il avait indiqué que le gouvernement précédant la mènerait jusqu’au bout. Un peu court… Il eût gagné à avouer avoir commis une erreur en annonçant si tôt ses intentions.

D’autant qu’il a effectué une légère reculade, en reconnaissant pour la première fois des dérapages liés au débat sur l’identité nationale… sans toutefois remettre en cause le discours de Grenoble, dans lequel selon lui « il n’y avait pas une outrance », avant de faire porter le chapeau à la presse, qui a osé ouvrir les JT sur les faits divers, en « stigmatisant sur l’attaque de la gendarmerie ». Attaque violente et gratuite contre la presse, mais sur le fond, si l’on part par là, alors quid des députés qui, aux Questions au Gouvernement, n’ont pas hésité à faire l’amalgame entre l’incendie d’un collège au Mans et les casseurs, alors que les jeunes venaient d’entrer dans les manifs ? Alors que l’enquête débutait à peine ? Les journalistes sont des salauds, mais pas les députés UMP qui pose ces questions destinées à mettre en avant son ministre de l’Intérieur, sans que celui-ci ne réagisse sur ces amalgames ? Il y aurait d’un côté les vilains journalistes, de l’autre les gentils députés UMP ? Quand cesseront ces clivages ?

Ne reculant devant aucune posture ridicule, président de la République est même allé jusqu’à minimiser le conflit social autour de la réforme des retraites. Son attitude de girouette a d’abord atteint des sommets lorsqu’il a indiqué, yeux dans les yeux, que « ce conflit a eu lieu sans violence, à part quelques débordements, lors de 9 journées d’actions nationales». Souvenez vous pourtant qu’à l’époque, le gouvernement s’exprimait dans tous les médias sur le fait que l’entrée des jeunes dans le mouvement apportait les violences, avec une certaine tendance à l’amalgame entre jeunes et casseurs…  Les jours passent, la manière d’aborder l’histoire change, selon la soupe à vendre…

Sur les soit disant réussites, Nicolas Sarkozy s’est félicité lors d’une question sur les déficits publics de la réduction entamée du nombre de fonctionnaires (« 135 000 »). Lier la réduction des dépenses à la suppression des moyens est audacieux (comme si la masse salariale était l’unique variable d’ajustement…), le présenter comme une réussite est surréaliste : que ce soit dans l’éducation, dans la police, à l’hôpital, en zone rurale, les français ont besoin des services publics. La meilleure preuve de l’échec de cette politique, c’est bien sur la sécurité : la police ne peut même pas mettre en place ce qui est annoncé à grand renfort de communication… Quant à l’éducation, ce n’est pas en créant quelques internats d’excellence que l’on résout les problèmes d’illettrisme. Soyons sérieux ! Il ne s’agit pas d’avoir une gestion purement comptable des fonctionnaires, en disant « on en retire tant », mais d’ajuster leur nombre aux besoins du terrain, en priorisant les chantiers, pour supprimer les fonctionnaires en trop, sans délester bêtement les administrations qui sont en sous-effectifs.

Sur les annonces, c’est à la fois peu clair et inquiétant. Sur la dépendance, son grand chantier, le président a annoncé une grande consultation, pour une prise de décision à l’été 2011 pour une traduction dans le PLFSS 2012. Et enclenché le mode replay : « Je souhaite la création (…) d’un nouveau risque, d’une nouvelle branche de la Sécurité sociale, le cinquième risque ». Une annonce déjà faite… le 9 juin 2007. Au rayon financement, juste des questions « à affiner lors de la concertation : « Faut-il faire un système assurantiel ? Faut-il obliger les gens à s’assurer ? Faut-il augmenter la CSG (contribution sociale généralisée) ? Faut-il (…) avoir recours sur les successions quand les enfants n’ont pas la volonté ou pas les moyens (d’aider leurs parents).Espérons que cette montagne là n’accouche pas d’une souris…

Sur l’emploi, le président s’est contenté de se déguiser en perroquet, en promettant que le chômage allait reculer (bis repetita, il nous l’a déjà faite lors du SarkoShow du 25 janvier dernier), en proposant d’améliorer la formation en alternance pour les jeunes (bis repetita, il l’avait déjà proposé l’an dernier), avant d’endosser une fois de plus le costume de la police anti-chômeur, prêt à dégainer le Karchër : en substance, les chômeurs auront un contrat avec le Pôle Emploi, et accepter l’offre d’emploi qui leur sera faite. C’est à croire qu’il regrette de ne pouvoir renvoyer ces délinquants du travail dans leur pays ! Une fois de plus, Sarko ne connaît pas le sujet : d’une part, chaque chômeur signe un PARE avec le Pôle Emploi. D’autre part, il est rarissime que Pôle Emploi respecte ce même contrat, et remplisse ses propres obligations vis-à-vis des chômeurs. Si côté Assedics ça marche à peu près (si l’on excepte l’augmentation croissante des ratages dans les radiations), le côté ex-ANPE est incapable d’assurer un suivi digne de ce nom pour les demandeurs d’emploi. Mais bon qu’importe, ce ne sont que des délinquants… Vade retro les chômeurs !

Enfin sur la fiscalité, et après un petit détour sur le bouclier fiscal allemand qui n’a jamais existé, Sarko nous a annoncé une réforme qui ne peut que nous faire craindre que les inégalités se creusent encore un peu plus entre les Français. La réforme fiscale porterait à la fois sur un nouvel impôt sur les revenus du patrimoine, et un élargissement de l’assiette au lieu d’avoir des taux hauts, en échange de la suppression de l’ISF et du bouclier fiscal… Sur la réforme annoncée, n’importe quel économiste sait que cela signifie faire encore porter l’effort à la classe moyenne, qui ne cesse de s’appauvrir. Une réforme fiscale est nécessaire, mais à condition de répartir l’effort. Pourquoi ne pas dire qu’il est nécessaire d’augmenter les impôts, tout en annonçant une réforme qui tende à plus de justice fiscale ?

D’autre part, on ne peut évoquer une éventuelle augmentation de la CSG pour financer la 5èmebranche de la sécurité sociale, et annoncer dans la même émission avec certitude que les impôts n’augmenteront pas. C’est jouer sur les mots : qu’on parle d’impôts qui n’augmenteront pas, et qu’on augmente les taxes et les prélèvements obligatoires, ça fait toujours moins de revenu disponible et donc moins de pouvoir d’achat. A un moment ou un autre, il faut cesser de nous prendre pour des jambons, et appeler un chat un chat. Damnit !!!

Vidéo Gag

Comme à chaque SarkoShow, j’ai plus vu un comique qu’un président de la République, et les perles n’ont pas manqué. Au rayon des grosses poilades, j’ai particulièrement aimé que Nicolas Sarkozy fasse une petite mise au point sur la présomption d’innocence, qu’il a souvent oublié de s’appliquer à lui-même, Ivan Colonna ou Dominique de Villepin s’en souviennent. Et plus tard dans la soirée, toujours sur Villepin : « Je ne pense pas avoir dit quoi que ce soit contre Villepin ». Non, ce n’est pas lui qui l’a traité de coupable, c’était son jumeau maléfique…

Ou encore cette pépite : « Je propose une action inédite en 2011 : supprimer des lois existantes dans ces domaines, pour que le dicton « nul n’est censé ignorer la loi » puisse s’appliquer » . C’est plein de bonnes intentions tout ça, mais il faudrait tout de même rappeler que l’inflation législative est exponentielle depuis son élection en 2007. Mais qu’il est drôle…

Sans oublier cette petite vanne sur les affaires : « A la minute où je vous parle, personne ne peut me reprocher une affaire quelconque ». Et pour cause, à la minute où il parle, il jouit de l’immunité présidentielle, qui le rend inattaquable jusqu’à la fin de son mandat. Il nous prend vraiment pour des idiots…

Sur l’international aussi, j’ai bien ri. Si le nouveau président du monde du G20 a assuré de ses petits poings qu’il fallait un « nouvel ordre monétaire », parce que vous comprenez, c’est le bordel. Sauf que juste derrière, pour montrer ses compétences ses lacunes en la matière, il a assuré le zapping en rapportant après qu’à sa création, l’Euro était à parité avec le Dollar. Ou comment il a réinventé les maths, selon l’axiome de Sarko 1,18=1, 1 Euro valant à sa création 1,18 dollars. Grotesque.

Mais le must, c’était quand même la justification qu’il ne fallait pas une bonne idée que les partis politiques incitent les jeunes à manifester. Parce que « Les lycéens, il y en aura un sur deux qui vivra jusqu’à 100 ans ». Ou quand Sarko se la joue Madame Irma : en effet,  personne ne peut aujourd’hui confirmer cette projection démographique.

En route pour 2012

Une fois de plus, Nicolas Sarkozy n’a pas entendu les français. Il n’a fait que parler de lui, sans présenter de vision, restant sourd aux attentes de changement des Français, et restant enfermé dans un autisme politique qui pourrait être touchant si au moins il était intelligent. N’est pas Rain Man qui veut.

Finalement Sarkozy n’a convaincu que sur une chose, bien qu’il ait tenté de faire croire au contraire, c’est qu’il sera bien candidat en 2012. Sa priorité n’est pas de s’occuper des Français, mais de fédérer le socle de la droite dure, sur laquelle il compte s’appuyer. Les autres composantes de l’UMP seront prises en compte plus tard… ou pas. Pour les Français, le message de Sarkozy est clair : retentez votre chance en 2012 !

Face à un Sarko incapable de se réinventer, il est indispensable de construire une alternative républicaine à Nicolas Sarkozy, qui sera capable de proposer aux Français un projet politique réaliste en terme de finances publiques, tout en répondant aux aspirations très légitimes de plus de justice sociale, tout en redonnant à la France une vrais dimension internationale.