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Ce soir, comme souvent, j’ai regardé Le Grand Journal. L’émission de Canal+ propose chaque soir, en début de programme, l’intervention d’une personnalité politique. Certains disposent d’ailleurs d’un abonnement illimité pour venir dans cette émission. Ce soir, au lendemain des cantonales, l’invité était Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP. Après la claque que s’est pris son parti, j’ai vu un homme sur la défensive, entre paranoïa et agressivité, mais en affichant tout de même un sourire carnassier déplacé, qui me mit mal à l’aise.

D’emblée, le secrétaire général de l’UMP a réfuté les chiffres présentés… qui sont ceux du ministère de l’Intérieur, tenu par sa propre majorité. La querelle porte sur l’addition ou non du score de l’UMP avec celui des DVD. Sauf que DVD signifie Divers Droite, et que comme son nom l’indique, ça recoupe des candidats divers qui ne peuvent être identifiés comme UMP. Et certains d’entre eux ont eu face à eux au premier tour des candidats UMP. Ce fut le cas de Daniel Garrigue, Porte Parole de République Solidaire, ou de Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly sur Seine. Autant dire que demander cette addition constitue une énième tentative de minimiser la défaite… pour ne pas avoir à entendre le message adressé par les français ?

Mais très vite, Jean-François s’est enlisé, se trouvant notamment incapable de répondre à une question simple : quelles sont les idées extrêmes du FN ? La réponse de Copé n’a pas porté sur les propositions du FN relatives à l’immigration ou à la sécurité, mais sur la peine de mort et la sortie de l’Euro. Tiens, Debout la République et Nicolas Dupont-Aignan, souverainistes ayant appelé à la sortie de l’Euro, deviennent tout à coup de dangereux extrémistes. Alors que s’il y a bien un élément qui caractérise Nicolas Dupont Aignan, c’est son idéal républicain.Quant à la peine de mort, ce fut un combat politique complexe, et l’on doit sa suppression à la gauche : doit on qualifier d’extrémistes de droite tout ceux qui n’ont pas voulu la mettre en place avant la gauche, ou la voter lorsque le Parlement eût à se prononcer dessus ? C’est tout aussi caricatural. Les vraies idées extrémistes du FN, elles, ont été passées sous silence. Mais peut être était-ce pour qu’on ne se rappelle pas trop que certaines personnalités de l’UMP usaient du même vocable.

Enfin Jean-François Copé a sorti ses éléments de langage. Pas une once de créativité là-dedans. Comme toujours, il a tapé sur le PS. Bientôt 10 ans que le PS n’est plus au gouvernement, mais le PS reste fautif de tout. En gros, cela donnait :

1 – Le PS n’a pas gagné les élections : il s’est maintenu, mais sans vague rose. Le secrétaire général de l’UMP est même allé jusqu’à dire « on nous avait annoncé une bérézina, elle n’a pas eu lieu ». Hum Jean-François, comment te dire… La bérézina, elle avait eu lieu en 2004. Ce sont ces sièges qui étaient renouvelés. En perdre encore, sur cette mauvaise base, n’est pas franchement une réussite pour l’UMP.

2 – Le PS ne présente pas de candidat « identifié », et ne fait pas de propositions. Là, c’était encore plus drôle, puisque Jean-François Copé a enchaîné en critiquant… une proposition, celle de 300 000 emplois jeunes. Preuve qu’il y a au moins une idée, soit l’inverse de son propos. En revanche, personne parmi les journalistes présents n’a eu l’idée de demander à Sieur Copé quel était le projet de l’UMP. Ou l’éternelle querelle entre UMP et PS du « c’est celui qui le dit qui l’est ». Niveau maternelle, je suis blasée…

Comme si cela ne suffisait pas, les « wannabe président » s’écharpent déjà en vue de la place à prendre en 2017, ou plus tôt si Sarko décidait de ne pas y aller. François Fillon s’était désolidarisé la semaine dernière de la consigne « ni vote FN, ni vote PS » donnée par Copé. Aujourd’hui, et toujours dans le Grand Journal, réponse du berger à la bergère : Copé a reproché à Filloon sa posture à propos du débat controversé sur la laïcité. Interrogé sur les réserves émises par le chef du gouvernement sur l’organisation de ce débat, Jean-François Copé a expliqué que «certains n’en veulent pas (…) parce qu’ils ont probablement été mal informés». «Et puis il y en a, disons les choses, qui y ont trouvé l’occasion d’une posture», a-t-il ajouté. Alors que le journaliste suggérait le nom de Fillon, Copé a répondu après une brève pause : «Peut-être après tout.» «On ne peut pas jouer collectif une fois ?» a-t-il poursuivi. Fin février, François Fillon avait déclaré qu’il s’opposerait à ce débat s’il «devait être centré sur l’islam» ou, «d’une manière ou d’une autre», conduire à «stigmatiser les musulmans». Pas de doute, la guerre du « jour d’après Sarko» a déjà commencé. Comme si cela nous intéressait.

Au lendemain de ce scrutin, l’UMP a vraiment le cul entre deux chaises. D’un côté, les modérés aimeraient que cesse la stratégie de chasse aux électeurs du FN, et appelle, par la voix de François Baroin, François Fillon ou Etienne Pinte, à reconsidérer la position de l’UMP sur la laïcité. De l’autre, Copé refuse de se dédire, implicitement soutenu par Nicolas Sarkozy –enfin au moins par con silence- et par la droite dure qui n’envisage pas autre chose que de recourir à un discours sécuritaire et une ligne dure sur l’immigration. Résultat, l’UMP se divise entre ceux qui restent dans le déni, minimisant le résultat, sans comprendre que sa stratégie depuis un an visant à courir après les électeurs du FN a eu pour effet désastreux la banalisation des idées extrémistes proposées par ce parti, et ceux qui aimeraient une évolution, dans la ligne de l’UMP du Président Chirac, celle qui prônait d’assumer pleinement notre tradition de laïcité. Une cassure en interne qui justifie par elle seule la nécessité d’offrir le choix entre plusieurs candidats au premier tour.

Pire, l’UMP n’entend pas le message des urnes et ne réalise l’importance du décalage entre les attentes des français et les solutions proposées et que ce fossé toujours plus grand qui se creuse avec le peuple a fini par placer l’abstention en tête de ce scrutin, faute de trouver pari les forces en présence une offre politique satisfaisante. Au contraire, l’UMP persiste à stigmatiser ceux qui seraient tenter de se présenter à droite, osant ainsi diviser le score. Un raisonnement de second tour osé lorsque l’on manipule soit même le risque d’un FN présent au second tour. Une stratégie qui pourrait faire définitivement exploser le parti majoritaire…