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Déjà 19 jours et les heures qui passent n’annoncent aucun répit. D’ordinaire, ces crises intenses qui me privent de tout mouvement ne durent pas plus de dix jours, durant lesquels la douleur décroit. L’espoir de pouvoir à nouveau gambader et voir le soleil revient. Les sorties avec l’entourage sont rapidement reprogrammées. Et la vie reprend son cours.

Mais cette fois-ci, l’histoire est toute autre : cette lombalgie se montre vraiment différente de celles qui l’ont précédée.Comme toutes les nuits, ma compagne s’appellera Douleur. Pour commencer, elle m’empêchera de fermer l’œil et m’entraînera sur les chemins tortueux de l’insomnie. Ensuite, elle me réveillera plusieurs fois, pour me rappeler son insoutenable existence. Enfin au matin, lorsqu’il faudra me diriger vers la douche, elle retardera l’échéance autant que possible. Une fois l’épreuve passée, je rejoindrai mon lit pour une nouvelle journée à tenter de trouver la position la moins douloureuse… elle cherchera au contraire à me titiller.

Sur une échelle de 10, elle oscille entre 6 et 9. 6 lorsque je trouve une position qui me soulage, 9 au plus fort de la crise ou lors d’un mouvement mal contrôlé. C’est un peu comme entendre Lââm ou Lara Fabian à longueur de journée. Au début on se dit qu’on va supporter, et finalement non, on craque plus vite que prévu. Et on pleure pour avoir un truc plus supportable, genre Pacifique. Même si on déteste Pacifique parce-que-c’est-cucul et que le synthé Bontempi passé 1987 ça ne se fait plus. Reste que quand on n’a pas le choix, c’est toujours mieux que Lara Fabian. Et bien avec la douleur c’est pareil. On voudrait tous un 0 sur l’échelle, c’est-à-dire un bon Noir Désir, mais quand on est à 9, on tuerait pour un 4. Oui, on tuerait pour Pacifique. Même si le premier qui me le chante paiera très cher son audace dès que mon physique aura retrouvé toute son intégrité. I swear…

Lors de sa visite, mon médecin traitant n’avait pu estimer la durée de la crise. Etant en congés annuels du 1er au 31 août, il avait rédigé une ordonnance permettant de tenir tout le mois. Au cas où, avait-il précisé. A son ton peu sûr de lui, j’avais deviné que cela risquait de durer. A son retour, le doc déciderait alors à son retour d’éventuelles infiltrations, en fonction des résultats de l’IRM qu’il m’avait également prescrite. Ce qu’il n’avait pas prévu, en revanche, c’était l’arrêt prématuré des médicaments. La loi de Murphy –également appelée Loi de l’Emmerdement Maximum- a fonctionné à plein tubes et j’ai collectionné près de la moitié des effets secondaires nécessitant l’arrêt immédiat du traitement. Un peu comme le gros bouton rouge dans les centrales nucléaires.

Désormais, en plus d’une lombalgie, je supporte d’importants problèmes digestifs liés au décapage de mon estomac et des tuyaux qui l’entourent par les petites pilules qui étaient censées calmer mon dos. Toute ingestion de nourriture ou de boisson déclenche d’intenses crampes d’estomacs qui mettent plusieurs heures à se résorber. Les seuls à s’éclater sont mes intestins, qui dansent la samba. Je hais la samba. Rien que pour ça, c’était bon que la France l’emporte 3-0 en finale de Coupe du Monde. La, lala, la, la, lalalalalala, lala, lalalala, lalalala, lalalalalala, la, la, lalalalalalalalalaaaaaa…

Bref, mon système digestif est en feu, ce malgré la prescription d’un médicament précisément destiné à éviter cet effet secondaire. C’est réussi… Là, tout de suite, je donnerais cher pour un shoot de morphine. Faire mon House et me jeter la tête la première dans une boîte de Vicodine. Avaler n’importe quoi qui pourrait éteindre cet incendie. Malheureusement, les litres d’Evian que j’avale ne sont d’aucun effet. C’est ballot pour de l’eau. Le monde est vraiment mal fait.

Heureusement, les vertiges –autre effet secondaire du Ketum- ont, quant à eux, cessé. Enfin quand je dis vertiges… On aurait plutôt dit que mon cerveau se déconnectait par intermittences, une fraction de seconde. Charmant. Totalement rassurant. La blague de Jour/Nuit jouée par mon propre cerveau. Oui Lecteur, contre tous mes principes, je viens de faire référence aux Visiteurs. C’est dire si l’heure est grave et mon cerveau secoué. Totally fucked up. J’avoue que le médoc disjoncteur, je ne connaissais pas. Le médicament qui fait péter les plombs, littéralement… Enfin ces petits désordres électriques ont cessé. Mais la disparition de ce symptôme très particulier n’aura pas suffi à me requinquer.

A ce stade, la liste des désagréments s’est tellement rallongée que s’y ajoute maintenant la détresse morale. Si au début de ce nouvel épisode dorsal le mental n’avait pas été affecté –l’habitude, sans doute- l’absence d’amélioration au niveau de la douleur a fini par m’atteindre profondément. Parce qu’avoir mal n’est pas exactement l’idée que je me faisais d’un mois d’août. Parce que je suis enfermée chez moi faute de disposer d’une autonomie en position debout supérieure à trois minutes. Et que j’ai raté la reprise du PSG. Manque de soleil aussi, peut être. Manque d’attention, surtout. Si l’on excepte mon frère, aucun appel, texto ou mail n’est venu briser l’isolement total auquel je suis vouée. Vacances, j’oublie tout… 

Vu la nature de la pathologie et l’important dossier médical concernant mon dos, il n’est pas question d’aller voir n’importe qui, qui prescrirait n’importe quoi. Donc pas de SOS médecins, dédiés aux urgences, ni de remplaçant dont nous n’aurions pas connaissance. C’est l’été, il n’y a d’autre choix que de patienter. Et peut être, si je parviens à bouger, tenter de négocier mon ancien traitement avec le pharmacien en attendant le retour du doc… s’il n’est pas lui aussi en vacances.

Quoi qu’il arrive, ce cauchemar cessera au plus tard dans 21 jours, et peut être même avant. Qui sait, le repos pourrait produire ses effets, et la douleur s’atténuer ?  Si Morphée vient enfin me chercher, c’est à cela que je vais rêver !