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Dans la galerie des petits animaux de compagnie numériques, le troll est en pleine recrudescence. Ce qui mérite que je m’intéresse aujourd’hui à ce petit être qui fait tant d’efforts pour exister dans nos vies 2.0.

Si tu es sur les réseaux sociaux, tu sais ce qu’est un troll. Toi aussi, tu t’es forcément fait clasher / expliquer la vie / flooder par un internaute en mal d’occupation désireux de te donner des leçons. Parce que l’unique nourriture du troll, c’est la polémique qu’il entend créer et alimenter.

En général, tu sais les éviter sur Facebook : en la matière, la fonction paramétrage de ta page est ton amie. Fini donc, les trolls muraux. Idem sur Google Plus. Sur ces réseaux, tu peux éviter voire masquer leurs interventions sans même qu’ils ne le sachent.

En revanche, sur Twitter, c’est plus compliqué : pour te débarrasser du troll, tu dois le bloquer. La sanction étant plus rude, tu gardes en général un peu ton troll, histoire de voir comment il évolue. Parfois, tu l’apprécies momentanément. Syndrôme de Stockolm, peut être. Probablement parce que même que toi aussi, tu as un peu trollé. Si, avoue. Cela t’attendrit, et tu lui passes quelques missives…

Etant depuis plus de deux ans sur Twitter, j’ai rencontré de nombreux trolls, et je les ai bien trop souvent nourris. Mes premiers trolls ont évidemment été des militants politiques désireux d’intervenir systématiquement dans les conversations pour défendre leur champion, avec parfois les insultes en option. La politique, lorsqu’elle est politicienne, constitue par définition un aimant à trolls.

D’autres confondent réseaux sociaux et vie réelle, contacts et amitié. Et se croient obligés de commenter chaque tweet perso. Cela part d’un bon sentiment mais au milieu des bonnes âmes qui savent respecter les limites, se cachent souvent de bons vrais trolls. Comme dans la vraie vie, ça peut vite devenir envahissant, et toxique. Et franchement désagréable, surtout lorsque les réactions deviennent des injonctions, incluant toutes sortes de jugements plus ou moins moraux. La polémique, encore et toujours.

Ces trolls là m’ont souvent menée au unfollow, lorsque j’en ai eu plus qu’assez des prétendus bons conseils donnés par ceux qui n’avaient pas compris que si Twitter peut servir à évoquer certaines expériences personnelles, ce réseau ne dévoile en rien la vie privée de celui qui s’exprime ainsi publiquement. 140 signes, c’est un peu court pour une vie.

Variante plus coriace, ceux qui font de la psychologie de comptoir, en cherchant à disséquer –de manière négative évidemment, ils se nourrissent de polémiques !- la personnalité qui se cache derrière le pseudo, à partir d’éléments par nature partiels. C’est forcément biaisé et limité, donc rapidement malsain. Ca confine même parfois à la perversité, quand le troll devient sangsue et s’acharne. Attitude qui t’amène forcément à bloquer le nuisible, une fois la ligne jaune franchie. Retour à la sérénité… en attendant le prochain troll.

Finalement, le troll est un tamagotchi en ligne. Au début tu l’adoptes et tu en prends soin, en t’amusant avec, et en le nourrissant. Mais au bout d’un moment, tu te lasses, tu l’abandonnes, et tu le laisses crever. Cruelle réalité… virtuelle.