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Si cette conférence avait le mérite de proposer un plateau très complet, avec notamment des représentants d’organisations syndicales et d’employeurs, je dois avouer que je me suis nettement plus intéressée à l’aspect politique de cette table ronde.

En effet, la présence d’Anne Hidalgo, maire adjointe de Paris et soutien de Martine Aubry pour la primaire du PS, et Xavier Bertrand, Ministre de l’Emploi –et du chômage, comme disait feu Patrick Roy- promettait un affrontement droite/gauche sur ce sujet traditionnellement politiquement clivant.

Honneur aux dames, commençons par Anne Hidalgo. Pour l’élue socialiste, nous vivons une réplique de la crise financière de 2008 : « Tout le monde est venu au secours du système financier. Et puis on n’a demandé aucune contrepartie à la finance internationale. On se retrouve avec une réplique encore plus violente qui déstabilise le système économique et financier, mais aussi le monde productif, et nos démocraties. Est-ce qu’il y a encore une possibilité de croire en les politiques, se demandent beaucoup les gens ».

Un constat alarmiste qui pose la question du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique. Aussi pour Anne Hidalgo, ce changement de modèle nécessite de nouveaux instruments. Là où l’adjointe de Bertrand Delanoé a raison, c’est sur son constat : la crise financière est globale, à la fois financière, économique, politique, écologique. Et les solutions doivent être envisagées à l’échelle internationale, puisque nos économies sont mondialisées.

Mais elle met immédiatement des garde-fous, et reprend même la citation de Bernard Spitz un peu plus tôt dans la table ronde : « Une mauvaise régulation est peut être pire que pas de régulation du tout ». Et là commence le débat sur la question sociale : pour l’élue socialiste, sans croissance, il n’y a pas de possibilité de redistribution ni de social. Selon elle, l’Europe ne porte pas aujourd’hui ce projet politique dont nous avons besoin, et doit s’intégrer plus sur le plan fiscal et social.

Sa solution ? « Il faut agir, les paroles, ça suffit » assène-t-elle à l’auditoire. Avant de dérouler le programmes du PS : « Nous avons fait des propositions sur la fiscalité : diminuer celle des PME, augmenter celle des grandes entreprises qui redistribuent en majorité aux actionnaires. Soutenir l’emploi et la création des Entreprises. Tenir compte de la question écologique et de la raréfaction des ressources naturelles. Il y a des gisements d’emplois dans ces secteurs là. ». Avant d’ajouter : « Je ne suis pas en train de décrire un monde de Bisounours, je suis dans la réalité ». Mince, moi qui voulait des bisous…

S’ensuit une dissertation sur le rôle du politique : selon elle, la confrontation démocratique qui se prépare avec la présidentielle laisse de la place pour exprimer sa conception des articulations entre l’économique et le social. Et d’égrener les sujets ; l’égalité femme/homme, la formation tout au long de la vie, … Avant de s’offrir, comme dans tout combat électoral digne de ce nom, un joli tacle à la partie adverse : « Regardez les actes : il y a les paroles, et les actes ». Indécrottables politiques !

La parole est à Xavier Bertrand. Ministre en charge des questions sociales, c’est à lui que revient la tâche difficile de défendre le bilan de sa majorité, tout en offrant une perspective d’avenir. Une équation pas simple… Pour lui, le progrès passe par la réciprocité et le respect des règles du jeu. Aujourd’hui, il n’y a pas un pays qui n’ait pas conscience de la nécessité de faire progresser son système de protection sociale. Or chacun veut le faire à son rythme et ses conditions, ce qui pose problème : « Si nous continuons avec un tel niveau de disparités, nous aurons du mal à éviter l’apparition d’un protectionnisme ». Face à la concurrence apparue lors de ces trente dernières années, on s’est endettés, en pensant que nous profiterions de ces marchés là. Et le ministre d’ajouter : « Aujourd’hui, on paye notre système social ». En prélude au constat sur lequel tout le monde s’accorde : la nécessaire réduction des déficits et de notre endettement.

Puis Xavier Bertrand enclenche, comme sa consoeur, le mode Campagne électorale, je vois alors nettement le logo Présidentielles 2012 au fond de ses yeux : « Quand on voit les atouts dont on dispose, créativité, inventivité, natalité, je ne vois pas pourquoi la France n’aurait pas les plus grandes ambitions ». Pour lui, l’un des enjeux de la présidentielle sera de diminuer les charges qui pèsent sur le travail. Pas de doute, le ministre sait qu’il s’adresse aux patrons… Alors il n’hésite pas à dérouler son programme : « Vous avez devant vous un fort partisan de la TVA sociale (?). Si nous ne baissons pas le coût du travail, il ne faudra pas pleurer dans les années qui viennent. Le crédit Impôt Recherche, c’est bien, mais il faut aller plus loin ». Puis de céder, comme Anne Hidalgo, au petit tâcle de rigueur : « On verra bien qui propose des mesures qui favorisent les entreprises ».

Le ministre s’arrête un instant sur le thème de cette table ronde, estimant qu’il est indispensable que dans le cadre du G20, il soit possible de parler d’emploi et de protection sociale, un des thèmes insérés dans l’ordre du jour de cette session de novembre prochain. Selon lui, si l’on veut préserver notre niveau de protection sociale, il faudra se demander si l’on en a vraiment pour notre argent. Et d’enfoncer le clou avec du Moi-je-dis dedans : « Je le dis très clairement : on ne pourra pas réussir à jouer les premiers postes si on ne continue à faire des réformes ». Diantre !

Xavier Bertrand ne peut s’empêcher d’ajouter, en écho aux mots d’Anne Hidalgo : « On n’est pas dans le monde des bisounours ». Décidément les petites boules de poils qui plaisaient tant aux enfants dans les années 80 –eh oui, ça date un peu…- auront eu la côte chez nos politiques ! Comment leur expliquer que ça ne fait pas un programme ? Côté programme, justement, le ministre avait bien révisé ses éléments de langage, n’hésitant pas à sortir le sempiternel « Les français veulent des réformes qui soient justes ». Sans bien sûr expliquer sa conception de la justice sociale.

Cette table ronde était l’une de celle qui m’intéressait le plus, parce que le pacte social sera indéniablement l’un des thèmes majeurs de la campagne. En ce sens, ces interventions n’ont eu qu’un intérêt : montrer que le Medef prend quelque peu parti dans cette université d’été, ce qui constitue une nouveauté. Mais question niveau, je suis restée sur ma faim.

Ces échanges ont été convenus, trop politiciens et pas assez dans la thématique. Autrement dit, trop superficiels et sans aucun fond. Carton rouge ! En effet, si j’ai bien noté que chacun se retrouvait sur le constat, j’ai trouvé assez effarant le manque de propositions concrètes que le politique se propose d’offrir en réponse à la crise. Plutôt que ces propos anxiogènes, j’aurais aimé avoir plus de détails sur les programmes de chacun. Et c’était bien la question qui leur était posée.  A ce rythme, la campagne sera longue…

Allez, je laisse le « mot » de la fin à Xababa…