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9 septembre 2011. Al Qaida est en marche vers l’événement dont tout le monde se souviendra. Sur sa route, dans les montagnes du Panshir, un homme : Ahmad Shah Massoud, plus connu sous le nom de Commandant Massoud. Depuis toujours, cet homme résiste pour son pays, l’Afghanistan.

Al Qaida n’est pas dupe, et Ben Laden pragmatique : le 11 septembre modifiera le monde, et les Etats Unis iront en Afghanistan. Et ce sera plus facile pour eux de lutter contre les talibans s’ils peuvent compter sur l’Alliance du Nord afghane, du Commandant Massoud. Ce dernier est en effet un véritable chef de guerre, et fin stratège. N’a-t-il pas réussi à négocier la trêve avec les soviétiques en échange du retrait de leurs troupes ?

Il faut donc l’éliminer, d’autant qu’il n’a pas d’héritier. Sa perte désorganisera forcément la riposte occidentale. L’avenir l’a prouvé : Kerzaï n’a pas l’étoffe d’un Massoud… C’est ainsi que deux faux journalistes arabes, envoyés par le mouvement terroriste de Ben Laden, commettent un attentat suicide : leur caméra piégée blesse grièvement Massoud, qui ne survit pas. Deux jours avant les tours du World Trade Center, le Lion du Panshir est tombé.

Massoud, longtemps incompris. Originaire de la région du Panshir, Massoud a toujours lutté pour son pays, contre ceux qui voulaient l’asservir. D’abord contre les soviétiques, qu’il contribua à repousser à sept reprises lors d’offensives d’envergures contre sa vallée. Ce qui lui valut son surnom de Lion du Panshir. Dans les années 80, il est même aidé financièrement par la CIA. Mais repousser les soviétiques, c’est aussi conclure des alliances et mésalliances régionales. Aide de l’Iran, par exemple, et rejet de l’influence pakistanaise. Deux positions qui refroidissent les américains…

Hélas, ils ne réaliseront que bien tardivement l’importance stratégique de Massoud en Afghanistan, dans la guerre contre le terrorisme. A plusieurs reprises, il avait tenté d’alerter la communauté internationale contre Al Qaida et Oussama Ben Laden. Mais ses alliances purement régionales purement pragmatiques l’auront empêché d’être entendu à temps.

En dépit des zones d’ombre du personnage –aucune guerre n’est propre, les chefs de guerre ont donc souvent quelques casseroles- il reste avant tout un symbole de ce qu’est la résistance. Cet homme a mis toute son énergie à défendre les intérêts de son pays, cherchant à le libérer du joug soviétique, puis de celui des talibans. Musulman lui-même, il s’est même montré ouvert concernant le droit des femmes. Indépendant et opposé à tous les extrémismes, qu’ils soient religieux ou politiques, il n’avait qu’une cause : l’Afghanistan.

Dix ans plus tard, Massoud est devenu une icône, et son image est partout en Afghanistan : produits dérivés, musée souvenir, mausolée, … Pour les dix ans de sa mort, son pays a même organisé une cérémonie. Si quelques voix s’élèvent contre lui, il est globalement fêté comme un héros. Mais que reste-t-il de son combat ?

Comme le dit Ashmat Froz, un architecte qui a connu Massoud : « Si le pays ne se développe pas, l’Afghanistan reviendra vers le terrorisme. Mais la solution n’est pas militaire. La politique de Massoud était très simple: il responsabilisait les locaux, village après village. Il agissait autant sur le militaire que l’économique. La seule façon de lutter contre les talibans, c’est d’aider la population à se hisser vers le haut grâce à l’économie».

A l’heure où le conflit s’enlise, obligeant les occidentaux à mettre en œuvre le retrait de leurs troupes sans avoir réussi à régler la question afghane, souvenons nous un instant de cet homme qui n’hésita pas à mettre en pratique cette devise : « ne nous demandons pas ce que notre pays peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour notre pays ».

Un résistant qui ne s’est jamais soumis à l’envahisseur, comme le décrit fort bien Christophe de Ponfilly dans ses documentaires, dont Massoud l’Afghan, que je vous invite à visionner. N’oublions pas cet homme hors pair, qui sut dire non… et le paya de sa vie. Respect.