Étiquettes

, , , , , , , ,

Comme je vous le disais hier, République Solidaire se trouve en pleine tempête, et nombreux sont les articles de presse à s’en faire l’écho.

Le parti politique de Dominique de Villepin pourrait pourtant, quelques jours après la fin de l’épreuve Clearstream, et la relaxe de l’ancien Premier Ministre, être en joie, et penser sérieusement à la présidentielle. Sauf qu’en interne, tout le monde a la gueule de bois.

La raison ? Personne ne croit qu’une campagne puisse être gérée par l’équipe actuelle, menée par Brigitte Girardin. L’ancienne ministre a en effet accumulé trop d’échecs et fonctionne selon un système trop clivant pour permettre à République Solidaire de remonter la pente. L’occasion pour moi de revenir sur ces deux années dans les coulisses du villepinisme, et de vous livrer par le menu quelques éléments sur les échecs de cette structure.

1 – Les adhérents

Il n’y a pas 30 000 adhérents au sein de République Solidaire, c’est une certitude. Déjà, parce que selon les sources, le chiffre oscille entre 20 000 et 30 000. Ca fait quand même un delta d’un tiers… Mais surtout, parce que chiffre totalement fantaisiste résulte d’un obscur et complexe théorème, alliant addition et multiplication.

En premier lieu, il faut d’abord additionner toutes les catégories de contacts : adhérents à jour de cotisation, personnes ayant un jour adhéré au Club Villepin ou à République Solidaire mais n’étant plus à jour de cotisation, sympathisants, membres du réseau social VillepinCom actifs, personnes s’étant un jour inscrites sur VillepinCom y compris celles qui se sont radiées –j’ai reçu cette semaine un message via VillepinCom alors que j’en suis désinscrite depuis plus d’un an, ce qui démontre qu’ils ont conservé mon compte et qu’il est donc comptabilisé-, soutiens sur Facebook ou Twitter. Evidemment cette addition est fausse, certains étant des doublons, triplons, quadruplons…

Ensuite, il convient de donner ce chiffre à quelques personnes en interne, qui vont le trouver un peu faible, et le faire grossir au gré de leur inspiration. Tous les partis fonctionnent ainsi, rappelez vous des différences à l’UMP entre les chiffres annoncés par Xavier Bertrand, et ceux annoncés par d’autres !

En ce qui concerne République Solidaire, le nombre d’adhérents est non seulement très fortement inférieur à cette annonce, mais en plus, il décroit au lieu d’augmenter : en 2011, beaucoup d’adhérents n’ont pas renouvelé (43% sur ma fédération), et le stock de nouveau adhérents n’a pas permis de compenser cette hémorragie.

Cependant, un chiffre intéressant tempère ce constat à priori négatif. Sur ma fédération, seuls 3,4% des contacts se sont désinscrits de liste d’information de cette fédération, qui pourtant les contactaient très régulièrement, ce qui aurait pu agacer les personnes franchement dégoûtées. Ces gens souhaitent donc toujours être informés. Au cas où. Le réservoir est donc bien là : ces gens ne sont pas convaincus par la structuration de République Solidaire, mais restent intéressés par Villepin. Et pourraient naturellement revenir vers lui s’il venait à se présenter. Rien n’est perdu !

2 – Les meetings

Depuis le lancement du Club Villepin, les troupes ont été conviées à trois grandes réunions : le 27 octobre 2009 à la Maison de l’Amérique Latine, le 19 juin 2010 pour le lancement de République Solidaire, et le 19 juin 2011 pour le premier anniversaire du parti. J’exclus volontairement le conseil national du 4 décembre 2010, qui était réservé aux cadres, et le Forum des Jeunes Solidaires du 25 septembre 2010, qui visait les jeunes.

Voyons un peu les chiffres de mobilisation :

Il serait un peu rapide -et faux- d’attribuer le nombre de personnes venant à un meeting à l’intérêt porté à Dominique de Villepin. Tout meeting nécessite une préparation, et la mobilisation obéit à quelques techniques. Malheureusement, l’équipe de Brigitte Girardin ne les maîtrise pas… faute d’avoir le background nécessaire en logistique politique. Ainsi, on peut précisément expliquer chacun de ces chiffres.

27 octobre 2010 : cette réunion publique est programmée à l’issue du procès Clearstream, et vise à l’origine une mobilisation de 500 personnes.

La vague de sympathie dont bénéficie alors Dominique de Villepin, déclaré « coupable » par le Président de la République trois semaines plus tôt, permet un formidable appel d’air. L’objectif initial est donc plus que doublé.

Tellement que Dominique de Villepin, qui s’exprime dans la salle du haut, dans laquelle se tassent 600 personnes, doit descendre refaire son discours dans les jardins pour les malheureux qui n’ont pu y pénétrer. C’est donc un très large succès et si le score annoncé est inférieur au réel, c’est tout simplement parce que les gens en charge de compter et ceux qui ont annoncé n’ont pu se retrouver dans la foule pour échanger ces données.

19 juin 2010 : le staff de Villepin évoque imprudemment un objectif de 10 000 personnes, qui figure même dans la version du discours de Brigitte Girardin distribué à la presse ! Seul le prononcé fait foi, elle ramène le chiffre à 6000.

La vérité, c’est que l’objectif a toujours été de 3000 personnes. D’autant que République Solidaire, faute de moyens, ne met pas en place de transports spéciaux, et que chacun doit payer son transport plein pot pour se rendre à Paris. Contrairement aux facilités d’autres partis… ce qui tempère un peu la mobilisation. Et le mois de juin, riche en communions et mariages, n’est guère propice non plus. Tous ces éléments, donc, indique qu’on peut parier sur le double du score de l’Amérique Latine, et ce serait déjà bien.

Seul Christophe Carignano, qui n’a jamais travaillé ni sur des meetings ni à la mobilisation au sein d’une fédération, se laisse aller à prendre ses désirs pour des réalités. Sur la base de rien –il n’a strictement aucune connaissance en la matière- mais hélas, le staff l’écoute, aussi la mobilisation sera en dessous des 8000 à 10000 que Carignano estimait et a soufflé à l’oreille de Villepin. Pourtant, pour les professionnels, c’était un bon résultat : 3 fois le score du précédent meeting ! Déjà pointe en interne la division entre les amateurs et les pros…

19 juin 2011 : pour son anniversaire, République Solidaire invite, dès la présentation du projet, ses adhérents –et uniquement eux- à une Convention Nationale, prévue au Palais des Congrès. Fin mai, le lieu change… mais les cadres n’en sont pas informés. Il faudra que notre fédération use d’un médiateur pour faire passer le message, et que l’information soit diffusée aux adhérents et notamment à ceux qui s’étaient inscrits !

Et la cacophonie ne va pas s’arrêter là. Les inscriptions sont enregistrées directement au centre national, et aucun point n’est fait auprès des fédérations… qui ne peuvent donc mobiliser ou relancer leurs adhérents, faute de savoir qui s’est déjà ou non inscrit. Mais surtout, le siège ne fait aucune relance, ce qui est une erreur fatale : les gens qui se sont inscrits dès le 14 avril ont eu largement le temps d’oublier la date de ce meeting, et la faible couverture presse ne permet pas de leur rappeler.

Dernier point ubuesque : la semaine même du meeting, trouvant la mobilisation un peu faible, le siège décide de convier également les non adhérents. Imaginez un peu la réaction de ces gens, conviés à venir jouer les bouche-trous, et prévenus un peu tardivement pour s’organiser.

Peu étonnant, dans ces circonstances, que le nombre de personnes présentes ne dépasse pas les 300… Si vous en doutez, amusez vous à les compter sur la photo ci-dessus. Quand on sait que dans la presse, République Solidaire utilisera le prétexte d’une réunion réservée aux cadres pour justifier de cette très faible mobilisation, il y a franchement de quoi rire… jaune.

Ou comment il est complètement évident que l’équipe actuelle de République Solidaire n’est absolument pas en mesure d’organiser une campagne électorale. Les meetings et la mobilisation, c’est une partie importante : celle de la bataille de l’image…

3 – Le militantisme

Autre point, le plus (in)visible dans la population, l’action militante. Si les fédérations réunissent leurs adhérents, elles n’ont disposé de matériel militant… qu’en mai dernier. Et ce au terme d’une longue bataille. Brigitte Girardin, dans un premier temps, n’en voyait pas l’utilité. C’est sûr que faire connaître un nouveau parti à la population en mettant des gens sur les marchés, pour installer la marque, c’est une idée vraiment stupide.

Des cadres, qui n’ont rien lâché, on finit par faire valider un tract… avant de se prendre une bonne douche froide : il fut édité à 800 exemplaires, pour distribution lors du conseil national du 4 décembre 2010.

Il était donc destiné… à faire connaître République Solidaire à ceux qui y occupaient déjà des responsabilités. Sic. Le même jour, la lettre d’informations du parti était également distribuée aux participants, alors qu’il l’avaient tous reçue par mail. Elle faisait 10 pages… Il aurait donc été possible de tirer plus de tracts. Mais comprenez : les cadres avaient le tracts sur clef usb ! Pour l’éditer eux-mêmes ?

Au fil des mois, le trésorier a engrangé les devis envoyés par les responsables des fédérations pour faire éditer ces tracts. En bon gestionnaire, il a vite compris qu’il pouvait réaliser d’énormes économies d’échelle en les imprimant au national. Cinq mois pour en arriver à cette évidence, tant Girardin ne voulait en entendre parler. Pathétique… C’est donc en mai que chacun a pu passer sa commande, et démarrer les tractages en juin. Un an après la création du parti. Un an de perdu, juste parce que la Secrétaire Générale n’a pas la moindre idée de l’utilité d’un tract. Et ça veut mener une campagne présidentielle…

4 – Le fonctionnement interne

Dès le Club Villepin, le mouvement avait commencé à se structurer, par la nomination de responsables départementaux. République Solidaire s’est fondée sur un schéma un peu différent. D’emblée, Carignano a réussi à imposer, en plus du responsable départemental, un responsable du réseau social. Pour que sa petite manipulation –la constitution d’un réseau parallèle de fédérations- soit un peu moins visible, ils ont ajouté un responsable de la Mobilisation Citoyenne. Enfin, le traditionnel responsable Jeunes venait compléter ce tableau. Chaque département n’avait donc pas une mais quatre têtes. Et aucun vrai patron, les lettres de mission des uns et des autres montrant clairement qu’ils se marchaient les uns sur les autres. Toutes les conditions du chaos étaient réunies.

Hélas pour Carignano, sa petite manipulation pour se créer un système à sa botte n’a pas fonctionné. Multiplier les cadres est une chose, disposer des talents nécessaires en est une autre. Les responsables départementaux se sont montrés vigilants, et ont globalement travaillé en équipe, en prenant le lead sur leurs trois coéquipiers. Et dans les quelques endroits où les choses se passaient mal, le réseau social a un peu montré les dents… puis trépassé. Reste que cet épisode montre bien la mentalité des dirigeants de République Solidaire : diviser, pour mieux régner.

Il aurait pourtant été simple –et nécessaire, mais bon- de préciser les fonctions par la rédaction d’un Règlement Intérieur, qui aurait servi de référence et permis d’éviter ces désagréments. Du coup, pour la blague, aucun règlement intérieur n’existant, il est juridiquement exact d’affirmer qu’aucun de ces cadres n’a d’existence réelle. Ni donc, de responsabilités. Et si je vous dis qu’un projet leur a été transmis en mai ? Seraient-ils incapables de le lire, le comprendre, et éventuellement l’amender ?

Ces cadres, d’ailleurs, font un travail formidable. Oh, on pourra toujours trouver des moins bons dans le lot, ou des détracteurs dans leurs équipes départementales. Reste qu’ils ont le mérite d’essayer de faire tourner leur boutique, bien qu’étant totalement seuls, et sans aucun soutien. Depuis la création de République Solidaire, les seuls mails qu’ils ont reçu ont été des injonctions de Brigitte Girardin : pistolet sur la tempe pour récupérer des signatures pour la présidentielle ou mettre à jour leur page web sur le site officiel. A l’exception près des fichiers, envoyés, eux, chaque mois. Mais à part ça, aucune information, aucun élément de langage, aucune formation à la fonction. Une seule réunion des cadres a eu lieu… le 1er mai. Un échange verrouillé, destiné à appliquer la méthode Coué : je vais bien, tout va bien…

Un discours bien loin de la réalité. Si elle ne communiquait pas avec les cadres, Brigitte Girardin attendait cependant d’eux bien plus que la situation du parti ne leur permettait de faire, et n’hésitait pas à parler d’eux en termes insultants, les traitant tous de connards incapables. Au fil des mois, bon nombre d’entre eux ont jeté l’éponge. Parfois en usant un prétexte pour éviter l’affrontement, d’autres fois en claquant franchement la porte, à l’instar de ce responsable de Lyon qui n’en pouvait plus de tant d’amateurisme.

Et des cadres laissés à l’abandon, sans aucune directive, ça fait parfois des couacs. Notamment chez les Jeunes, totalement abandonnés. Déjà en juillet, les Jeunes Solidaires de Paris nous avaient bien fait rire avec leur fiche technique à la gloire de Brigitte Girardin, qui contenait un lapsus fort révélateur : dans le paragraphe sur ses activités ministérielles, « elle explique »… rien. Aucune phrase ne vient poursuivre sur cette lancée. Une bévue qui fait sourire : les Jeunes Solidaires de Paris sont dans le vrai, à leur insu.

Rebelote le 11 septembre, avec la publication d’une fiche du même type sur Jacques Le Guen, présenté comme un soutien de Villepin. Ce alors qu’en juin, le député du Finistère avait annoncé voter pour Sarkozy au premier tour en 2012. S’ils avaient eu un peu de background politique, ces jeunes auraient compris que Jacques Le Guen n’était encore membre du Bureau Politique de République Solidaire que dans l’attente du verdict de Clearstream, afin de ne pas abandonner son ami Dominique au creux de la vague. Là encore, rien de bien méchant.

Pauvres cadres livrés à eux mêmes… On ne peut que leur pardonner ces petites erreurs, lorsqu’on sait qu’ils sont seuls et sans formation. Mais pointer fermement les manquements de Brigitte Girardin en la matière, car en tant que Secrétaire Générale, elle porte la responsabilité de cette absence de niveau politique, de formation, et de sens de la communication.

Enfin, pour terminer, République Solidaire n’a pas su gérer l’après 14 septembre. Ni les cadres, ni les militants n’ont reçu d’argumentaires flashs, type élément de langage, pour se préparer à répondre sur le jugement de Clearstream. Aucun message concernant l’avenir n’a été envoyé, si ce n’est une énième relance pour faire rentrer de l’argent. Pire, les derniers fichiers reçus par les fédérations remontent au 5 juillet. A croire que la rentrée s’est faite en mode fantôme…

5 – Une analyse politique, euh… WTF ???

République Solidaire n’aura pas montré un grand sens politique, rejetant les rumeurs de collusion avec Nicolas Sarkozy –en raison des rencontres entre les deux hommes- à grand coups de burin bayrouesque, ce qui n’aura pas manqué d’étonner.

Mais surtout, ce qui a stupéfié en interne, c’est le tweet anti chiraquien de Christophe Carignano, le 10 septembre dernier. Ce texte laisse ni plus ni moins entendre que Chirac serait, pour Villepin, aussi nuisible que Sarkozy.

Surprenant que ce message soit encore en ligne… Est-ce la ligne de République Solidaire ? Ou tout le monde peut il écrire tout et n’importe quoi au nom du mouvement, sans aucun contrôle ???

Girardin, ou l’incompétence politique faite femme. Une triste réalité qui pourrait barrer la route de la présidentielle à Dominique de Villepin… à moins qu’il ne se décide enfin à se séparer de celle qui l’entraîne au fond du gouffre.  Désormais chacun le sait : la campagne sera sans elle, ou ne sera pas.