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On rechigne toujours à évoquer avec les autres ses problèmes de santé. Grave erreur. Evidemment, on ne va pas en parler avec tout le monde…

Par exemple, quand Georgette, la chose qui vous sert de voisine de bureau, vous raconte par le menu la dernière opération de sa belle-mère, c’est déplacé. D’autant que ça peut vite virer au gore. Mais avec les gens de confiance, il peut être intéressant d’échanger.

C’est ce que j’ai fait hier soir, en appelant une amie digne de confiance, et médecin. Bonne pioche. Elle me pose une question toute bête : « Tu boîtes ? ». Oui. Enfin plus que d’habitude, là c’est très marqué. « Comment ça plus que d’habitude ? ». Bah oui : j’ai une jambe plus courte que l’autre. Et là je peux vous dire qu’elle lève  un sacré lièvre. Parce que si moi je le sais depuis toujours –ça se remarque…- il se trouve que j’ai adapté ma démarche à cette malformation. En décalant mon bassin… Là où j’ai mal… OMG !

L’amie en question me recommande alors chaudement d’en parler au médecin. Ceci dit elle reste prudente, faute de disposer de mes examens et de moi sous la main, et n’écarte donc pas d’autres possibilités. Et me fait promettre de la tenir informée. Vu ses talents d’enquêtrice, il est clair que je la retiens dans mon équipe pour cette version santé des Experts ! D’autant qu’elle m’explique les choses avec pédagogie –parce que pour moi, tout ça c’est un peu du chinois -, et ne manque pas non plus de psychologie : ça me fait un bien fou !

J’enchaîne, plus tardivement, avec une conversation avec une autre amie. Qui n’est pas médecin, mais très pragmatique. Elle est toute jeune -19 ans- mais elle sait déjà fort bien se servir de son cerveau. Comme elle a lu mon blog, on papote de mes bobos, puis je lui évoque ma nouvelle piste. Et je reparle de cette histoire de pied qui a marqué à la scintigraphie.

Et là, elle a un éclair de génie. « C’est quel pied ? », me dit-elle. Le gauche. « Et ta jambe la plus courte ? ». La droite. « Mais alors tu t’appuies tout le temps sur ton pied gauche ? ». Oui. OMG. On tient là une piste sacrément intéressante : il serait assez logique que j’ai mal au dos et au bassin parce que depuis toujours, je compense en me penchant, et le pied gauche aurait souffert de cette compensation un peu trop appuyée…

Inutile de vous dire que je me suis couchée le cœur léger : on avait enfin cerné un potentiel suspect. Plus question de maladie rhumatismale handicapante –ce qui faisait jusque là office de suspect, même si on s’en éloignait avec cette scintigraphie- et juste une histoire de squelette malformé. C’est donc forte de cette nouvelle piste que je me suis rendue chez le Doc.

Je prévois de partir encore plus tôt mais le traitement d’une requête classée TTU me retarde. J’arrive donc devant chez le Doc à 15h45 : deux personnes sont déjà là.

Mon heure de passage est estimée entre 17h et 17h15. Et j’ai de la chance : à 16h15 nous sommes huit. Et à 16h30, au début des consultations, et au comptage officiel effectué par le Doc himself, nous sommes 11.

J’ai d’ailleurs rapidement des envies de meurtre. Sérieusement, mères de famille, apprenez à vos marmots à faire preuve de tenue, même en bas âge ! Parce que la choupette de trois ans qui hurle en jouant –alors qu’elle pourrait jouer calmement-, qui balance sa chaise en plastique dans les mollets sans s’excuser –mais aïe, euh-, qui montre sur les chaises en cuir avec ses bottes, … On n’en veut pas !!! Une salle d’attente de médecin est un lieu calme, les gens viennent parce qu’ils sont souffrants, et ne peuvent pas supporter votre incapacité à éduquer vos gosses !!!

Et ça vaut aussi pour les vieilles qui viennent voir le Doc juste parce que ça leur fait une sortie dans la semaine. On n’est plus en période de canicule, pas besoin de venir pointer, vous êtes à la retraite ! Parce que votre petite conversation sur Madame Michu –que par ailleurs nous savons maintenant  tous que vous détestez- et les moultes détails sur son opération, on n’en veut pas non plus ! Nous ce qu’on veut, c’est le silence. Même si c’est pesant. On veut pouvoir lire, tweeter, ou somnoler tranquilles !

C’est enfin mon tour. Je saute de ma chaise, ce qui inquiète le Doc. Bah oui, aïe. Il prend ma scintigraphie, et groumpf. Ceci dit, ça le rassure franchement que la scintigraphie ne marque pas au bassin. Je lui demande si on squeeze l’IRM des sacros-iliaques. Non. On le garde. Le Doc m’indique que la scintigraphie n’est pas un examen très précis, et qu’étant donné que j’ai mal là, il veut voir ce qu’il se passe dans le coin. Notamment pour exclure certaines hypothèses.

On en arrive donc à mon histoire de pied. Et je lui explique ma théorie. Pour le Doc, c’est une piste, il me prescrit donc une radio du bassin dans une position qui permettra de bien voir si ma jambe plus courte a –déjà- une action sur mon bassin. Chouette, on va faire du Kâma-Sûtra. Bah quoi, les radios, c’est bien à poil ?

Ceci dit, je rigole jaune. Ou plutôt rouge. Parce que là, une alerte résonne dans ma tête : IRM + radios, mais depuis quand je suis Crésus ? En attendant de m’inquiéter pour mes finances, je me prends tout de go une belle douche : « Ceci dit vu la durée de cette crise et l’intensité de ta douleurs, je doute qu’il faille juste te mettre une talonnette. » Et vlan ! Nous voilà donc avec un pied à problème mais sans douleur, et des douleurs dans la zone bas du dos-bassin sans problème. Euh… comment dire ?

Là je commence franchement à ne plus trouver ça drôle. Le Doc me prescrit alors un EMG, examen neurologique destiné à déterminer la vitesse de transmission des infos via les nerfs, pour tenter de déterminer s’il y a blocage.

Ouais, un peu comme un défenseur qui ralentirait Pastore dans sa course, mais on parle de Pastore donc il dribblerait toute la défense et l’info irait au but. Bon… Cet EMG va juste me coûter la consultation du neurologue –un spécialiste, donc cher- et le prix de l’examen. Coût total des examens estimés entre 400 et 500 euros à avancer à la sécu et la mutuelle, que je n’ai évidemment pas. Sinon ça ne serait pas drôle…

Vous me répondrez, vas à l’hôpital et tu auras le tiers payant. Certes pour le neurologue. Mais je vais attendre longtemps, ce que me déconseille le Doc. Ce sera donc le neurologue de ville, et fissa. Quant au radiologue… Il devrait pratiquer le tiers payant mais ne le fait pas. Sa facture, la dernière fois, était de 184 euros. Mais j’avais des radios et une échographie. Ceci dit même la moitié… M’enfin. Le jour où l’on comprendra qu’avoir une mutuelle permet certes de rembourser, mais qu’il faut tout de même avancer, on aura fait un grand pas.

Reprenons le cours de la consultation. Car curieuse je suis. Trop parfois. Parce que là, j’ai posé la question de trop : « et donc là, on part sur un problème purement technique, on ne suspecte plus une maladie ? ». Réponse ambiguë et prudente du Doc. En gros, il pense que c’est probablement technique, mais n’exclut rien à ce stade. Et comme d’hab, il rajoute le détail qui tue : « Si on ne voit rien là on fera une IRM du cerveau ». Hein ???

Ou comment j’ai chopé l’hypocondrie de mon pote. Parce que ce genre de petite info, ça fait juste vraiment flipper. Alors que si ça se trouve, il me faudra juste une talonnette… à droite. Lol quand même. Mais contrairement à Sarko, ça ne sera pas pour me grandir, et il n’en faudra qu’une. Mais à droite. Über lol.

Enfin, cette consultation qui n’a servi qu’à poursuivre l’enquête –et selon le Doc, on a bien avancé- et à vider virtuellement mon compte en banque déjà vide se termine sur une bonne nouvelle : j’ai un traitement pour la douleur. Avec mes anti-inflammatoires des trois crises précédentes. Et après la première prise, je peux l’affirmer : j’observe une nette amélioration puisqu’à l’instant où je vous parle, je ne sens plus rien. Pourvu que ça dure !