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Une nuit en garde à vue, qui fait souffler un vent de panique sur l’Elysée. Nicolas Bazire, l’ami intime de Nicolas Sarkozy, qui fut entre 1993 et 1995 directeur de cabinet d’Edouard Balladur, se retrouve mis en examen pour complicité d’abus de biens sociaux. Il est soupçonné d’avoir participé à d’éventuelles malversations financières liées aux contrats de vente d’armes passés au Pakistan en 1994.

Sa proximité avec Nicolas Sarkozy n’en fait pas un coupable, pas plus que l’actuel président. Reste que les deux hommes étaient aux avant-postes de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Leurs titres officiels précisent Directeur de campagne pour Nicolas Bazire, et Porte Parole pour Nicolas Sarkozy. Chacun sait cependant que les deux Nicolas étaient les plus proches conseillers d’Edouard Balladur pour cette campagne.  Tenter de faire croire le contraire serait franchement nous prendre pour des cons. Même l’INA s’en souvient !

S’il y a question, c’est parce qu’à la toute fin des négociations dans le cadre de ces contrats Sawari II et Agosta, le ministère de la défense a imposé au printemps 1994 de nouveaux intermédiaires, dont l’un n’est autre que Ziad Takkiédine. Vu leur montant, exceptionnel dans ce milieu à cette époque,  naît le soupçon de rétro-commissions.

Et quand les éléments de langage UMP disent que le nom de Nicolas Sarkozy n’est pas cité dans cette affaire, c’est faux. C’est juste compliqué de mettre en garde à vue le président de la République. Reste qu’un rapport de la police luxembourgeoise pointe vers lui : en tant que ministre du budget, il aurait avalisé la création de la société Heine. Certains estiment que cette  structure aurait servi à récupérer les fonds, pour les réinjecter dans la campagne d’Edouard Balladur.

Dès son élection, Jacques Chirac a fait cesser le versement des commissions… ce qui aura fatalement stoppé l’arrêt du versement des rétro-commissions si elles ont existées. Ce qui pourrait, selon la thèse qu’explore la justice, avoir généré, en représailles, l’attentat de Karachi, qui fit 14 victimes dont onze ingénieurs français.

D’où les questionnement actuels de la justice, qui cherche à démêler les fils de deux histoires : l’existence ou non de rétro-commissions, leur utilisation –campagne de Balladur ?-, et leurs conséquences –attentat de Karachi ?-. Pour bien comprendre ces éléments je vous invite à regarder l’infographie suivante sur l’affaire Karachi, brillamment réalisée par Le Monde.

En conséquence, le vent du boulet se rapproche dangereusement. Et l’Elysée commence à avoir chaud aux fesses. Selon Le Parisien, un sarkozyste aurait confié : « c’est très chaud ». Un autre aurait avoué : « c’est un tournant dans la campagne ». Force est de constater que le calendrier de ces révélations n’est pas très favorable à Nicolas Sarkozy. Au-delà de la thématique dont il se targuait –la République irréprochable-, on parle de la mort de quatorze personnes dont onze ingénieurs français. Une potentielle affaire d’Etat qui renverra Clearstream ou le procès Chirac au rang de vaste plaisanterie.

C’est dire si le Château est en flammes. Premier acte cet après-midi, avec la publication d’un communiqué de presse de l’Elysée surréaliste, fortement relayé sur les réseaux sociaux, dont Twitter, par les équipes du président.

La situation est tellement tendue que la Sarkozie dépêche ses plus grands pitbulls pour aller défendre quoi qu’il en coûte l’actuel occupant de l’Elysée. Et déjà, le bât blesse du côté des éléments de langage : on ne peut pas dire que le Président de la République ne commente pas une décision de justice, et publier un tel communiqué. Mais puisque ce même communiqué évoque déjà les éléments du dossier -qu’il ne devrait en théorie pas avoir et encore moins dévoiler, c’est une violation du secret de l’instruction– on n’est plus à une bourde près…

Ainsi, Nadine Morano s’est dévouée pour répondre au Grand Journal. Mise en difficulté par les propos de Maître Morice, avocat des victimes, la ministre pom-pom girl de Sarko vocifère alors des attaques personnelles, acculée et en mal d’éléments de langage trop vite épuisés. Ce qui lui vaut cette réponse de l’avocat, cinglante : « La République irréprochable, vous pouvez vous la mettre où je pense ». Et une plainte en diffamation.

Ca n’est pas la première fois que Maître Morice pointe du doigt l’Elysée. Et jusqu’à présent, il n’a pas été poursuivi pour diffamation, lui. Peur de l’effet boomerang ?