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Le gouvernement l’a annoncé, et le Parlement l’a déjà voté : les mutuelles vont perdre leur avantage fiscal, et être taxées comme les autres assurances.

Autrement dit, leurs taxes vont augmenter, et leurs cotisations très probablement avec. Ce qui signifie que c’est le patient –mutualiste !- qui va (encore) payer.

Eric Caniard, président de la Mutualité française, rappelait ce midi sur Canal Plus que les mutuelles n’ont qu’une seule source de revenus : les cotisations des adhérents. A partir de là, comment voulez-vous que l’augmentation des taxes des mutuelles ne soient pas répercutée sur les cotisations ? En ce sens, l’appel au civisme du Ministre est complètement à côté de la plaque, et limite malhonnête.

Et ça ne va pas arranger les affaires des patients, pour qui ces cotisations sont déjà très élevées. Tellement que de nombreux français ont déjà renoncé à disposer d’une mutuelle, créant une nouvelle frange entre les bénéficiaires de la CMU et ceux qui disposent d’une mutuelle.

Ceux là sont dans la précarité médicale la plus totale : en cas de problème, les frais non remboursés par la Sécu restent à leur charge… et nombreux sont donc ceux à renoncer à ces soins. Pour ma part, je paye chaque mois près de 40 euros. A ce tarif, on comprend aisément pourquoi certains n’en ont pas les moyens… et la bataille que cela constitue de la conserver lorsque l’on se trouve dans la difficulté.

Comme le dit ce médecin, qui exerce en Seine Saint Denis, il vaut mieux être riche et bien portant, que pauvre et malade. Et d’évoquer les complications lorsque l’Assurance Maladie ne délivre pas à ses bénéficiaires les outils pour pouvoir accéder aux soins. Un sujet que je maîtrise… Par deux fois, j’ai du changer ma carte vitale au cours des trois dernières années. Une première fois à la suite d’un déménagement, qui nécessitait soit disant de la refaire –alors qu’on aurait pu imaginer qu’une mise à jour fut suffisante- et une seconde fois lorsque mon portefeuille a été volé.

A chaque fois, durant 4 mois, j’ai du vivre dans l’insécurité médicale la plus totale : n’étant plus en mesure de prouver que j’étais bien affiliée à la sécurité sociale, je ne pouvais accéder aux soins… sauf à les payer cash, contre une feuille de maladie. Si cela passe encore pour le généraliste, c’est compliqué dès qu’il s’agit d’examens médicaux.

Comme je le disais hier, quand on a la chance d’avoir pu conserver sa mutuelle, il n’est pas toujours simple de pouvoir se soigner. Si pour les pathologies qui peuvent attendre, il existe un large réseau de centres pratiquant le tiers payant, y compris en milieu hospitalier, cela se complique nettement lorsque vos examens ne peuvent attendre, notamment en cas de fortes douleurs. C’est mon cas.

Mon médecin m’a prescrit toute une batterie de tests, qui ne peuvent attendre trop longtemps. Même s’il veille à m’envoyer vers des structures qui pratiquent le tiers payant –comme le centre d’imagerie médicale, qui ne fait payer que le technicien pour l’IRM, et rien pour la scintigraphie- certains examens doivent hélas être réalisés en ville, pour éviter une trop longue attente.

Ainsi, je vais payer lors des dix jours à venir :

  • Radios du bassin : aux alentours de 40 euros
  • Electromyogramme : 135 euros
  • IRM des sacro-iliaques : 69 euros (284 euros supplémentaires pris en charge par la Sécu)

Soit un total de 244 euros… que je n’ai pas. Lorsque je travaillais, j’aurais pu assumer cette dépense. Mais au chômage depuis 15 mois, mes 43,6% de ressources en moins ont comprimé mes dépenses et fait fondre mon épargne sans capacité de la renouveler pour justement, gérer les coups durs.

C’est donc la solidarité familiale qui va me permettre de passer ces examens, en attendant le remboursement qui sera effectué par la Sécurité Sociale d’abord, puis la mutuelle. Des comptes à suivre de près pour rembourser ma famille… Ou comment avant même de pouvoir envisager de me soigner, il a fallu que je trouve une solution de crédit.

Autant vous dire que pour mes dents, qui auraient grand besoin d’une petite visite chez le dentiste mais qui ne relèvent pas d’une urgence, on oublie : les frais seront bien trop élevés pour permettre à ma famille de m’aider de nouveau. Même avec la mutuelle, il m’est devenu impossible d’envisager de telles dépenses, et j’en suis à préférer conserver l’aide familiale pour les cas d’urgence.

Ou comment la santé est devenu un luxe, qui s’éloigne chaque jour un peu plus de nos concitoyens. Avec en filigrane, la faillite de notre modèle social et de l’entraide qu’il promettait, et l’absence de tout projet de société. A quand la solidarité ?