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Lors d’une longue allocution cet après midi pendant les Questions au Gouvernement, en réponse à Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, François Fillon a fait un point de politique générale… allant jusqu’à Karachi.

Le Premier Ministre s’est laissé emporter, sur un ton fort agressif, à pointer du doigt l’attitude de la gauche, qu’il accuse de « fouler au pied la présomption d’innocence », dénonçant le climat de suspicion qui mine selon lui les institutions républicaines.

« La vérité, c’est qu’hier la gauche se drapait dans la présomption d’innocence pour protéger Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, vous la foulez aux pieds, cette présomption d’innocence. La présomption d’innocence dans votre conception de la République, c’est pour la gauche, pas pour la droite », a clamé le premier ministre. « C’est une drôle de conception de la République ».  Alors ça, c’est tout de même fort de café.

Quelqu’un peut rappeler au Premier Ministre que le président de la République lui-même n’avait pas hésité à qualifier Dominique de Villepin de coupable, dans l’affaire Clearstream ? Ce même Villepin qui sera par deux fois relaxé par la justice, en première instance, puis en appel ? Ne serait-ce pas là l’hôpital qui se fout de la charité ? Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ? Ou alors pour la Sarkozie, la présomption d’innocence c’est quand ça les concerne, et pas pour tout le monde ?

Certes, Noël Mamère, quelques minutes avant, avait manqué de prudence, et largement dépassé les limites de l’acceptable, en allant jusqu’à dire que « un certain nombre de nos responsables politiques ont sans doute du sang sur les mains ». Mais ce débordement –inadmissible- du député EELV justifiait-il de la part de François Fillon une réponse donnant des leçons de morale alors que son N+1, le Président de la République lui-même, qui promet la République irréprochable, a commis exactement la même erreur un an auparavant face aux caméras ?

« Je vous le dis, je suis inquiet de voir notre démocratie traversée par ce climat de suspicion permanente (…), où l’on s’accuse sans preuve, où l’on insinue, où l’on spécule, où l’on fait circuler de faux documents », a déclaré le Premier Ministre. Quelqu’un peu rappeler à François Fillon qu’en matière de justice et de circulation de documents, la Sarkozie n’a aucune leçon à donner à qui que ce soit ?

Par quoi vais-je commencer ? Par la publication par l’Elysée d’un communiqué démontrant que le Château a non seulement accès à une procédure en cours, mais en plus, se permet de violer son instruction ? Ou par la plainte des familles des victimes de l’attentat qui vise aujourd’hui Brice Hortefeux pour complicité de subornation de témoin et entrave à la manifestation de la vérité pour avoir, dans la même affaire Karachi, prévenu Thierry Gaubert que sa femme transmettait des informations à la justice ? Est-ce là la République irréprochable que nous vante l’actuel locataire de l’Elysée ?

Face à ce déni de réalisme du Premier Ministre, la Gauche serait bien inspirée –et mon petit doigt me dit qu’elle le sera- d’user de sa conquête du Sénat pour déclencher une commission d’enquête parlementaire sur cette affaire Karachi [Avec toutefois la limite qu’il ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours.] Parce que franchement, ça suffit : il est temps, d’abord pour les familles des victimes et ensuite pour les Français, de savoir qui, dans cette histoire, manipule qui. Et que justice soit enfin faite.