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« Je veux être un président arbitre et non un président chef de tribu ».

D’emblée, Arnaud Montebourg se positionne très à gauche, virant du rose au rouge vif, luttant avec Ségolène Royal pour proposer des positions très coercitives, tel un procureur de la vie économique. Entre le communisme et l’extrême gauche, limite mélenchonesque.

Pour lui, il faut d’urgence s’en prendre au grand capital, et faire cracher au bassinet ces salauds de banquiers, sources de tous nos malheurs : « ma première décision sera de faire voter une loi de mise sous tutelle des banques ». Et d’enfoncer le clou, en annonçant vouloir « faire payer aux banques le prix de la crise ». Comment ? Et bien « l’Etat entrera d’autorité dans le conseil d’administration des banques ». Diantre !

Parce que l’Etat sera capable de prendre rapidement les décisions qui s’impose ? Tiens, tout ça me rappelle l’histoire de la Société Générale : quand la banque a découvert les petits jeux de Kerviel, ce qui a limité la casse, c’est justement d’avoir laissé l’Etat en dehors de tout ça… Cher Arnaud, il ne faut pas confondre la nécessaire régulation –sur laquelle aujourd’hui droite et gauche s’accorde, eh oui !-, et la coercition des banques.

Ceci dit tout n’est pas mauvais dans le capitalisme, alors Arnaud va chiper son idée suivante aux Etats Unis : « les banques seront coupés en deux, celles de dépôt et celles d’affaires ». A noter que cette idée là n’est pas forcément mauvaise…Mais comme Nono ne peut pas s’empêcher de partir en live, il sort juste après une idée pleine de bon sentiments que les Bisounours ne renieraient pas : « l’argent caché dans les paradis fiscaux sera rapatrié ». Avant d’ajouter que l’évasion fiscale sera sévèrement punie. Ah oui, et comment ? Evidemment il ne le dit pas. Dommage, parce que côté crédibilité, c’est le zéro pointé…

Alors que la question des journalistes porte sur le programme du PS, réalisé sur une hypothèse de croissance un peu optimiste de 2,5% -ce qui ne sera pas le cas selon les projections de l’OMC-, Arnaud Montebourg botte en touche, et change de sujet. Pas à l’aise… pour changer les choses, le président du conseil général de Saône et Loire n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Nous devrons prendre des mesures d’interdiction et de prohibition ». Ben voyons !

A s’enfermer dans des propositions protectionnistes, Montebourg ne semble pas prendre la mesure de l’isolement qu’il promet à notre pays, et de la montée du nationalisme qu’une telle mesure génèrera. Attention danger ! Et sinon, on lui dit que la politique commerciale est du ressort exclusif de l’Europe ? Même si les pro Montebourg opposent à cet argument qu’il parle bien de protectionnisme au niveau européen, c’est un peu nous prendre pour des cons que de tenter de nous faire avaler que l’Europe pourrait prendre pareille décision ! Et de quelle Europe parle-t-on ? De l’Union européenne, ou de  la zone Euro ? Bref, si on ne parlait pas de notre avenir, je dirais LOL.

Et sur la TVA sociale, Montebourg s’emporte contre : « La TVA sociale, c’est une punition contre notre population, moi je veux qu’on punisse les autres pays. » LE grand mot est lâché. Il veut punir les autres, désigner des bouc-émissaires, mais surtout pas penser en terme de solutions. Comme Ségolène Royal, Montebourg cherche des coupables pour payer. En glissant d’angle et en sortant de la thématique habituelle des riches contre les pauvres, mais en divisant cette fois non plus les classes, mais les acteurs de la vie économique. Au lieu de construire tous ensemble, il ne propose rien de moins que de détruire les uns au soit-disant bénéfice des autres. Ca n’est pas une vision sérieuse de notre société !

Et ça ne s’arrange pas avec son obsession pour défendre la démondialisation. Arnaud Montebourg croit peut être que la France peut se permettre de vivre recluse sur elle-même sans aucune relation avec les autres, tels le village gaulois d’Astérix ? Petit problème, c’est impossible. Et en plus, c’est dangereux.

Pour répondre à cette thèse, je passe la parole au socialiste Pascal Lamy, actuellement président de l’Organisation Mondiale du Commerce, en relatant ses propos tenus lors de l’Université d’été du Medef le 31 août dernier : « La thèse de la démondialisation est erronée et dangereuse. Elle part d’une fausse analyse de la globalisation. Elle est commode, car elle permet de mettre sur le dos des autres nos problèmes, et d’utiliser l’énergie politique pour mobiliser la proximité contre la distance. C’est une mauvaise réponse à une bonne question, expression d’un ressenti doscial de douleur, surtout dans les pays développés. Il faut éviter d’instrumentaliser la mondialisation : la diaboliser crée des réflexes identitaires et dangereux. »

Encore plus surprenant, il se distingue de tout le monde en estimant que les problèmes sociaux passe par l’économie, avant d’afficher une idée totalement folle : « Il faut dégager 30 à 40 milliards d’euros par an sur 20 ans si nous voulons avoir des résultats. Il faut pour cela emprunter. » Non seulement la réduction de l’endettement ne constitue pas pour lui une priorité, mais il n’a pas du avoir l’info du jour selon laquelle désormais les intérêts de la dette dépasse le budget de l’Education. Montebourg est donc idéologiquement ET économiquement dangereux : sa politique économique ressemble plus au gribouillage d’un gamin de maternelle qu’à un président de la République. Ou quand trop de démagogie tue la démagogie.

Sur les institutions, le point sur lequel Arnaud Montebourg rassemble le plus, il a logiquement déroulé son programme que chacun connaît : Montebourg veut la possibilité de révocation des élus, le référendum initiative populaire, et naturellement, instauration de la VIème République. Rien de nouveau sous le soleil, mais ses propositions commencent à gagner du terrain en interne. D’autant qu’avec les affaires qui encombrent la Sarkozie, sa phrase ne peut que faire mouche : « Nous avons partout imité le style présidentiel, monarchique ».

Arnaud Montebourg, semble avoir acté qu’il a perdu, et viser de marquer un maximum de points au sein du PS, pour élargir son influence. Heureusement parce que question Economie, ça se voit tout de suite qu’il n’est pas tombé dedans quand il était petit : une gourde de potion magique serait du meilleur effet. Je lui prescrit donc une petite consultation chez le druide Pascal Lami(x).

Son score 

  • Capacité à faire face à la crise (Economie) : 0
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société) : 0,5 pour les institutions
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche) : 0
  • Crédibilité en tant que présidentiable : 0

Total : 0,5 bleu –  3,5 rouges

Made in Village d’Astérix

La note peut paraître sévère, mais porte sur la présidentielle. Ce qui n’enlève rien à la qualité de sa prestation en tant que chef d’un courant, même si ses idées ne sont absolument pas adaptées à la situation de notre pays dans le monde qui l’entoure. Il reste toutefois important de noter qu’il fut bien meilleur et bien plus convaincant que Ségolène Royal –qui décroche le même score- Arnaud Montebourg défendant vraiment ses propres convictions. C’est déjà ça.