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« Voter pour moi, c’est voter utile »

Un peu échaudé par la surenchère de propositions toutes plus rigides les unes que les autres du trio Royal-Aubry-Montebourg, Manuel Valls remet les pendules à l’heure d’emblée : « je ne crois pas aux effets d’annonce. La première mission du prochain président sera de nommer un vrai premier ministre ». Et vlan, dans les dents de Fillon, le collaborateur de, qui ne peut réellement gouverner face à un président qui s’est fait élire pour occuper le poste de Premier Ministre auquel le Président Chirac s’était toujours refusé à le nommer.

Autre proposition sur les institutions, l’indépendance de la justice : « j’interdirai tout de suite l’ingérence de l’exécutif dans les affaires judiciaires et je sauvegarderai le juge d’instruction ». Une position proche de celle de Villepin, qui va plus loin, en proposant un procureur général de la Nation, déconnecté du pouvoir. On sent là le poids des affaires, qui a remis cette thématique au cœur de la campagne, et dont personne ne pourra sérieusement faire l’économie.

Sur le plan économique, Manuel Valls entend proposer la création d’un ministère de la production industrielle, pour soutenir la compétitivité de notre pays. Encore une thématique chère à Villepin, même si les moyens pour y parvenir diffère. Reste que le soutien de la croissance passe, pour les deux hommes, par la sauvegarde de notre tissu économique, et donc des PME et PMI.

Tout comme sa proposition de TVA sociale, qui dans sa description, n’est pas très éloignée de la TVA 3E du même Villepin. Rappel de ce qu’est la TVA sociale : cela consiste à augmenter la TVA pour financer la protection sociale, en échange d’une baisse des charges des entreprises. Proposition fortement récusée par Arnaud Montebourg, qui l’a qualifiée de proposition de droite. Se prenant en pleine dent un « Personne n’a le monopole de la gauche » bien senti.

Proposition également retoquée par Martine Aubry, qui pense que cela pénalisera les populations les moins favorisées, et préfère la proposition de Baylet. Hey Martine, tu crois qu’on n’a pas compris que tu cherches à pécho les voix de Baylet au second tour ? Chupa ! A noter que les augmentations d’impôts toucheront tout le monde, et que si l’aile gauche aimerait ne faire payer non plus que les riches, mais juste le grand capital, la justice sociale c’est aussi que tout le monde participe à l’effort nécessaire pour le pays. Ce afin de préserver l’emploi, et la croissance.

Pour Valls, les principaux problèmes sont l’endettement trop important et le fort chômage des jeunes : « L’effort que nous devons faire sera aussi important que celui que la France a dû faire après la guerre. La première priorité, c’est le désendettement ». Voilà un discours fort réaliste et profondément audible. Et un constat évident : « On ne pourra pas dépenser un euro supplémentaire sans mettre en oeuvre une politique fiscale majeure. Les prélèvements obligatoires augmenteront, à condition que cela soit juste ». Là encore, Valls est exactement sur la ligne de Villepin, qui part du même constat et annonce des augmentations d’impôts dans son programme selon le même principe de justice fiscale.

Sur la sécurité, un sujet dont il s’est emparé il y a longtemps, Manuel Valls rappelle que « La droite s’est fait élire en grande partie en 2002 comme en  2007 sur la question de la sécurité et avec la volonté de réduire l’insécurité. Or aujourd’hui 1 français sur 5 se sent en insécurité. A gauche, nous devons être crédibles pour parler de ce sujet ». Pour lui, il faut généraliser les police municipales, qui ont un rôle de police de proximité.

Mais avant, tout, « la première des réponses, ça doit être la réorganisation des services publics ». Une position qui recueille l’assentiment de Martine Aubry, laquelle pointe la nécessité de moyens : « Il faut mettre 10 000 policiers en plus ; ça coûte 300 millions d’euros ». Enfin sur l’immigration, je note une énième convergence entre Valls et Villepin, le candidat socialiste prônant le changement des titres de séjour.

Toujours réaliste, le maire d’Evry rappelle que « tout ne viendra pas en haut, il faudra faire avec les énergies du terrain ». Lapalisse n’aurait pas dit mieux, mais il faut bien rappeler certaines évidences à Montebourg et Royal, déconnectés des réalités. Ainsi, il rappellera à plusieurs reprises son leitmotiv : « Nous ne pourrons pas tout faire, nous devrons choisir ». Enfin un discours de vérité…

Son score

  • Capacité à faire face à la crise (Economie) : 1
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société) : 1
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche) : 0,5
  • Crédibilité en tant que présidentiable : 0

Total : 2,5 bleus – 1,5 rouges.

Made in Tribord

Très inquiet de la surenchère des propositions de certains candidats, tous plus dirigistes et démagogiques les unes que les autres, Manuel Valls a fort bien tiré son épingle du jeu. Cependant, son discours très à droite du PS ne lui permettra pas de remporter cette primaire. Il a cependant le mérite de faire évoluer le parti socialiste vers des positions plus réalistes, notamment en matière économique. Une bonne prestation, donc, pour ce candidat.