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« Les Français peuvent me faire confiance parce que je suis claire dans ce que j’annonce, dans mes priorités et parce que je fais ce que j’ai dit. »

Dès sa première intervention, Martine se laisse prendre au jeu lancé par Ségolène, à savoir émettre des propositions toutes plus rigides les unes que les autres… au lieu de prendre la hauteur nécessaire dans ce type de débat.

Sur les annonces, là encore, Martine se trompe de débat en tentant d’être d’accord avec les autres candidats, et en rappelant les points d’accord pour éviter au maximum d’aborder les dissensions. Dis Martine, c’est pas le congrès du PS ! Tes idées à quoi, au fond, c’est quoi ? En as-tu ?

Oui, Martine en a. Si elle est élu, sa première mesure sera de baisser de 30% les revenus du président et des ministres, parce que « l’exemple vient d’en haut ». Mouais. Déjà, le président s’est augmenté de 172%, donc 30% c’est un peu chiche. Il faudrait tout de même diminuer de plus du double de ce qu’elle propose pour retrouver son niveau antérieur.* Ouais c’est facile, mais ça reste vrai. Na. Sur ces traitements, pourquoi pas, mais sérieusement, ça change quoi de faire passer le salaire d’un ministre de 9000 à 6000 euros –en gros- quand un député en gagne 5500 mais dispose en plus de frais de représentation qui doublent la donne ?

Ca veut dire qu’un ministre va gagner moins qu’un élu alors qu’il est bien plus exposé ? Je suis assez défavorable à ces mesures gadgets à la con, qui vont finir par nous donner des ministres de niveau CFA quand on aurait plutôt besoin de la Ligue des Champions. Pour moi, c’est de la mesure bling-bling et sans aucun intérêt, juste destinée à se donner bonne conscience au nom du symbole… Et ça frappe à côté : 9000 à 12 000 euros par mois pour un ministre, c’est quoi par rapport au salaire de Carlos Ghosn ? Peut-on arrêter de nous prendre pour des cons ?

Toujours en matière économique, Martine veut un plan anti-crise qui consistera à annuler les niches fiscales –toutes ? sinon lesquelles ?- allié à un vaste plan de relance de l’économie pour soutenir la croissance. On sait donc que Martine a lu Keynes. Par contre, on ne sait pas comment elle compte l’appliquer. Ceci dit, en la matière, elle est cohérente, car consciente de la nécessité de réaliser cette politique en concertation avec l’Europe et notamment notre partenaire allemand.

Elle compte d’ailleurs aller voir Madame Merkel pour lui expliquer de quel bois elle se chauffe, et comment il faut gérer tout ça : « Le 7 mai j’irai voir Mme Merkel pour lui dire qu’il faut changer l’Europe ». J’attends ça avec impatience et je ne doute pas qu’Angela Merkel aussi… Comme si les allemands attendaient nos petites leçons ! Bref. Seul point positif, Martine annonce vouloir mettre la finance au service de l’économie. Ce qui est la position actuelle de la France tant au sein du Conseil Européen que du G20.

Côté entreprise, Martine veut une loi instaurant l’égalité salariale entre hommes et femmes. Oh que c’est mignon. C’est vrai, c’est chou comme tout. Mais concrètement, on fait comment ? On affiche les salaires de tout le monde à côté des toilettes ? On oblige les entreprises à recruter des femmes sur tel type de poste ? Quid de la négociation qui tient compte de l’expérience des candidats ? Autant je suis pour que les femmes soient payées à leur juste valeur –c’est-à-dire à compétences et postes égaux, pareil que ces messieurs- autant je vois mal comment cela peut se traduire dans la loi. Faut mieux expliquer Titine parce que là, soit tu as pris un abonnement chez les Bisounours, soit tu es claire comme un tas de boue !

Martine veut enfin remettre au goût du jour les emplois jeunes, sous le nouveau nom de Contrat d’Avenir. Ces **** d’emploi-jeunes qui figurent au projet du PS. Cette vaste arnaque déjà utilisée sous Jospin. Mais enfin Martine, quand évolueras tu ? Quelle vision passéiste, comment oser se foutre de la gueule des jeunes de la sorte ???

Pour ceux qui n’ont pas connu, voici comment marchait les emplois jeunes. Vous aviez un contrat pour une durée maximale de 5 ans, payé par la collectivité –donc nos impôts-, une possibilité de formation –en fonction des possibilités, hein, ne rêvez pas-, et au bout de cinq ans –soit une législature, oui, vous savez bien compter- eh bien DEHORS. Voilà les emploi jeunes : un job sous payé, qui prenait des parts de marchés dans l’associatif et les collectivités –si comme moi vous aviez fait vos études dedans, et bien les non diplômés, moins cher, vous ont piqué la place- et tout ça sans aucune insertion professionnelle durable. Une arnaque d’Etat !

Ses priorités seront donc les suivantes :  l’emploi, l’éducation, le pouvoir d’achat, et la sécurité. En matière de logement, justement, elle prône le blocage des loyers dans les zones tendues, pour remettre du pouvoir d’achat. L’idée peut paraître bonne –le loyer étant le premier poste budgétaire d’un ménage-, reste à voir comment, afin de ne pas non plus inciter les propriétaires à retirer leurs biens du marché. Là encore, aucun détail ne permet de jauger sérieusement cette proposition.

De temps en temps la Secrétaire du PS candidate Martine se réveille et réalise que l’un de ses adversaires dit une énormité. C’est le cas lorsque Montebourg propose le protectionnisme, elle comprend soudain que c’est irréaliste, que cela revient à fermer les frontières. Et s’en offusque. Hélas elle n’est pas exempte d’âneries. Ainsi sur les salaires, elle reproche aux dirigeants actuels de ne pas avoir mis de l’ordre dans les stock-options… oubliant que c’est le PS et Fabius qui ont déplafonné et assoupli ces rémunérations à la fin des années 90 !!!

Mais reste le nez planté dans le projet du PS, qu’elle défend par tous les moyens. Y compris sur les prévisions de croissance trop optimistes pour sa réalisation (2,5%); n’hésitant pas à les revoir honteusement à la baisse, ce que tous les journalistes relèveront. Qu’il est dur pour l’ancienne première secrétaire d’endosser les habits de présidentiable ! Elle s’est manifestement trompée de débat. Hors sujet à se noyer dans la masse des candidats, en discutant trop avec eux. Au lieu de sortir du lot. Cette erreur de positionnement lui coûte cher en crédibilité : elle n’apparaît pas présidentiable.

Son score

  • Capacité à faire face à la crise (Economie) : 0,5 pour sa conscience sur la nécessaire régulation de la finance
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société) : 0,5
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche) : 0,5
  • Crédibilité en tant que présidentiable : 0,5

Total : 2 bleus, 2 rouges

Made in Rue de Solférino

Ni oui, ni non ! Martine Aubry s’est trompé de jeu, et a loupé sa prestation. Trop préoccupée par la vision que peut donner du PS un tel débat, et par la défense de son bébé Projet, elle n’a pas su se démarquer. Pire, elle s’est laissée entraîner en début d’émission dans la surenchère de propositions démagogiques avec Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, au lieu de les laisser s’épuiser. Elle pêche donc par manque de hauteur… et confirme n’être qu’une candidate par défaut. Trop juste !

* Phrase ajoutée à la suite d’un commentaire (ci dessous) afin de préciser les choses