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« Je veux être la présidente des solutions, juste et efficace. Une présidence efficace ».

Première à prendre la parole, Ségolène s’est surtout positionnée comme la candidate des interdictions. Déroulant ses mesures toutes plus coercitives les unes que les autres, elle s’est placée dans une position très fortement idéologique, sans réelle vision de la France.

Premières destinataires de son ire, les banques, coupables selon elle, de tous les maux. Conséquence, elles doivent payer. Et être mises au pas. Ségolène envisage donc rien de moins que de « les faire obéir » -à ce stade, Ségolène semble en pleine cohérence avec sa proposition sur l’encadrement militaire !- en les obligeant à intégrer dans leur conseil d’administration l’Etat. Une nouvelle version de la nationalisation, mais sans le dire trop fort. Parce que ça ferait un peu trop penser à 1981 et le spectre des chars soviétiques. Reste que la couleur rouge de sa veste est fort appropriée à ce petit ton fort teinté de communisme. Vade retro la coco, si c’est votre idéologie, autant choisir le vrai faux socialo-communiste Mélenchon !

Et dans le style, ça n’est pas tout : Je veux l’entrée de l’Etat et des Régions au capital des entreprises stratégiques, celles qui correspondent à l’intérêt national ». Par exemple, la sidérurgie lorraine. Si vous choisissez Ségo, vous la trouverez à tous les étages ! Et la Reine du Chabichou en a encore sous le coude, en matière de gestion que les tenants de feu l’URSS ne renieraient pas. Cette vision passéiste fait d’ailleurs réagir Arlette Chabot, à qui échappe un petit « C’est le retour des années 70 ».

Non seulement elle veut tout régenter et tout diriger, mais elle veut aussi interdire les licenciements boursiers. Euh, c’est quoi un licenciement boursier ? On le définit comment ? Nan parce que si elle veut une loi, il faut songer à préciser un peu tout ça, au lieu de dire « bouh les vilains méchants, je vais vous mettre des heures de colle ! ». Enfin son interdiction revient à réinstaurer l’autorisation administrative de licenciement, une mesure déjà adoptée puis supprimée en raison de son efficacité très relative… Ségolène se recycle dans le passé. Triste… Ses idées ne visent qu’à proposer des mesures coercitives qui bloqueront la confiance des investisseurs et donc la croissance et l’emploi.

Ca me fait marrer, ces politiques issus de la génération 68 et de son fameux « il est interdit d’interdire », qui tout à coup… veulent tout interdire. Crédibilité zéro. Faisabilité… Euh, zéro aussi. Mais attention, Ségo veut « l’inscrire dans la loi ». Et de citer les entreprises pour lesquelles il aurait fallu une loi, reprise en cœur par Titine –Molex, Continental,…-. Après le crédo un faits divers, une loi  de Sarko, le gimmick une entreprise, une loi de Ségo. Et hop, le fameux millefeuille législatif en reprend une couche de crème au beurre de Charente ! Et sinon les salariés des entreprises concernées, on les laisse détruite l’outil de travail, comme certains l’ont fait ? Nan parce que tout ceci n’est pas méga raccord avec sa proposition suivante : favoriser la reprise d’entreprises par les salariés. Juste un truc : on lui dit que y’a déjà des salariés qui ont des actions de leur entreprise ? Equity, tout ça, tout ça…

Outre cette proposition, elle souhaite prendre d’autres mesures immédiates : blocage du prix de l’essence et de cinquante produits de première nécessité. Hum, et l’électricité ? Et le gaz ? Pourquoi juste l’essence ? Y’a plein de gens qui n’ont plus d’auto faute de pouvoir s’en acheter une et payer l’assurance, avant même de songer au prix de l’essence… Cette proposition fleure quand même bon les années 70. Alors que stopper la hausse de l’électricité, ça touche tout le monde, et ça a de la gueule. Enfin je dis ça… Je ne suis pas socialiste, moi. C’est juste un avis purement marketing.

Parce que Ségo, le marketing, elle aime ça. Tellement qu’elle balance constamment des phrases toutes faites – comme « la République du respect », un concept vague derrière lequel chacun peut mettre ce qu’il veut (autrement dit un piège à cons)- avec parfois en option un vieux recyclage de mots usés jusqu’à la corde en 2007, comme « le pacte de confiance » : mi Darty, mi couche-culotte Confiance… et mi Pacte des Loups. Enfin, de la Louve. Ne reculant devant rien en matière de mots utilisés à n’importe quelle sauce –au beurre de Charente-, elle nous offre même le Point Grenelle de la soirée : « Je veux faire un Grenelle des PME, faire de la France un pays d’entrepreneurs ».

Ségo n’est pas très claire sur tout. Ainsi sur les retraites, elle annonce que « la retraite à 60 ans sera rendue à ceux qui ont travaillé dur et depuis longtemps ». Bon évidemment, elle ne chiffre pas, ça ferait mal à sa calculette. Mais surtout, elle ne dit pas qui sont ceux qui ont travaillé le plus dur et le plus longtemps. Si je comprends bien, elle veut revenir à la situation antérieure à celle de la réforme de 2010. Encore une réforme de Sarko et elle sera pour le système actuel. Voilà qui plaira aux gens de gauche : notre Ségo n’est pas pour la retraite à 60 ans. Ceci dit moi non plus : c’est irréaliste… Et en même temps je ne suis pas concernée : la réforme des retraites est un problème conjoncturel lié au vieillissement des baby-boomers. Quand j’aurai l’âge d’y être, le problème de financement sera réglé depuis longtemps, démographie oblige… Bref.

Dans la catégorie Ségolène rame, l’éducation. La dame du Poitou propose de remettre en urgence l’année de formation pour les enseignants, et de recréer les postes qui ont été supprimés. Oui mais bon, Ségolène, comment te dire que les enseignants ne veulent plus entendre parler de toi ? A force de prôner l’enfant-roi, et d’afficher la suprématie des marmots sur l’autorité des professeurs lorsque tu étais ministre, tu as dézingué le système scolaire. Ouais, rien de moins. L’éducation en a pris un sacré coup, et les profs ne peuvent plus te voir en peinture. Tu en as même fait fuir une large partie chez Bayrou, c’est dire !

Mais bon Ségo n’est pas à une contradiction près, donc elle sait aussi faire un peu de Sarko, pourvu que ce soit bien dans la tendance du moment. C’est donc l’heure du coup de barre à droite. Ainsi, sur la sécurité, elle se positionne en chef de file de cette nouvelle bataille pour la gauche, tout en maniant habilement l’art de la litote : « Il y a une prise de conscience qui n’était pas forcément là en 2007 ». Tu m’étonnes…

Evidemment, elle se laisse aller à exprimer son côté Général d’infanterie-voulant-tout-régenter par sa fameuse proposition sur l’encadrement militaire des délinquants. Une proposition qui a reçu l’appui de l’UMP même si les députés l’ont repoussée en commission. Tout en se laissant aller aux promesses déjà faites par Sarkozy en 2007 et non tenues depuis : « pour la tolérance zéro dès le premier acte délictueux ». Euh… A-t-elle la De Lorean bloquée dans le passé ??? A noter d’ailleurs qu’aucun candidat de cette primaire ne s’exprime en faveur de régularisations massives d’immigrés… un positionnement que même l’UMP n’avait pas en 2002.

Toujours dans la mesure –c’est ironique, hein- Ségo propose en matière de moralisation de la vie politique que « tout élu qui sera condamné pour des faits relevant de peines privatives de liberté sera retiré de ses fonctions et inéligible à vie ». Ce qui n’est ni plus ni moins qu’une double peine. La fête des amalgames.

Connaissant un élu condamné sur la base de témoignages qui n’auraient pas du être considérés comme recevable par un juge devenu depuis procureur et en passe d’être mis en examen à six ans d’inéligibilité, on voudrait le condamner à vie ? Quid de la réinsertion alors ? Et de la notion de deuxième chance ? L’exemple d’Alain Juppé est, à ce titre, l’un des plus intéressants ! Cette exagération est d’ailleurs aussitôt tempérée par Jean-Michel Baylet, qui répond à juste titre : « Des peines imprescritibles sont réservées aux crimes contre l’humanité ». Et vlan !

Ségolène, elle, est restée la présidente de Poitou Charentes, et l’a d’ailleurs rappelé, se targuant d’avoir récolté 60% des suffrages. Euh, peut être, mais c’est argument est un peu juste. En 2007, elle s’est banané avec ses 47%. Chiffres contre chiffres. Cette obsession de la taxe à tout-va est passéiste et témoigne de l’incapacité de Ségolène Royal à se projeter dans un monde en pleine mutation, qui nécessite réalisme et adaptation en dehors de toute idéologie, mais en fonction de l’intérêt général. Candidate Ségolène, recalée !

Son score

  • Capacité à faire face à la crise (Economie) : 0
  • Capacité à répondre aux enjeux sociétaux (Société) : 0
  • Capacité à rassembler les Français (et non juste la gauche) : 0
  • Crédibilité en tant que présidentiable : 0,5

Total : 0,5 bleu (et encore c’est lié à sa candidature de 2007) – 3,5 rouges

Made in Années 50

Cette note très sévère pour celle qui a porté les couleurs du PS en 2007 est à la hauteur du foutage de gueule qu’elle a proposé, butinant tantôt à droite, tantôt à gauche, sans aucune cohérence, dans une visée strictement opportuniste qui ne trompe personne. Ou l’art de la donneuse de leçons de classe Internationale, autrement dit le Sarkozy de gauche : des propositions qui fleurent bon le passé et la démagogie, à fuir à tout prix.