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Lundi, j’ai revu mon agence d’intérim chérie. Celle dans laquelle j’ai commencé ma carrière d’assistante de direction il y a dix ans, et qui est une merveille.

Dans cette petite agence, pas question de placer les gens n’importe comment : on fait selon leur profil et leurs aspirations, partant du principe que si le salarié est bien dans son job, il le fera bien, et tout le monde sera content. Notamment le client, qui confiera alors de nouvelles missions à l’agence. Bref, des gens qui ont tout compris, et que j’aime pour cela.

J’avais rendez-vous avec la patronne, pour faire un point sur ma situation, mes envies, et voir ce que l’on pouvait faire ensemble. Elle avait une mission en tête. Un de ses clients, une grosse entreprise publique, cherchait une assistante de direction, avec un cerveau, et capable d’assister un big boss bien pressurisé. Pour elle, qui me connaît bien et qui dispose de très bons retours de clients sur les missions déjà effectuées par le passé, je collais parfaitement. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne s’immiscer dans le processus de recrutement.

Comme prévu, elle a transmis mon dossier de candidature et sa chaude recommandation à son client, et le retour a été rapide : un gros non. Quelque chose aurait-il échappé à la patronne de l’agence ? Manquerais-je des compétences nécessaires pour le poste ? N’avait-elle pas compris la demande de son client ? Non, rien de tout cela. Je disposais bien des qualités requises. Mais alors, pourquoi ce refus catégorique de me rencontrer ?

J’ai travaillé comme permanente au sein du parti politique UMP. Et cela pourrait, selon le client de cette grande entreprise publique, remonter aux oreilles des syndicats, et en particulier de la CGT. Qui fait encore la pluie et le beau temps dans l’entreprise. Ce qui pourrait nuire à la bonne marche du service de celui qui ne sera donc pas mon futur patron. En gros, avoir travaillé pendant 18 mois, en tant que simple assistante de direction, au sein de l’UMP, représente un risque stratégique. Soit.

Peu importe que je n’ai pas occupé de fonction politique au sein de l’UMP, ou même que j’ai été virée pour raison politique par l’équipe du président du parti de l’époque, qui s’appelait Nicolas Sarkozy. C’est toute l’ironie de l’histoire : on me refuse pour une étiquette associée au sarkozysme, alors que j’ai été virée par l’équipe Sarkozy pour chiraquisme non conforme avec le sarkozysme. Et ce alors que j’étais reconnue en interne comme l’un des meilleurs éléments… sur le plan strictement professionnel. La raison politique, déjà, à l’époque… C’est dire si je connais le sujet !

Reste que tout ceci relève de la discrimination et du délit de prétendue opinion. Car avoir été assistante de direction au sein de l’UMP ne signifie pas que j’en partage les valeurs : il ne s’agit pas d’un poste politique, et contrairement au mythe répandu, nombreux sont les permanents à ne pas être encartés. Plus drôle, les non encartés sont en général ceux qui tiennent des postes politiques, comme par exemple au service des études, ceux qui rédigent le programme. En tout cas à l’époque.

C’est dire le non sens profond de ce rejet à mon égard, qui relève d’une toute aussi profonde méconnaissance du fonctionnement des partis. Cette décision tient à un mythe. En ce qui me concerne, j’étais à l’époque encartée. Dès mon licenciement, j’ai cessé d’adhérer à l’UMP : je n’allais tout de même pas donner du fric à ceux qui venaient de me faire un gros chèque pour licenciement abusif…

Ca n’est pas la première fois qu’une telle mésaventure m’arrive et qu’on me dit franchement que la politique a bloqué ma candidature. Et il m’est arrivé de nombreuses fois d’avoir le doute. Pourtant, je n’envisage pas de maquiller mon CV. Je n’ai pas honte des endroits où j’ai travaillé, et en tant qu’assistante de direction, j’ai eu à l’UMP de nombreuses expériences probantes qui sont extrêmement révélatrices de mes qualités à ce poste. C’est donc un point de force dans mon parcours. Je ne vois pas en quoi je devrais le cacher.

Aussi, j’assume totalement d’avoir quitté un poste prometteur au sein d’une major hollywoodienne pour entrer à l’UMP et y créer le poste d’assistante au sein des Jeunes Populaires. Je suis fière d’avoir instauré tous les process, géré l’agenda et les déplacements de ma Boss, répondu à la centaine d’appels téléphoniques par jour, rédigé les dizaines de courriers de réponse à ceux qu’elle recevait, aux centaines de mails qui arrivaient chaque jour sur nos boîtes, accueilli ses rendez-vous mais aussi les cadres et les militants qui venaient à notre bureau, organisé les réunions de service, établi les notes de frais pour la centaine de cadres que comptait notre départements, géré et envoyé les fichiers à ces mêmes cadres… bref, d’avoir fait le job de l’assistante de direction que j’étais.

Mais encore plus fière des missions annexes, comme l’organisation générale d’événements jusqu’à 5000 personnes pour les jeunes, et 40 000 pour les aînés. Un exemple. La veille de son accession à la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy avait exigé que nous organisions une soirée pour les jeunes, la veille. L’objectif était de réunir 2000 jeunes populaires à côté de Paris, de les loger le soir, et de les emmener sur site au Bourget le lendemain.

Ce qui signifiait, pour les jeunes de province (1500) :

  • Transport en train ou avion jusqu’à Paris
  • Transfert Gare ou Aéroport/Bodega en car
  • Bagagerie à la Bodega
  • Transfert Bodega/Hôtel en car
  • Nuit à l’hôtel
  • Transfert Hôtel / Palais des expositions du Bourget en car
  • Transfert Bourget / Gare ou Aéroport en car

Le tableau de bord récapitulait, pour chaque département, toutes ces étapes. Sachant qu’il fallait :

  • faire coller les heures d’arrivée et de départ des trains et avions, pour remplir les cars à leur capacité maximale, à savoir 50 personnes (que les départements viennent à 3 ou 27)
  • utiliser au maximum les mêmes cars pour aller à la Bodega et à l’hôtel afin de ne pas surcharger la bagagerie
  • faire coïncider ces mêmes cars avec les capacités d’hébergement, donc gérer la répartition des chambres en fonction.
  • Gérer les cas particuliers (venu en voiture mais ayant besoin d’une chambre, ou l’inverse, arrivé par un autre train, …)

L’ensemble représentait 7 points d’arrivée et de départ (5 gares, 2 aéroports), 30 cars et 11 hôtels. Et j’étais seule pour faire ce tableau et les feuilles de route pour l’ensemble des départements… en veillant à ne pas me tromper : toute erreur aurait eu pour conséquence de perdre les militants en route. Tout en assurant naturellement la gestion des relations avec les prestataires, pour la réservation des billets, l’ajustement du nombre de chambres, la réservation du bon nombre de cars…

Un mois seulement pour gérer tout ceci entre l’annonce de l’événement jusqu’à sa tenue. Des inscriptions à la réalisation : tout à concevoir, planifier, gérer, et réaliser. Et non un mois pour faire uniquement le tableau, les inscriptions étant arrivées jusqu’à deux jours avant ce meeting. Tout en gérant le reste de la vie classique du bureau –appels, mails, Boss, cadres, …- mais aussi le recrutement et l’organisation de l’équipe en charge de toute cette organisation (accueil aux gares, navettes, tenir la bagagerie…), vous l’aviez compris. Oui, tout ceci a nécessité un paquet d’heures supplémentaires pour nécessité de service. A-dap-ta-bi-li-té !

C’est un exemple parmi tant d’autres, mais voilà une de mes réalisations probantes. Qui n’aimerait pas avoir une assistante de direction capable d’assurer le quotidien, mais aussi de faire face, dans l’urgence, aux exigences de l’entreprise ? Franchement, je ne vois pas une seconde pourquoi je me priverais d’exposer une expérience qui en dit tant sur mes compétences et mes capacités.

Aussi, si cette personne commet l’erreur de bloquer sur un sigle qui ne signifie en rien mon positionnement politique actuel –j’ai voté à gauche aux cantonales, et si je suis favorable à une hypothèse Juppé (mon rêve) ou Villepin, je ne m’interdis pas de faire preuve d’humour corrézien en cas d’absence d’un de ces hommes-, il n’en reste pas moins que mes opinions politiques relèvent du domaine privé.

Voilà pourquoi j’estime qu’on ne peut en aucun cas me reprocher d’avoir travaillé au sein de l’UMP. Et d’ailleurs, je ne compte pas renier cette excellente expérience, très formatrice, et dans laquelle j’ai pu m’épanouir sur le plan strictement professionnel, grâce à la confiance de ma Boss. Non, je ne me réfugierai pas derrière l’appellation « société confidentielle » !

Heureusement, tous les recruteurs ne sont pas si fermés. Et si ce directeur n’a pas voulu en savoir plus sur le service que je peux apporter à sa structure, nous n’avions, effectivement, pas les mêmes valeurs : heureuse donc de ne pas travailler avec un tel Boss. Next !