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Ce dimanche, près de 10 000 bureaux de vote accueilleront les votants à cette primaire du PS*.

Si personne ne sait combien de personnes se rendront aux urnes –pour le PS, c’est un succès à partir d’un million de votants, mais le parti s’est préparé à en recevoir 4 à 5 millions- force est de constater que la primaire intéresse les citoyens.

Les succès d’audience des débats télévisés le confirment, ainsi que les nombreux échanges sur les réseaux sociaux. Cette primaire est devenue un vrai phénomène. Alors, à quoi ressemble un votant aux primaires et surtout, pourquoi souhaite-t-il exprimer son choix ?

Ils sont 31 à avoir répondu à mes questions. 31 parmi ceux qui s’intéressent à cette primaire, qu’ils aient choisi ou non d’y participer. Derrière son clavier, chacun a pris le temps de m’expliquer pourquoi cet exercice démocratique l’intéresse, ce qu’il représente pour lui,  pourquoi il a choisi tel ou tel candidat et recalé tel autre, et comment il voit la présidentielle. Plongée dans le petit monde des votants.

Les chiffres

Ce questionnaire n’ayant pas vocation de sondage, je ne vous dirai rien de leur âge, de leur CSP ou de leur répartition géographique, d’ailleurs je ne leur ai pas demandé. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir ce qui motive ces citoyens à se déplacer aux urnes, un dimanche froid d’octobre où l’on serait mieux sous la couette, entre les devoirs des enfants, le déjeuner chez Mamie, et le grand prix de F1.

Premier constat, c’est d’abord l’exercice qui intéresse : si 61,3% des personnes interrogées ont déjà décidé qu’elles iraient voter, 9,7% se réservent jusqu’à dimanche pour se décider, et 29% ne souhaitent pas prendre part à l’exercice, parce que cela ne correspond pas à leurs convictions… mais s’y intéressent. En attendant que la droite –qui a intégré la primaire interne dans ses statuts en 2006- et le centre s’y mettent ?

A noter que dans cette catégorie figurent aussi ceux  ne peuvent prendre part au vote car ils ne seront pas à proximité de leur bureau de vote et qu’il est impossible de voter par correspondance (sauf pour les français de l’étranger) ou par procuration. Regrets signalés. Si cela empêche certains de se rendre aux urnes, reconnaissons aussi que cela évite de les bourrer… C’est donc, quelque part, un mal pour un bien.

Second constat, l’écrasante majorité de ceux qui ont répondu et qui envisagent de voter aux primaires ne sont pas encartés à gauche (87%). Et le résultat suivant est encore plus intéressant. A la question « Etes vous de sensibilité de gauche », seuls 68% répondent par l’affirmative. 22% affirment ne pas être de gauche, et 9% répondent que ça dépend des sujets. Autrement dit, la primaire mobilisera bien dimanche au-delà de la gauche… Voyons pourquoi.

Pourquoi participer à la primaire ?

La primaire, c’est d’abord et avant tout la formidable opportunité offerte de désigner un candidat à gauche. D’ailleurs, les votants se félicitent que ce candidat est désigné plus largement que par l’appareil. Ainsi pour Boaz « C’est plutôt positif que le peuple choisisse le candidat principal de la gauche plutôt que le parti. ». Quand à Catnatt, elle estime qu’étant « de gauche, il me semble naturel d’y participer. J’aime beaucoup l’idée de poser un choix sur ma préférence tout en n’adhérant pas à un parti mais à des valeurs ».

Marine se fait encore plus précise : « J’ai envie de peser, à mon échelle, sur la campagne que fera la gauche en 2012. Et le PS joue un rôle central dans la gauche. » Maïta, elle, se fait un devoir d’aller mettre son bulletin dans l’urne : « je ne suis pas membre du PS, mais j’estime que c’est une occasion inédite, et donc plus qu’un droit, un devoir d’y participer ». Ou tout simplement, « Parce que j’admire le processus démocratique mis en place par le PS », me confie Renaud.

D’autres votants ont choisi de se rendre aux urnes pour d’autres raisons, plus politiques. Doudette n’y va pas par quatre chemins, et assume : « Parce qu’il n’y a pas de candidat au Centre (ARES) qui me convienne et que donc je considère avoir mon mot à dire, à droite… et à gauche ! » Il est certain que de nombreuses Doudette, en mal de candidat, pèseront sur le scrutin en avril et mai prochain. Il est donc très responsable pour ces indécis de pré-choisir parmi les candidats qui s’affronteront au second tour.

Mais la primaire, c’est aussi l’occasion… de barrer la route à Nicolas Sarkozy. Certains, comme Kakouik, voient d’abord la primaire comme une véritable opportunité à gauche, mais sont bien contents de pouvoir compter les anti-Sarko : « A cause de mes convictions et car je pense que c’est une chance de pouvoir exprimer mon choix. Et montrer la puissance de la mobilisation du rejet de Sarkozy » me dit-elle. Encore plus clair sous le clavier de Samarkandya : « Je veux que Sarkozy ne soit pas réélu. »

Enfin L., qui n’est pas de gauche, enfonce le clou : « Farouchement opposé à la bipolarisation de la vie politique française, l’organisation de primaires me gêne. J’irai toutefois voter, tout simplement parce que je ne veux pas reprendre 5 ans de Sarkozy, et souhaite tout simplement peser modestement sur le choix du « moins mauvais » pour le remplacer. » De nombreux votants montrent en effet leur intention de se mobiliser, comme le répète l’un d’entre eux : « Il faut se mobiliser et prendre ses responsabilités pour avoir un candidat fort contre Sarkozy ».

Que signifie pour eux la primaire ?

Les votants saluent d’abord la tenue de cet exercice démocratique, qui leur permet de choisir le candidat qui portera leurs couleurs. Tous sont conscients de participer au tour préliminaire de la présidentielle, comme le résume l’un d’entre eux : « Cela signifie participer à un acte citoyen qui est une première en France et une première étape avant la présidentielle ».

Mais ce qui retient leur attention, comme l’explique Catnatt, c’est surtout l’ouverture aux citoyens : « C’est un symbole. Il me semble que le parti socialiste a compris que l’ancien système (adhésion) est révolu et que permettre aux Français de participer c’est ramener les Français vers la politique. Une autre idée de la démocratie (ce devrait être aussi le cas chez les syndicats par la même occasion) ».

Les votants sont conscients de cette chance, mais aussi de la responsabilité qu’ils portent, à l’instar de Léonor : « C’est un engagement que je prends très au sérieux, la chance de pouvoir porter devant les Français un candidat en phase avec les aspiration du peuple de gauche – et pas seulement avec celles des militants PS, qui ne sont pas les « vrais gens », par définition, puisque déjà engagés politiquement. »

Taz cherche son candidat : « Même si je ne suis pas socialiste je peux trouver 1 candidat(e) qui se rapproche de mes valeurs. 1 voice 1 vote ». D’autres espèrent aussi influencer par leur choix le programme du PS, qui sera fatalement amendé. Ainsi la centriste Doudette aimerait « pouvoir influencer le programme du PS (en le recentrant) et – qui sait ? – en ayant le candidat que j’aurai choisi  ». Ce qui est aussi l’objectif de Renaud : « Pouvoir peser sur la campagne de 2012 en mobilisant les forces vives ».

Mais une fois encore, pour certains, cela va plus loin. « Exprimer mon choix, exprimer mes convictions, participer à une élection citoyenne et montrer par un grand nombre le courant de rejet de Sarkozy » énumère Kakouik. Si la primaire représente pour lui de nombreuses choses, elle n’en oublie pour autant pas la mobilisation anti-Sarkozy. Tout comme Christie, qui annonce clairement « Choisir le meilleur candidat qui pourra battre Sarkozy ». Ce que confirme un autre votant : « Le premier pas du départ de Sarkozy ».

De droite, je confirme cette tendance : dans mon entourage, une partie des excédés du sarkozysme iront voter dimanche, pour choisir leur futur président. Ces gens ont en effet décidé de barrer la route à Sarkozy… en le contournant par la gauche. D’autres enfin estiment tout simplement légitime d’y participer, à l’instar du Causeur, gaulliste et souverainiste, que je n’ai pas interrogé mais qui s’est fendu d’un joli billet pour expliquer son choix.

Comment les votants ont choisi leur candidat ?

Parmi les votants, les critères de sélection diffèrent, et la liste des courses est longue. Certains se positionnent en fonction des idées, et se décident sur certains points précis. « Positionnement par rapport à l’économie et à la dette » pour BVM, « Position sur les retraites » pour Piroska, « Sens de l’Etat, Républicain, progressiste » pour un autre, « position sur l’Europe, l’économie, les banques, les questions de droit du travail » pour Doudette.

D’autres accordent une importance au programme dans son ensemble et à ses capacités : « Le projet qui me semble le plus viable compte tenu du contexte économique. Une négociation entre des valeurs importantes de gauche (protection des acquis sociaux) et la réalité. » pour Catnatt, « Des propositions réalisables avec suffisamment de marges de manœuvre » pour Boaz, « un programme pour sortir la France du chemin vers le gouffre » pour Yannick, ou encore « L’accord avec mes convictions, le pragmatisme (pas de propositions dans un but de surenchère), la volonté, la qualité oratoire, la capacité d’écouter ce qu’on lui dit et d’apporter une réponse claire » pour Maïta.

Mais attention, les votants sont exigeants sur les qualités dont doit disposer leur candidat. Il doit faire preuve de « charisme, rationalité, projet politique » pour Julien , « objectivité, réalisme, sincérité » pour Taz, «honnêteté et cohérence du discours » pour Renaud, le « sérieux, le calme » pour Richard ; « le candidat avec le meilleur programme et capable d’incarner la fonction » pour un autre votant, « ses idées ses engagements et sa chance de remporter en 2012 » pour Kakouik, « compétence, priorités dans le programme et capacité à battre Sarkozy » pour Samarkandya, « les propositions, la possibilité de rassembler » pour Christie, ou encore « le programme (notamment droits des femmes, innovation), capacité à habiter la fonction, à être président, à représenter la France sur la scène internationale, capacité à battre N. Sarkozy » pour J.

Finalement, c’est Léonor qui résume le mieux le choix des votants : « Affinité avec ses propositions + potentiel « marketing » dans l’opinion – la Présidentielle, c’est peu de politique et beaucoup de symbolique ».

Ce qui fait fuir les votants…

Les votants sont loin d’avaler n’importe quel discours marketing, et sont très exigeants sur les raisons qui les poussent à rejeter certaines candidatures :  « Le discours complètement utopiste de certains. D’autre ont un discours trop sectaire », me confie BVM. « Etre une buse en communication est rédhibitoire », pour Cattnat. Au même chapitre figurent « Les candidats qui de font plaisir avec des mesures impossibles et irréalisables » pour Boaz, « l’incohérence du discours, la démagogie », pour Renaud . « Bêtise, manque de détermination, manque de vision a long terme », pour celui ci.

Et les votants ont bien compris qu’il s’agit de se choisir un président, pas le premier secrétaire du PS. Ainsi, ils rejettent les candidats dont les « propositions ne me correspondant pas et trop faible ou pas encore assez mure pour être président dans 6 mois », pour cet autre. « Trop de clientélisme, pas assez de sincérité », pour celui là, ou s’ils se sentent en « Désaccord avec leurs propositions et peu d’espoir qu’ils séduisent les français au-delà de leur camp », pour Léonor. Pour L. et Samarkandya, le critère de rejet numéro un réside dans « l’incapacité à rassembler largement pour battre Sarkozy ».

Et la présidentielle dans tout ça ?

Et bien le moins qu’on puisse dire, c’est que mon panel n’est guère optimiste sur la présidentielle de 2012. L’élection sera « Une boucherie » pour Catnatt, « sanglante » pour Julien, « violente malheureusement » pour cet autre, « campagne très dure (boules puantes) et incertaine jusqu’au bout » pour Samarkandya, « dure pour tout les candidats et tous les militants », pour cet autre internaute, « ça ne va pas être beau », pour Mussipont. Taz, quant à lui, a « hâte d’être déjà en mai 2012.  Ca va être long vu le climat ;-) ».

Cet autre votant renchérit : « la campagne est très nauséabonde, plus de coup tordus et d’affaires qui sortent que d’habitude. Les législatives dont on parle peu me semblent plus importantes en fait ». Boaz, lui, se borne à « espérer avec un débat de fond et moins d’affaires ». Léonor, elle, voit 2012 « comme une campagne très dure – et cela a déjà commencé. C’est aussi l’espoir de sortir du noir tunnel des années Sarkozy ».

En ce qui concerne le résultat, justement, point de triomphalisme militant au programme, chacun est réaliste. Ce sera « serré » pour Renaud, « cela dépendra beaucoup du résultat du 1e tour des primaires, selon les rapports de force (et la participation populaire) qui se dégageront » pour Marine, et cet autre votant « imagine que la gauche et la droite vont se retrouver au second tour avec un FN à la troisième place. [Il] ne voit pas de 21 avril à l’endroit ou a l’envers ». Kakouik estime que ce sera « Difficile à cause de la crise et de la personnalité de notre président actuel. J’espère un deuxième tour PS / Sarkozy bien sûr gagné par la gauche ».

Doudette, elle, se prépare à réaliser, en toute responsabilité, le moins mauvais des choix : « sauf à ce que la droite présente un candidat plus consensuel, je vois cette Présidentielle comme la nécessité de faire un mauvais choix entre Sarkozy et un candidat PS qui ne répondra jamais tout à fait à mes attentes ». Tout aussi lucide, J. me fait part de ses espérances : « J’espère une victoire de la gauche, je crains cependant des divisions qui l’empêcheraient. Je crains également que cela devienne un référendum anti-Sarkozy, qui serait source de déceptions par la suite ». Reste Bolitar qui lui, trouve la présidentielle « primordiale mais je ne me sens pas représenté par les candidats actuellement déclarés ». Souhaitons lui de le trouver d’ici là.

BVM se risque à un pronostic : « Je pense que si le PS choisit FH ou MValls il a des chances de sortir Nicolas Sarkozy. » Tout comme Christie qui voit « Une victoire de la gauche ;). J’imagine de grosses propositions de la gauche et une grosse émulation ». Mais cet autre militant nous fait part de son « inquiétude car Sarkozy travaille ses clientèles et les vieux votent. Sans parler de la force du FN ». Enfin L. estime qu’ « il est trop tôt pour se prononcer. Le jeu est encore ouvert, et les affaires internationales, économiques et financières notamment, peuvent à tout moment redistribuer les cartes ».

Les votants sont certes enthousiastes pour participer à cet exercice démocratique, mais point de Bisounours parmi eux. Tous sont bien conscients que cette campagne sera très difficile, tant sur les méthodes –les affaires ont déjà commencé à pourrir l’ambiance- que sur la bataille à mener pour l’emporter, et l’incertitude pesant sur le scrutin. En effet, si loin de l’échéance, rien n’est joué…

Des votants contents de la tenue de cette primaire

Et ces votants sont contents de la teneur des débats. « Il y a quelques mois, JAMAIS je n’aurais prêté autant d’attention au PS (je suis plutôt Front de Gauche/EELV selon les questions et les élections), mais la nouveauté et l’attrait du processus m’ont énormément attirée. Je trouve ces primaires très très réussies, tant sur le fond (j’ai entendu un nombre suffisant de réponses concrètes) que sur la forme (cette stratégie d’occupation de l’espace médiatique est très bonne) », indique Marine. Kakouik renchérit : « J’ai trouvé pour l’instant cette campagne d’un très bon niveau et les débats beaucoup plus intéressants que ceux de 2007 ».

En conclusion…

Qui a dit que les français ne s’intéressaient pas à la politique ? Cet échantillon non représentatif de votants démontre, par ces réponses, que la politique n’est pas que l’affaire des partis, et que les citoyens sont bien plus éclairés sur les enjeux de la présidentielle que les éléments de langage des uns ou des autres ne pourraient le laisser penser. Comme l’indique Maïta, « il semblerait que les Français se réveillent pour voter cette année. Cette tendance reste à confirmer ».

Le votant type de la primaire ? Un citoyen engagé, plutôt à gauche mais pas que, qui se veut un acteur de la présidentielle, pour choisir la France de demain. En effet, tous ont témoigné de leur envie très forte d’avoir un impact sur la présidentielle par ce premier vote de dimanche.

Ils veulent peser dans le débat, en choisissant un candidat qui réponde à leurs attentes, mais qui, au-delà des valeurs de gauche qu’il devra représenter, sera en capacité de rassembler les français lors de la présidentielle, et donc, de battre Nicolas Sarkozy.

Et vous ?

*Pour participer aux primaires du PS, il vous suffit de votre carte d’identité, d’un euro, et de vous rendre à votre bureau de vote, que vous trouverez sur le site de la primaire citoyenne.