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A 9h pétantes, des milliers de bénévoles ont ouvert les 10000 bureaux de vote pour la primaire citoyenne du PS.

Partout en France, des milliers de gens attendaient déjà devant les bureaux pour participer à ce grand exercice démocratique : désigner le candidat de gauche à la présidentielle de 2012.

Comme eux, j’étais dans les starting-blocks, étant donné que je couvre pour le blog toute cette journée de vote. Dans ce cas, autant voter de suite… Car oui, j’ai décidé de voter. Et là je sens poindre en vous la question : mais comment et pourquoi une fille de droite vote à la primaire socialiste ?

Depuis toujours, mon vote se fait en fonction de deux éléments : un programme, et la capacité d’un candidat à l’incarner en tant que président. Ce qui présuppose donc du candidat des compétences politiques, mas aussi une certaine hauteur. En 1995 et 2002, je n’ai eu aucun problème ni état d’âme à voter Chirac aux deux tours. En 2007, la situation s’est compliquée. D’un côté j’étais totalement opposée à Ségolène Royal -j’étais même très investie dans le site internet Segostop- et de l’autre, il n’était pas question de mettre le bulletin Sarkozy. Résultat au premier tour j’ai voté Bayrou, et au second… Chirac. Un vote nul en forme d’hommage.

Mais cette année, j’ai envie de voter utile. C’est à dire que ma voix de citoyenne compte en tant qu’expression d’une sensibilité politique, et que je n’en sois pas réduite à faire un vote art. Et croyez moi, ça n’a rien de simple pour la chiraco-juppéiste que je suis. D’une part, ni Chirac, ni Juppé ne sont candidats. Et même si l’on sent un frémissement en faveur de Juppé, il est peu probable que mon rêve se réalise. Redescendons sur terre. Villepin, que je soutiens, est franchement mal barré pour y aller. Borloo s’est déjà désisté. Bref, c’est la bérézina à droite, où il ne reste plus que celui-pour-qui-je-ne-veux-toujours-pas-voter, ou l’extrême droite. Ce qui pour moi, n’est pas loin de revenir au même.

En effet, les méthodes de Nicolas Sarkozy, qui confond gestion de la France et pouvoir mis à son service personnel –autrement dit intérêt général et intérêt particulier- le disqualifie d’emblée. Au nom de la conception que je me fais de la République, ce qui n’est tout de même pas anodin. Et il me semble que mon statut de citoyenne doit passer avant mon idéologie, lorsque celle-ci est représentée, à mes yeux naturellement, par quelqu’un qui ne respecte plus les valeurs fondamentales de notre République. Dans ce cas, il faut faire preuve de responsabilité –une valeur fondamentale de droite- et de liberté –en se détachant de l’aspect purement idéologique- pour réaliser le choix en son âme et conscience.

Reste alors la gauche. Mais qui, à gauche ? Je ne veux toujours pas de Ségolène Royal, qui fut désignée par le seul parti socialiste en 2007. Mais cette année, tout le monde peut voter pour désigner le candidat de gauche. Ce qui tombe bien, car comme cela, je peux choisir un candidat qui serait pour moi le choix du moins pire, le pire étant représenté au premier tour par le FN et au second par l’actuel président.

Voilà pourquoi je vote aux primaires du PS : je m’estime légitime à y participer, car in fine, si le candidat désigné me semble acceptable, c’est à dire capable de rassembler une majorité de français, il emportera naturellement ma voix. Rien de plus normal, alors, que de le choisir. D’autant que pour voter, il suffit de régler un euro, et de signer la charte des valeurs de gauche. Enfin valeurs de gauche, il faut le dire vite… Valeurs républicaines préemptées honteusement par la gauche serait plus juste. Même si l’on comprend qu’il fallait bien trouver des valeurs dans lesquels un maximum de personne pourraient se retrouver… On avait compris.

En effet, je ne vois pas en quoi notre devise nationale –liberté, égalité, fraternité- serait de gauche, pas plus que la notion de laïcité, de justice, ou de progrès social. Je suis fondamentalement de droite et pourtant, je signe des deux mains me reconnaître dans ces valeurs là. Même si en tant que Fille de Droite, j’ajouterais à mes valeurs l’humanisme (universel et non de droite ou de gauche), la liberté et la responsabilité (traditionnellement reprises par la droite, mais dans lesquelles tout un chacun peut se reconnaître).

Ce candidat aurait pu être le plus proche de mes idées de Fille de Droite et dans ce cas, Manuel Valls l’aurait emporté. Sauf que ça n’est pas la question posée par la primaire. La primaire demande de désigner le candidat de gauche qui concourra à la présidentielle. Et qui donc, risque de faire face au second tour, sauf accident, à Nicolas Sarkozy. Le choix porte bien sur celui qui peut l’emporter, et non sur celui avec qui on prendrait bien un pot. Si Valls est plus proche de mes idées, il ne me semble pas encore réellement présidentiable ni même capable de l’emporter dans cette primaire, beaucoup de socialistes le trouvant trop marqué à droite. Exit donc, le candidat de coeur… qui semble toutefois avoir gagné –en cas de victoire de la gauche- son ticket pour le ministère de l’Intérieur.

Après avoir vu deux des trois débats des primaires, et m’être beaucoup documentée, j’ai estimé que ni Jean-Michel Baylet (vraiment peu présidentiable), ni Ségolène Royal (je ne suis pas fan des patchworks réalisés à partir d’idées prises à droite à gauche sans véritable cohérence, je ne supporte pas le sectarisme, et encore moins la démagogie), ni Arnaud Montebourg (trop à gauche, pourquoi voter pour la copie de Mélenchon, et en plus beaucoup de points de son programme me semblent irréalistes), ni Martine Aubry (trop secrétaire du PS et également trop sectaire, le tout sans offrir une colonne vertébrale suffisante pour faire face au candidat de droite) ne convenaient à ma position. Restait alors François Hollande, qui me semble avoir acquis une vraie stature de présidentiable, tout en tenant un discours mesuré et applicable.

C’est donc avec conviction que j’ai mis ce matin dans l’urne le bulletin François Hollande, ravie de faire à mon tour un peu d’humour corrézien ; en espérant que je pourrai réitérer l’exercice la semaine prochaine pour le second tour de cette primaire, mais surtout, en avril et mai prochain.

Car lui seul me paraît de taille à affronter Nicolas Sarkozy, et le battre. En ce sens, il me semble que j’ai parfaitement répondu à la question posée par cette primaire citoyenne.

Naturellement, ce choix n’engage pas mon vote lors de la présidentielle. Tout cela dépendra des candidats qui seront dans les starting-blocks au premier puis au second tour. J’espère en effet toujours pouvoir disposer d’un candidat de premier tour plus au centre (Villepin ?) tout en rêvant tout haut à une hélas bien trop hypothétique candidature Juppé.

En fonction, le candidat que je choisis cette semaine pourra être mon candidat de premier ou de second tour, ou pas du tout. Le jeu reste complètement ouvert. Reste que j’ai tout de même mis une sérieuse option… au cas où. Avec fierté.