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Ah la fac… Ce monde magique où l’on pénètre une fois le bac en poche, un monde sans contraintes, sans obligation d’aller en cours, un monde où l’on choisit ses horaires, un monde de liberté et de savoir. Enfin cela, il faut le dire vite. La réalité est un peu plus cruelle.

La fac, ce monde de savoir, s’est en effet fixé plusieurs objectifs non avoués. Tout d’abord, vous apprendre l’histoire de David et de Goliath, ou la fable du pot de terre contre le pot de fer. Car la fac est là pour vous cultiver. Et contrairement à ce que vous imaginiez, cet enseignement là se fera par la pratique. Une sorte de TD universalisé. Goliath, c’est l’administration, qui fonctionne selon le poids que vous représentez, qui que vous soyez.

Si vous êtes un étudiant désireux par exemple d’obtenir une convention de stage, vous n’êtes rien. L’administration vous broiera. Car vous êtes seul. A moins que votre cursus n’exige un stage, vous aurez le plus grand mal à obtenir le sacro-saint papier sans l’imprimatur d’un prof influent. Parce que même si à partir du moment où vous êtes étudiant, la fac est tenu de vous délivrer ce papier, elle fera tout pour vous en dissuader : ça lui rajoute du travail… Peu importe que ça facilite votre insertion professionnelle, vous en demandez trop ! Pot de terre…

Si vous êtes un cursus spécialisé –donc faible en nombre d’étudiants inscrits-, vous ne pouvez rivaliser –en influence- avec les gros cursus qui charrient des milliers d’étudiants, comme les lettres ou le droit. Un petit cursus, kezako ? La fac n’accueille pas que d’énormes filières tels que la médecine, le droit ou les lettres. Il existe tout un tas de cursus spécialisés, qui démarrent dès la licence (L1) et qui permettent aux étudiants d’aller directement sur une matière, sans passer par la voie généraliste. Cool me direz vous. Dites le vite.

Choupette est étudiante dans l’un de ces cursus, et la première fois qu’elle m’en a donné le nom, j’ai cru que c’était le titre d’un de ses cours. Parce que c’était à peu près le titre d’un de ceux que j’avais eu dans un cursus déjà spécialisé, la médiation culturelle. Et bien non, c’était vraiment le titre de sa licence. Autrement dit, c’est ultra spécialisé. Mais vraiment intéressant. Et pas forcément une voie de garage : c’est même une bonne voie pour préparer des concours divers et variés (journalisme, administratifs) ou même bénéficier de passerelles vers les masters de droit, de lettres, d’histoire, de sciences po…

Reste à savoir si ce cursus offre aussi des débouchés dans l’armée. Parce que franchement, sa licence devrait plutôt s’appeler Stage commando de survie en milieu hostile. Tout, des inscriptions aux partiels, est fait pour décourager les étudiants. Comme si l’administration avait lancé un concours interne avec prime à celui qui parviendra à faire fermer ce cursus. Les exemples que vous allez lire sont –hélas- tous véridiques.

L’année étudiante débute traditionnellement par les inscriptions pédagogiques, qui suivent les inscriptions administratives. C’est LE grand moment où l’on choisit ses heures de cours. Les cours, suivant les options, et les horaires, en choisissant tel ou tel TD. Jusque là, nous sommes bien à la fac. Mais si vous êtes dans un petit cursus, n’espérez pas avoir un emploi du temps funky. Non, vous passez après tout le monde donc vos petits cours spécifiques, c’est tôt le matin ou tard le soir. Et tant pis si vous avez des heures de trous de 6h entre deux cours. Il ne vous reste plus alors, comme choix réel, que les cours en tronc commun avec d’autres cursus.

Deux possibilités pour vous : soit vous choisissez en terme d’horaires, et vous prenez ce qui vous arrange. Soit vous pensez stratégie. Et ça n’est pas un vain mot. Car lorsque viendra la question des partiels, il vaudra mieux avoir pensé en terme de stratégie. Et donc, avoir choisi le même TD que vos camarades de votre petit cursus. Pourquoi ? Pour ne pas vous taper deux partiels à la même heure… Et oui, ça arrive… Et croyez moi, votre petit cursus ne pèsera rien face aux mastodontes. Plus vous serez nombreux dans le même TD, plus vous aurez de chances de pouvoir négocier.

La négociation, voilà à quoi en sont réduits les étudiants de ces formations ultra spécialisées. Et pas qu’avec les profs qui eux, en général, sont plutôt conciliants avec les étudiants. Mais surtout, avec la sacro-sainte administration. Celle qui décide des dotations horaires des profs, ou encore des salles allouées à tel ou tel cours. Et croyez moi là encore, il faut avoir le cœur bien accroché.

Bon déjà, la fac étant en réfection, certains cours ont lieu dans une salle de cinéma. Oui, oui, à l’heure où les salles obscures sont encore vides. Pratique pour prendre des notes. Ou de la quasi nécessité d’avoir un ordinateur… Rassurez-vous, ils ont prévu de laisser la lumière. Tout de même. Faut pas déconner.

Passons sur ce détail, et intéressons nous à un autre problème qui nous rappelle tant le sketch du sens interdit de Raymond Devos : celui de ce cours obligatoire. Il a beau figurer au programme et compter pour la validation de l’année… il n’existe pas. La fac n’a pas recruté de prof pour le faire. Conséquence, sous le cours qui porte ce nom selon l’administration, se cache en réalité un tout autre cours.

On pourrait s’en contenter, sauf que ce cours est d’un niveau bien supérieur à celui de ces étudiants. Qui donc pour le moment, sont obligés de suivre pour rien un cours dans lequel ils ne peuvent qu’échouer. Plus drôle, le problème s’était posé l’an dernier, et la prof s’était démenée pour que ça ne se reproduise pas… mais n’a pas été reconduite dans son contrat.

En attendant, là encore, de parvenir à négocier avec le prof ET la sacro-sainte administration. Le prof étant de bonne volonté, ça pourrait se résoudre. Sur un malentendu. Si un prof fait bénévolement le cours, en échange de quoi sa dotation horaire de l’an prochain sera déduite d’autant. Et si le directeur de l’UFR accepte. Et c’est là que le bât blesse : ces directeurs n’ont pas toujours intérêt à ce que ces petits cursus existent, et traînent parfois des pieds pour réaliser ces petits arrangements.

Alors que nous arrivons mi-octobre, la négociation prend l’eau. Le directeur de l’UFR ne veut ni supprimer le nouveau cours (de langue), ni remettre l’ancien (de culture autour de la langue, rien à voir), mais bel et bien laisser le nouveau cours (de langue)… que la très grande majorité des élèves ne peuvent pas suivre. Les étudiants en sont donc à négocier avec le prof, sans faire deux groupes de langue selon les niveaux -au prétexte qu’il n’y a pas assez d’étudiants du niveau fort !- pour arriver à un compromis acceptable entre les étudiants qui devaient réellement suivre le nouveau cours (qui existait, lui, pour d’autres cursus) et nos petits loups du cursus spécialisé qui eux, n’ont pas le niveau pour suivre ce cours de langue et ont besoin d’un autre cours de culture qui lui est -ou était, on ne sait plus trop- obligatoire.

Autrement dit, ce sont les étudiants de la section David, qui vont négocier avec la prof et les sections Goliath pour se faire un programme sur mesure. C’est ça, ou ils peuvent dire adieu à cette matière : il s’agit d’une langue, et les autres ont 5 ans d’avance sur eux. Aux chiottes l’égalité des chances.

L’administration, cet enfer… Les administratifs n’ont que faire de ces cursus spécialisés, qui leur demande un travail particulier. Et se fichent pas mal qu’il puisse manquer des cours ou que ceux ci ne correspondent pas. Evidemment tous les administratifs ne sont pas des feignants, mais qui n’a pas vu une fois dans sa vie scotchée sur la porte du bureau de son UFR un affichette « je reviens dans 15 minutes » et poireauté une heure sans que personne ne se pointe, me jette la première pierre. Ainsi, lorsqu’un cours commence plus tôt, la fac prévient tard la veille, pour tôt le lendemain. Comme si les étudiants étaient connectés H24 sur le site de la fac… Lol. Les mailing-lists, apparemment, tout le monde ne connaît pas. C’est pourtant soooo 2000 mais si la fac était moderne, ça se saurait. Bref…

Finalement, la fac sert officiellement à vous délivrer un savoir, et officieusement… à vous former au monde impitoyable de l’administration. Car si vous passez avec succès toutes ces étapes, vous aurez le vrai diplôme qui vous permettra de faire face à toutes les situations administratives et Pole Emploiesque qui vous attendent à la sortie : celui de warrior ès administration. Et croyez moi, ça vous sera utile ! Ou comment la fac vous apprend la vie, à l’insu de son plein gré. Hélas…