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Voilà déjà quelques temps que je ne vous ai point livré de nouvel épisode de la saga de l’année : mon dos et moi. Et pour cause, ces nouveaux opus étaient en cours de réalisation.

Depuis ma scintigraphie, qui n’avait rien donné de probant mais m’avait appris que j’avais un souci au pied gauche, j’ai engrangé un paquet de nouveau clichés pour ma collection perso.

Tout d’abord, j’ai passé un électromyogramme. Rien que le nom est flippant. Et à la réalisation, c’est très… chaise électrique comme sensation. Le neurologue –oui, cet examen est réalisé par un neurologue !- vous met des électrodes. C’est un peu comme les expériences que l’on faisait en sixième en sciences physiques sauf qu’entre deux pinces, c’est vous. A ce léger détail près, le concept reste le même : le neurologue vous envoie des impulsions pour voir comment le courant est distribué dans vos nerfs. Et voir s’il y a un arrêt au stand…

Avant l’examen, le médecin m’avait juré ses grands dieux que ça ne faisait pas mal, et ma mère aussi. Tous des menteurs. Parce que moi, le courant, je l’ai bien senti. Surtout pour les grosses impulsions. J’ai même failli baffer la neurologue. Par réflexe purement animal. Bon, ça ne m’a pas tuée non plus, mais dire que c’est indolore, c’est quand même abuser de la crédulité des patients.

Désolé, mais les impulsions, selon leur intensité, peuvent faire mal. Et je suis tout de même restée sur la table une bonne grosse demi-heure, à me demander si j’étais chez le médecin ou si on me préparait à affronter le couloir de la mort. Encore qu’à ma connaissance, on ne prépare pas les condamnés à la chaise électrique. A l’issue de cet examen très désagréable, la neurologue m’a dit qu’il n’y avait rien.

A part un petit truc de rien du tout. Impossible d’en obtenir plus, Madame m’a informée qu’elle enverrait le compte rendu au médecin sous huit jours. Une version polie du célèbre « va te faire foutre ». C’est vrai que je ne suis que le patient qui a mal, m’expliquer l’examen et les résultats semblait trop demander pour les 135 euros que j’ai du lui lâcher. Et pas de transmission par carte vitale, hein. Non, non, Madame a fait une jolie feuille maladie. Qui, bien que postée immédiatement, ne m’a toujours pas été remboursée.

Quelques jours plus tard, j’ai passé un nouvel IRM, cette fois au niveau des sacro-iliaques. Ce même IRM que le médecin qui avait réalisé ma scintigraphie trouvait inutile, mais que mon Doc à moi tenait absolument à ce que je passe. Bon, cette fois, j’étais carrément à l’aise. On aurait même dit, dans la salle, que j’avais passé des IRM toute ma vie. A l’issue de l’examen, le compte rendu avait l’air tout aussi vierge que tous les autres examens.

C’est donc passablement déprimée que je me suis pointée chez le Doc. J’ai même fini par lui dire que nous allions nous dire, juste entre nous, que c’était purement psychosomatique, et arrêter ces explorations hors de prix qui ne donnaient rien. Le Doc a ri. Parce qu’il avait enfin trouvé le coupable.

Ce n’était ni le Colonel Moutarde ni le Professeur Violet, mais bien la fameuse hernie discale en L5-S1. Qui n’est pas médiane, mais paramédiane. Ne me demandez pas la différence, je n’en sais fichtre rien. Reste qu’on la voit très bien sur la seconde IRM. Tellement nettement qu’on la voit écraser le nerf comme un presse-purée réduirait une patate en miettes. Ce qui explique ma douleur. Amen.

Au passage, l’électromyogramme lui avait aussi délivré un indice crucial dans cette longue partie de Clue et Dos, étant donné que le petit truc de rien du tout dixit Madame la neurologue est en fait une lésion au pied – qui accessoirement va transformer toute longue marche en galère sans nom, petit truc de rien du tout ??? – mais surtout révélé qu’il y avait en effet une vitesse atténuée de transmission de l’info nerveuse, du côté de la hernie.

Le Doc a donc estimé disposer du tableau clinique nécessaire pour me prescrire une infiltration. Une injection de cortisone sur la douleur pour calmer un peu les choses. Ce traitement ne permet pas de soigner la hernie, mais d’en limiter les effets. De gagner du temps. Même si ce procédé à une durée limitée dans le temps.

Selon le Doc, il est impératif de tester l’infiltration et de voir si elle fonctionne… car ce n’est pas garanti. Puis en cas de succès, de savoir combien de temps elle fait effet. L’objectif est de déterminer, donc, si on en reste sur ce traitement, ou si l’on passe à l’opération, sachant que mon profil nécessiterait une microchirurgie… et que pour postuler à l’opération il faut d’abord avoir tenté l’infiltration. Ca ne rigole pas.

C’est donc pleine d’espoir que je quitte son cabinet, et j’obtiens rapidement un rendez-vous pour la semaine suivante, c’est-à-dire aujourd’hui. L’une des pires journées de ma vie. En crise suraigüe, je souffre intensément depuis deux jours, et je peux à peine bouger. Douche, habillage, repas, tout m’est extrêmement compliqué.

Aussi me déplacer jusqu’à la clinique promettait d’être épique. Ca n’a pas raté. Mon frère, qui une fois de plus a gentiment fait le chauffeur, était même surpris de mon incapacité à marcher : il a fallu que je m’arrête deux fois pour traverser une cour de 50 mètres. Et encore, pour parvenir à marcher, j’avais sorti ma canne Docteur House ! Ceci dit, c’est fou ce que j’ai bonne mine pour mes 90 ans.

Du coup le frangin a changé de route, craignant que de passer par les hauteurs ne sollicitent trop les amortisseurs… si sa voiture en a, les miens sont un peu en rade. Et surtout, la station assise m’est insupportable. Mais coup de bol énorme, on trouve une place juste devant la clinique. Qui m’évite de refaire un marathon à pied. Déjà que celui à l’intérieur de la clinique me semble compliqué…

L’étape check-in se passe bien, l’attente est un peu longue, le médecin qui vient me chercher est cool –genre Mark Greene de Urgences– et en plus je n’ai pas à me mettre à poil. Même pas à moitié. Je dois juste laisser ma veste en jean. On m’installe sur le plateau dans une position que je devrai tenir 10 minutes, jusque là tout va bien. On arrive en effet à me caler non pas confortablement, mais ça reste jouable. C’est parti pour le jeu de la Statue.

Ouais, ben perdu. Dès que le type approche sa main, mon dos frissonne. C’est un réflexe que je ne parviens pas à contrôler. Lorsqu’il me scotche un plastique –un champ stérile ?- mon muscle bouge bien d’un demi-centimètre. Ce qui ne fait pas rire le médecin. Et lorsqu’il me prévient pour l’aiguille, rebelote : ça bouge encore avant même qu’il ne me touche. Malgré ma très forte concentration, mon corps refuse de se laisser toucher. Lorsqu’il met l’aiguille pour l’anesthésie locale, ça fait aïe.

Le médecin ne peut prendre le risque de poursuivre : il doit mettre l’aiguille servant à l’infiltration très précisément au bon endroit et si mon corps bouge, même très peu, ce sera inutile. L’examen est annulé. Tout ce qu’on me propose, c’est de revenir en ayant pris un calmant. Puis on me dit que peut être, sous anesthésie… Bref, on me renvoie à mon médecin pour trouver une solution.

Résultat des courses : j’ai souffert le martyr pendant deux heures pour venir faire cet examen, et je suis repartie sans rien. Mes antidouleurs ne font plus effet. Je suis donc sans aucune solution. J’ai bien trop mal pour me permettre de me déplacer de nouveau chez mon médecin, et il ne viendra pas à domicile, mon cas ne relevant pas d’une urgence.

Je n’ai donc d’autre solution que de souffrir, sans aucun palliatif. Toute nouvelle solution ne pourra être envisagée que lorsque ça ira mieux. On marche sur la tête. Enfin marcher… pas pour moi, qui suis de nouveau alitée. Retour à la case départ.