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Dans notre société qui s’américanise, on prend parfois chez nos amis d’outre Atlantique le meilleur –le coca- et le pire –les psys. Loin de moi l’idée d’entrer en guerre avec la psychanalyse, mais avouez bien qu’on a un peu trop recours aux psychiatres. Je m’explique.

On a tous connu des coups de mou, plus ou moins gros, et souvent, les bons conseils populaires –que j’abhorre- nous ont poussé à nous tourner vers les psys. Il m’est donc arrivé d’en croiser. Rarement pour le meilleur, hélas souvent pour le pire. Ou comment je les ai rencontrés, puis lâchement abandonnés.

Premier constat, le psy refuse de nous parler à jeun. Enfin, de nous recevoir si nous sommes à jeun. Le préalable à toute consultation semble résider dans la prise de très nombreux médocs, appelés tour à tour antidépresseurs, décontractants, anxiolytiques, j’en passe et des meilleurs. Impossible donc de voir ces docs là sans être drogués. Mais pourquoi donc ? Comment accéder à notre Moi, Surmoi, et autres si nous devons en plus franchir la barrière médicale qui se diffuse dans nos veines ?

Quand on interroge un psychiatre sur ce choix étonnant, il répond quasiment toujours que notre état le nécessite. Qu’il explique en quoi serait mieux mais admettons puisque désormais, incapables de penser que nous sommes, nous devenons des cons. Mais alors lorsque nous ressentons que la pilule du Bonheur ne change rien à notre état, pourquoi ne pas l’arrêter ? « Parce que vous ne vous en rendez pas compte ». Ah tiens, c’est maintenant moi qui ne sait pas ce qu’il se passe en moi. Donc quand je dis à mon médecin généraliste qu’un antidouleur ne fonctionne pas il m’écoute, mais quand je dis la même chose au sujet d’un antidépresseur, le psy me ferme direct la porte au nez.

Ce qui au passage, reste moyen pour quelqu’un censé écouter. Pour un bobo à l’âme, mon esprit serait complètement bousillé ??? Je serais trop atteinte du cerveau pour pouvoir exercer mon esprit critique, et poser la moindre question ? Mais alors si j’en suis incapable, comment puis-je me questionner au plus profond de moi ? Pas très cohérent… Mais aussi pourquoi un de ses éminents collègues prétend il de son côté qu’ « il faut être patient, la molécule n’a pas encore fait effet » ? C’est moi ou la molécule ? Ce serait donc possible ? Vu la drogue que je m’envoie en plein dans les gencives, j’aimerais une réponse plus précise…

Et c’est là que le bât blesse. En théorie, pour toute affection, le malade est considéré comme partie prenante de son traitement, et a son mot à dire. Sauf en psychiatrie. Ce même malade devient subitement un enfant qui serait incapable de la moindre décision concernant son état mental, et ce que son affection soit bénigne –un petit coup de mou- ou plus profonde –pour certaines pathologies graves la question peut se poser mais en général, ces malades là sont hospitalisés sous contrainte ! Ou comment la camisole chimique est généralisée, à l’insu de notre plein gré.

A chaque question sur les pilules que l’on vous demande d’avaler, c’est l’omerta. Au mieux vous êtes un empêcheur de tourner en rond, au pire un dangereux récalcitrant incapable de se prendre en charge, qui mérite par conséquent un traitement plus abrutissant. Histoire de vous faire fermer votre grande bouche. Or les antidépresseurs, anxiolytiques, tranquillisants, myorelaxants et autres sont des médicaments. Avec leurs réussites et leurs échecs. Naturellement, une simple molécule ne convient pas à tous les patients. Il est donc nécessaire d’établir un retour sur leurs effets, d’autant que leur prise n’est pas sans conséquencse sur la vie quotidienne du patient. Hélas, ce dernier n’est que trop peu écouté. Ou quand la médecine perd la boule…

Résultat, nombreux sont les patients à perdre confiance. Beaucoup de mes proches m’ont en effet confié avoir eu la même réaction que moi à savoir… Cesser les médocs. En cachette. Et en général, c’est à ce moment là que la rupture se consomme : comment croire quelqu’un qui vous vente les mérites d’un médicament que vous ne prenez pas ? Si lui-même ne croit pas à la thérapie qu’il vous prodigue, à quoi bon continuer ? Amis psys, vous devriez sérieusement revoir vos pratiques. Et vous rappeler que votre fonction première est l’écoute. Que cela commence par discuter du traitement, que le patient doit valider. Sans cet accord, toute tentative est vouée à l’échec. Votre crédit en pâtit nécessairement.

Naturellement, une fois le divorce consommé, la brigade des bons conseils entre en action, sous la forme de votre entourage, qui ne peut s’empêcher de vous sortir ce lieu commun d’une affligeante banalité : « Tu as rencontré un mauvais psy, tu devrais en essayer un autre, ne lâche pas ». Hum. Là encore, notre société est bien laxiste. Ainsi un psy pourrait être mauvais. Alors que ça ne vous viendrait pas à l’idée de dire la même chose sur un chirurgien ou un cancérologue ! Si je me casse la jambe gauche et qu’on me plâtre la droite, vous serez les premiers à vous en indigner. Mais les psys, eux, peuvent être mauvais. C’est juste hallucinant. Ces gens ont le droit de vous droguer, de ne pas faire leur boulot à savoir vous écouter, et vous persistez à les excuser. Réfléchissez un peu au lieu de jouer les moutons juste parce les psys sont à la mode…

Pensez un peu à tous les gens comme moi qui, pour quelques bobos de l’âme ma foi fort répandus, sont entrés dans ce cercle vicieux et n’ont du qu’à leur ténacité de s’en sortir. Moi aussi, j’ai eu droit à l’antidépresseur miracle. Dès sa prescription, j’ai lu la notice, et constaté qu’on m’avait ordonné d’en prendre plus que la dose maximale recommandée. Mal m’a pris de le noter : immédiatement on m’a culpabilisé de ne pas avoir la volonté de me soigner. Euh si, mais de mourir par surdosage ou d’avoir des effets secondaires inhérents à ce traitement, non…

Malgré mes demandes, personne n’a pris le temps de m’expliquer pourquoi ce surdosage, encore moins m’expliquer les risques que j’encourrais. Seul l’argument de ma mauvaise volonté m’a été opposé. Dès cet instant, la confiance a été brisée. Il n’a plus été question d’écouter. Si j’ai continué à voir le psy, c’est uniquement pour ne pas arrêter brutalement ce traitement ce qui aurait été pire. Continuer de le voir pour récupérer les ordonnances, n’en acheter qu’une sur deux, puis trois, avant d’enfin pouvoir cesser tout ce cinéma. A 60 euros de l’heure, ça fait cher le navet.

Un an. J’ai mis un an à parvenir à ne plus prendre ces horribles cachets. J’en avais 6 par jour. Au bout de deux mois, j’ai purement et simplement arrêté. Pendant une semaine, j’ai enchaîné les malaises vagaux, les chutes de tension, et ces horribles sensations de décharges électriques dans la tête. Autant d’expression du syndrome de manque. Quand j’ai vu que ça ne passait pas, et que s’y ajoutait les vomissements, j’ai décidé de reprendre le traitement, au rythme de trois cachets par jour, soit la moitié. Régulièrement, j’ai baissé le nombre de comprimés d’un demi, puis un jour sur deux. Ca n’est qu’au bout d’un an que j’ai pu définitivement m’en libérer.

Pour quel résultat ? Aucun. On m’avait dit qu’il me fallait être patiente, les résultats apparaîtraient au bout de trois semaines. Las ! Si j’ai arrêté deux mois après, c’est bien parce que rien n’avait changé. Or la chimie aurait du, en théorie, faire effet. Mon psy a même été jusqu’à me dire que cela prenait peut être plus de temps avec moi… alors que mon généraliste préconisait plutôt un changement de molécule. Rat de laboratoire j’étais devenue. D’où ma décision d’arrêter. Le plus ironique, dans cette histoire, aura été d’entendre ma psy me dire, alors que j’en étais à un cachet par jour : « J’ai eu raison de persister à cette dose, vous allez vraiment mieux, vous voyez que ça fait effet ! ».

Elle n’a même pas pensé que j’avais pu, par moi-même et sans ces fichus médocs, progresser. C’était pourtant ce que ces séances étaient censées m’apporter. Lassée de cette dictature des antidépresseurs et autres anxiolytiques, je l’ai plantée là, et n’ai plus jamais franchi la porte de son cabinet. Je ne m’en suis pas plus mal portée. Et le travail sur moi, je l’ai fait. Sans soutien psychologique, certes, mais sans non plus me droguer.

Aujourd’hui, traumatisée par cette expérience, je surveille de très près les médicaments que l’on peut me prescrire, quel que soit mon problème médical, et questionne systématiquement mon Doc sur les risques d’accoutumance. Mais peut être devrais-je voir un psy pour lui en parler :-)