Mots-clefs

, , , , ,

Depuis quelques temps, je vois fleurir dans mes mails, DM et autres textos des messages de type « Tu as toujours mal au dos ? ». Oui, rien n’a changé. En dépit des IRM, de la scintigraphie, de l’EMG, et du diagnostic enfin posé.

Si le coupable a été trouvé –cette fichue hernie discale qui me comprime le nerf sciatique- et l’infiltration prescrite, elle n’a pu être réalisée. Et malheureusement, c’est le préalable à toute autre traitement : on n’opère pas avant d’avoir tenté cette solution. Faute d’avoir pu faire l’infiltration, il faut donc attendre de pouvoir la retenter.

Depuis, rien n’a changé. Oh, le Doc a bien tenté de me soulager, en me prescrivant un nouvel anti-inflammatoire. Nouvel échec. Je suis donc cloîtrée dans mon lit jusqu’à ce que la douleur veuille bien baisser en intensité, seul moyen de me faire bouger de nouveau jusqu’à la clinique, pour retenter l’infiltration, cette fois avec un calmant pour éviter le réflexe qui l’a empêchée la première fois. D’ici là, donc, l’attente continue…

L’ennui -au delà de la douleur, il s’entend- c’est que beaucoup de monde autour de moi pense que j’ai le moral qui flanche, juste parce que j’exprime mon ras le bol dès que l’on me questionne sur le sujet. Comme si toute notion de nuance avait pu disparaître. Certes, j’ai eu par le passé quelques bobos à l’âme. Mais j’aimerais vraiment que cesse ce catastrophisme : pourquoi ne pas remarquer –et éventuellement se réjouir- que j’encaisse plutôt bien ? Que malgré la douleur, mon moral tient encore un peu la route ? Si seulement ils pouvaient un peu positiver…

Conserver la chambre me prive de toute vie sociale, et notamment de ceux que j’aime. Si je vois un peu mon frère, qui s’est transformé en livreur de Mc Do, de clopes et en nanny pour chien, mes amis me manquent. Et si je sais que je les reverrai, je ne sais pas quand. Ca n’est pas facile tous les jours, mais dans ma douleur, j’ai de la chance. Car si je souffre, je n’ai aucune pathologie grave. Je ne vais pas mourir. Je parviens à relativiser. Et à garder la pêche, notamment grâce à Twitter et Skype–pour l’aspect vie sociale- et ce blog, par pur plaisir d’écrire. Je me suis adaptée.

Reste que certaines attitudes sont difficiles à encaisser. Quand j’ai du dire que j’avais été obligée de renoncer à une mission d’intérim faute de pouvoir travailler –mon médecin a été clair à ce sujet, je suis hors du marché de l’emploi- j’ai même eu droit à des commentaires visant à me culpabiliser. Pour certains j’en profitais –comme si douiller au point d’avoir du mal à aller pisser ou prendre sa douche était un truc dont on pouvait profiter-, d’autres m’ont dit que je devais absolument continuer de rechercher un emploi pour garder le rythme… au risque de refuser des entretiens ?

Comment leur dire que je préfère qu’on me fiche la paix ?
Comment leur dire que pour une fois, ils pourraient réfléchir avant de parler ?
Comment leur dire que je suis une grande fille et que j’ai un personnel médical compétent avec qui décider ?
Comment leur dire qu’au bout de 16 mois de chômage dont 3 sans pouvoir bouger j’aimerais vraiment être travailler ?
Comment leur dire que personne n’est à ma place, et qu’il serait opportun de ne pas me juger ?
Bref, comment leur dire qu’il me font ch*** ?