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Paris, Ville Lumière. De celles qui attirent autant les talents que les mouches autour de la lanterne.  Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en matière politique, il y a du monde à droite autour du pot de miel.

Déjà Rachida Dati, lors des municipales 2008, avait été parachutée dans le 7ème par le fait du Prince –sa proximité avec Sarkozy- au nom de la discrimination positive, dans un arrondissement acquis à la droite et où, comme je l’ai déjà dit, mon chien pourrait se faire élire s’il portait un collier UMP.

Mais voilà, Rachida manque de sens politique et n’est pas la dernière à jouer les Rastignac, aussi c’est sans aucun complexe que la belle s’est lancée dans la fronde anti-Fillon… l’insolent ayant eu la mauvaise idée de venir lorgner sur ses terres. Ce même 7ème arrondissement. Ce lieu magique acquis à la droite et qui à force de subir l’idiotie de l’UMP, finira bien par voter DVD. Juste pour faire chier. Comme le fit l’audacieuse Neuilly aux municipales de 2008, choisissant le dissident Jean-Claude Fromantin contre l’élyséen David Martinon. Qui depuis se la coule douce à L.A.

Mais quelle mouche a piqué Dati ? Certes, elle visait la même circonscription –vu que c’est celle qui englobe la majeure partie de son arrondissement- mais tout de même, la beurette de service est tout de même bien récente dans la capitale, et se prendra naturellement l’effet boomerang consécutif à son audace. Parce que vraiment, Rachida ne manque pas de culot. Dire que le Premier Ministre irait ailleurs s’il avait du courage –sous entendu ailleurs que dans une circo acquise-, c’est tout de même pointer du doigt… sa propre absence de courage en 2008.

Pour mieux comprendre pourquoi Rachida part au combat, il suffit de se rappeler qu’elle n’a pas vraiment le choix si elle veut se faire une place au soleil du Palais Bourbon –rappelez-vous, Bruxelles c’est loin et chiant- mais aussi, de chercher qui la soutient, et de voir à qui profite le crime. Et là, on tombe sur une frange de la vieille droite parisienne, bien décidée à prendre sa revanche. Comprendre : ne pas se laisser dicter les ordres depuis l’Elysée. Parce qu’ils ont déjà donné.

Regardez bien, on trouve dans les soutiens –ou plutôt marionnettistes- de Rachida des gens comme Charon ou Goasguen. Le premier, bien qu’ami et ancien conseiller de Sarko, ne s’en laisse plus compter. Et n’a pas hésité à mener sa liste dissidente aux sénatoriales, pour se mettre au vert au Palais du Luxembourg. Au chaud pour six ans le Charon !

Le second, Claude Goasguen, s’est prêté au jeu des primaires parisiennes en 2008… jeu dans lequel il a rencontré quelques petits soucis. Arrivé en seconde position, il s’était retiré pour laisser Françoise de Panafieu, arrivée largement en tête du premier tour, mener la liste… et l’avait soutenue, en traînant les pieds. Les autres candidats avaient en effet pris fait et cause pour l’élue du 17ème arrondissement.

Quels points communs entre Charon et Goasguen ? Ce sont de vrais parisiens. Investis depuis longtemps sur la capitale, ils entendent bien tirer les marrons du feu sur Paris, et ne pas se laisser enquiquiner par les parachutages de personnalités en mal de terre d’élection. Mais alors pourquoi cette alliance de la carpe et du lapin avec Rachida ? Et bien c’est simple : Rachida est le jouet qui va partir en première ligne, éventuellement se cramer, pendant qu’eux resteront en arrière-ligne à compter les points.

Au risque de vous surprendre, en dehors de leur idée un peu stupide de s’allier à Rachida –qui n’est pas crédible, en tant que parachutée également-, ils ont raison sur le fond. Il est anormal que des élus qui travaillent sur Paris depuis des années soient éclipsés au profit de la star de l’instant : tout ceci ne participe pas de la méritocratie. Et soyons honnêtes, Fillon n’a pas plus de chances qu’un autre d’emporter Paris. D’où la volonté de tout ce petit monde de voir le système des primaires reconduit à Paris. Ils ont d’ailleurs signé un appel en ce sens, très bien analysé par Francilie11. Histoire de bien faire comprendre à Fillon que tout Premier Ministre qu’il est –et ne sera probablement plus en 2014, rappelons le…- il devra s’y plier.

Evidemment Philippe Goujon, le président de la Fédération de Paris, est incapable de gérer toute cette agitation, étant lui-même de parti pris pour le camp du Premier Ministre. De même que Lamour, le président du groupe UMP au Conseil de Paris. Et ce n’est pas Copé qui, en rajoutant une couche ce soir en recevant tout ce petit monde à l’UMP, va débloquer le dossier : sa mésentente avec Fillon le disqualifie d’emblée… même si les deux ont plutôt intérêt à s’entendre, comme les rumeurs de Pacte Fillon-Copé le laissent penser. Hum, aujourd’hui peut être, mais ce serait étonnant qu’un éventuel accord survivent aux fourches caudines de 2012…

C’est donc le bordel intégral, d’autant que Fillon a bien préparé son coup : nombre de ses proches, issus de son cercle de réflexion France.9, se sont fait élire délégués de circonscription l’an dernier, avec le soutien de Philippe Goujon. Déjà dix ans que ces séguinistes attendent l’occasion de prendre leur revanche des municipales de 2001, et je peux vous dire qu’ils ont faim. Certains même s’y croient déjà… L’un d’entre eux, ainsi, se présente sur Paris comme directeur de cabinet de Fillon alors qu’il n’est que simple trouffion à Matignon. Ca pourrait faire rire s’il ne s’agissait pas d’occuper un jour des responsabilités… Ou comment la droite parisienne s’enferme dans le concept de droite la plus bête du monde, et reste, plus que jamais, terriblement divisée.

Quant à François Fillon, il réussit, en se déclarant déjà candidat aux législatives tout en lorgnant sur les Municipales de 2014, le double exploit de mettre à feu et à sang la Fédération de Paris, tout en affaiblissant l’exécutif qu’il est censé diriger. En effet, comme je l’ai déjà évoqué, comment peut il à la fois croire en la victoire de Sarkozy en 2012 et se lancer dès maintenant dans une campagne personnelle ?

S’il était confiant sur la victoire, il se serait déclaré au lendemain du 6 mai, pour surfer sur la vague, profiter de l’élan, avec toutes les chances de l’emporter. Là, il part en loser dans une circo facile, qu’il négocie gentiment avec le tenant de la partie 5ème/6ème arrondissement –JeanTibéri- histoire d’atterrir en douceur dans une zone sans trop de turbulences. Tous les signes d’une défaite présidentielle sont donc annoncés.

Ou comment, en voulant négocier son avenir personnel, le Premier Ministre a mis le feu à la majorité. Tout ça n’est pas faire preuve d’un grand sens des responsabilités : une fois de plus, hélas, l’intérêt particulier l’emporte sur l’intérêt général. Et cela confirme la donne à droite : en ce moment, de la base jusqu’au sommet de l’excutif, c’est sauve qui peut, quittons le Titanic, en un mot, Courage, fuyons Fillon !