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Après l’Europe et bientôt le monde, cet acte II concerne le sauvetage de la France. Rien de moins.

Pour que les gueux que nous sommes comprennent bien, cela exige une nouvelle leçon de notre nain Prof –qui prend tout de même 1h15 de son temps présidentiel pour expliquer ce qu’il fait au bon peuple-, cette fois sur le budget de la France de 1974 à nos jours.

Sarko nous rappelle donc que pas un budget n’a été voté à l’équilibre depuis 1974 –ouhhh les vilains Giscard, Mitterrand et Chirac !- en omettant toutefois de rappeler que lui n’a pas fait mieux, et qu’il a allègrement continuer à creuser le trou. Parce que si on reprend les chiffres, et qu’on compare avec le départ de Villepin –et donc son arrivée-, c’est assez net pour la dette publique, mais carrément flagrant pour le déficit public qui a explosé…

Puis la leçon reprend par un petit cours de écono-maths : « Si vous vous endettez vous devez emprunter. Savez-vous que la France rembourse chaque année 49 milliards d’euros d’intérêt de la dette ? ». Ah ben oui, c’est comme quand Madame Michu fait un crédit. La banque lui demande de rembourser. Ah non pardon ça n’est pas pareil. Madame Michu ne rembourse pas que les intérêts, elle. Madame Michu, elle rembourse les intérêts ET la dette, la banque la fiche en interdit bancaire. Rappelons au passage que l’an prochain, les intérêts de la dette constitueront le premier poste budgétaire de l’Etat. Et ce, avant qu’on rembourse un seul centime de la dette.

Mais rien n’arrête notre Speedy Gonzalès national, qui trouve là le moyen de caser que nous avons pour nous notre mirifique AAA –jusqu’à quand ?- et que pour les agences de notation, « la France est considérée comme bien gérée ». Ce qui en dit long sur leur inaptitude, non ? A moins que ce ne soit con-sidérée, en deux mots ? Et Sarko se félicite que l’on soit de bons élèves, et souhaite que l’on suive l’exemple allemand « pour rapprocher la France d’un système qui marche ». Avant d’expliquer que les salaires et/ou pensions ont baissé ailleurs (Espagne, Irlande), parce que leur modèle n’était pas bon. Comprendre, ils n’avaient pas fait les réformes nécessaires, comme celles des retraites par exemple, ou encore le remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Mais Superman a la solution a tout : « Si nous voulons nous écarter des agences de notation, il faut réduire notre dette et notre déficit ». Diantre, on se demande bien pourquoi il les a tant creusés alors, si c’est si simple… Et que l’UMP ne nous sorte pas bêtement que « c’est la faute à de la crise » -parlons français-, parce qu’à ce que je sache, nous sommes toujours en crise.  Si on doit le faire maintenant –en pleine crise, je répète, en pleine crise- on aurait pu le faire avant.

Accessoirement, l’Europe contient juridiquement la référence aux agences de notation, donc on ne s’en écartera pas comme ça. D’autre part, on a également pris des engagements au niveau européen. Comme par exemple, que notre déficit public ne dépasse pas 3% du PIB. Villepin l’avait ramené à 3, ?… Il est actuellement de 7,1%. Maastricht, Sarko s’est bien assis dessus.

Alors forcément, il va falloir remonter tout ça. Et notre nain Prof est loin de convaincre : la convergence franco-allemande est sur la table depuis des lustres, le couple franco-allemand n’avance plus comme du temps de Mitterrand et Chirac, et on est loin de l’harmonisation, tant sur nos modèles sociaux que sur la fiscalité, la rémunération et la spéculation dans les banques sont à résoudre depuis 2008, les déficits ont été creusés depuis son élection alors qu’ils auraient du être maîtrisés. Après quatre ans au pouvoir, Sarko a surtout montré son incapacité à gérer l’économie française. On voit mal pourquoi lui confier de nouveau ce mandat.

Eh bien tout simplement parce que ce n’est pas de sa faute, mais celle des socialistes : « Quand en 1983 on a expliqué aux Français qu’on pouvait passer à la retraite à 60 ans les Allemands eux faisaient l’inverse (…) et quand en France on a fait les 35 heures, M. Schroeder, pourtant socialiste, faisait l’inverse… ». La suite est juste hallucinante. Pour Sarko, le problème n’est pas les agences de notation, mais que nous dépensons trop. Oui, c’est bien ce que pointent les agences de notation. Et même pas encore pour nous, qui avons notre AAA. Mais notre nain Prof anticipe déjà la dégradation de notre note, et nous explique donc que nous –les français- coûtons trop cher.

A commencer par les retraités : « Quand je suis devenu président j’ai découvert avec stupéfaction qu’il y avait 15 millions de retraités, et que nous devions aller chercher de l’argent à la banque pour payer les retraites (…) travaillons plus et travaillons mieux et nous n’aurons plus peur des agences de notation… ». Le mieux serait encore de supprimer les retraites, et de travailler jusqu’à la mort, on ferait un joli bon dans le passé. Comme ça on mourrait plus tôt, et on coûterait également moins en frais de santé. Allons jusqu’au bout ! Et sinon, personne pour lui dire que sa réformette des retraites ne tient qu’à horizon 2018 et que donc, il n’a pas sauvé la France. Ni réformé les régimes spéciaux. Ni réduit le chômage. Parce qu’avant de travailler plus, il faudrait déjà travailler…

Mais c’est le candidat qui parle, et un candidat, c’est calme. Genre « La force tranquille », slogan de Mitterrand en 1988. Tu le vois au loin, le clocher ? Nan, ne sois pas mauvais esprit, ne parle pas de cloche, on attendra Pâques pour ça. Car Sarko, pour sa campagne de 2012, a décidé de se mettre dans les habits de Mitterrand. Qu’importe que le costume soit un peu grand pour lui, Sarko la joue zen. Limite humble : « Il ne faut jamais s’énerver et quand on le fait on a toujours tort…  Je l’ai déjà fait et j’ai eu tort. Mais nous ne nous sommes pas énervés contre les banques hier soir ». Pour mieux faire oublier le « Casse toi Pauvre con », pas assez présidentiel.

Le nain Prof fait son retour, pour nous expliquer qu’en 2008, « les banques ont fait n’importe quoi (…) en investissant dans les subprimes ». Limite il a découvert la spéculation en 2008. Faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des jambons là… Quant à la crise des subprimes, qui voulait une France de propriétaires ? En prônant les subprimes lors de la convention de l’UMP du 14 septembre 2006 ? Enfin jusqu’au dernier trimestre 2008, quand tout s’est cassé la gueule hein. Ci-joint le lien du petit rappel de ce retournement de veste en images, juste pour le plaisir.

Et comme il n’est pas à une contradiction près, notre bon mètre annonce en l’espace de trois phrases la recapitalisation des banques –pour leur permettre de disposer de fonds propres pour rassurer les épargnants-, tout en se voulant rassurant en déclarant les banques comme solides, avant d’expliquer ses choix par l’exemple, en déclarant « si les banques font faillite ». Bon, elles étaient solides les banques, ou il a fallu les rendre crédibles ?

Bref, l’accord européen a permis de recapitaliser les banques pour qui ça sentait grave le roussi à cause de la dette grecque, mais à part ça elles sont solides et il ne faut pas s’inquiéter, d’autant que le plan de soutien aux banques nous a rapporté de l’argent et qu’on est les seuls. Sauf que non : tous les Etats qui ont prêté de l’argent aux banques  ont récupéré des intérêts… et donc gagné de l’argent. C’est le principe du crédit lorsqu’il n’est pas à taux zéro. Ouh là, si moi aussi je commence à me la jouer Prof…

Bref, Sarko enclenche à nouveau le mode Superman, pour expliquer au bon peuple qu’il va moraliser le capitalisme financier. Et convoquer les banques, pour leur demander des comptes sur le plan qu’ils entende mettre en œuvre. Et pas question de déconner, hein : « il est temps de penser aux clients et moins aux actionnaires (…) nous allons aussi faire attention à ce que les bonus et les rémunérations des traders rentrent enfin dans des pratiques normales ». Mais pourquoi tout à coup j’ai cet air en tête : On m’appelle le chevalier blanc

Enfin un peu bolchévique quand même, c’est tout mignon de voir notre bon mètre draguer les électeurs de Montebourg et consorts… De toutes façons vu le contexte social, plus personne ne peut comprendre que les dirigeants et actionnaires s’augmentent sans cesse, fallait pas manger une trop grosse part du gâteau. Et attention hein, le tout sera observé par le gouverneur de la Banque de France. Ouuuuuh les banques ont peur… Elles n’en ont juste rien à foutre, les banques privées, du gouverneur de la Banque de France !

Au passage, Sarko fait un joli lapsus, déclarant que quand on fait entrer l’Etat dans le capital d’une banque, c’est une privatisation partielle. A ceci prêt que c’est une nationalisation partielle. Décidément, notre nain Prof a des petits soucis avec les notions économiques de base. Mais j’ai encore plus ri en voyant la I-Riposte de l’UMP tweeter bêtement cette erreur… Bref. C’est l’UMP en même temps, si on attend un cerveau… Il est au congélateur depuis le 28 novembre 2004, et pour l’instant la cryogénisation n’a jamais fonctionné dans le monde. Bref.

Sarko explique donc que la nationalisation des banques a toujours été une catastrophe. Même si ça a été fait en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie… C’est de la merde, qu’il vous dit ! Et puis d’abord, Prof a dit ! « J’ai assez à faire avec la dette de la France sans avoir à récupérer la dette des banques ». Et avec les couches-culottes, tout le monde avait compris le sous-entendu, merci.

En revanche, notre homme n’est pas convaincu par le débat sur la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, qui pourtant fait l’objet d’une réflexion européenne : « On aurait des banques avec 100% de risques et des banques avec 0% de risques, je n’y crois pas trop ». Rhooo la grosse allusion au projet du PS, qui propose cette séparation. Belle transition avec l’acte III !