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Pendant plusieurs semaines, nous avons assisté à la primaire socialiste.

Au programme, trois débats entre les six candidats, puis un dernier débat entre les deux finalistes. Ca, c’était la télévision normale.

Mais hier, les deux premières chaînes ont subitement fait un bon de quelques décennies en arrière, en se déguisant –à quelques jours d’Halloween- en ORTF.

Face aux deux vrais faux journalistes – Yves Calvi, le méchant qui grogne, et Jean-Pierre Pernault, le cire-pompes qui semble se limiter à lire les fiches transmises par l’Elysée- en mode époux Turange, le président de la République et futur-candidat-de-l’UMP-mais-faut-pas-le-dire-c’est-pas-le-moment a débattu avec lui-même lors de cette primaire à candidat unique. Car ne vous y trompez pas, Sarko est bien en campagne électorale, le tout sur le temps de parole de l’exécutif. Ainsi, il nous a délivré son SarkoShow du jour, en format tragi-comédie, et en cinq actes je vous prie.

Bah dis donc, si la primaire socialiste avait été diffusé sur les deux premières chaînes, que n’aurait-on entendu… Ce qui permet d’ailleurs de relativiser le succès de l’émission, qui a été vue par 12 millions de spectateurs. L’ennui de cette émission, c’est que c’était un peu comme se faire avaler par une publicité géante qui nous courrait après pendant 1h15, et contre laquelle on luttait. Avec au milieu de ce spot géant des morceaux d’un film catastrophe, genre Armageddon, où on allait tous mourir. Reste à savoir ce qui se passera Le Jour d’Après… Sachant qu’en attendant, avec la crise grecque qui menace de zigouiller la ZoneEuro, c’est l’Attaque de la moussaka géante !

Allez, fini la bande-annonce, place aux détails bien croustillants –ou pas- sur ce qui nous attend : attachez vos ceintures !

Au terme de cette émission, l’atterrissage fut difficile pour le téléspectateur. Pour faire court, cet entretien avec Nicolas Sarkozy se résumait, en gros, à expliquer en quoi il a sauvé l’Europe en attendant de sauver le monde dans quelques jours à l’occasion du G20, la France, ce qui fait de lui le meilleur des candidats, d’autant que lui il sait gouverner alors que le socialiste est un irresponsable, et donc il se déclarera le plus tard possible, mais mène évidemment déjà campagne.

Le tout en annonçant, mine de rien, que les prévisions de croissance était revues à la baisse, ce qui inclut de nouvelles mesures de rigueur pour boucler le budget… qui seront annoncées après le G20. Fini l’éclate –spéciale dédicaces aux chômeurs, malades, pauvres, assistés donc délinquants sociaux de toutes sortes-, on se sert encore la ceinture, et y’aura pas de gilets de sauvetage pour tout le monde !

Après avoir serré la vis, Sarkozy, qui rentabilise au maximum son temps d’antenne présidentiel, a clairement lancé sa campagne électorale. Du coup, après avoir expliqué ses exploits mondiaux que David Douillet pourrait qualifier « d’inimaginaux », il a cherché à mettre en valeur son bilan pour mieux se positionner dans le combat de 2012. Histoire de ne pas trop se laisser distancer. Parce que jusque là, son silence a permis à Hollande d’installer sa candidature. Ce qui a valu au corrézien d’être la cible de notre nain Prof d’un soir. Tout en délivrant habilement quelques nouveaux éléments de langage à une UMP en panne d’inspiration ces derniers temps.

Notre bon mètre s’est donc positionné par rapport à la gauche, en dessinant le clivage entre Hollande et lui. Une émission, donc, plus d’un candidat que d’un président. Ou de la difficulté de faire campagne en étant au pouvoir, le risque étant de donner l’impression aux Français qu’il ne s’occupe plus des affaires de l’Etat, ce qui ne lui serait pas pardonné en période de crise. C’est la raison pour laquelle il a martelé ne pas être candidat. Reste que le message était clair : il sera candidat. On peut ranger Juppé au placard, le meilleur d’entre nous ne servira pas cette année. Dommage, mais le petit ira. En même temps on s’en doutait.

Pour autant, Sarko a-t-il convaincu ? Rien n’est moins sûr. Comme d’habitude, il a enchaînés approximations et contre-vérités, avec un aplomb et une mauvaise foi qui font de lui un piètre président, mais un très bon candidat. Mais avant le candidat, les Français réclament un président et sur ce point, le constat n’est pas brillant. Bilan mitigé, détricoté, crise internationale, accord européen arraché au forceps et G20 qui s’assombrit avec l’éventuelle entrée de la Chine dans le FSFE, … S’il s’est voulu protecteur des Français, pas sûr que l’augmentation des taxes sur les mutuelles, le déremboursement des médicaments, le discours sur les assistés, etc… ne permettent de le croire.

Même en enjolivant les choses, il sera compliqué de compter sur les maigres éléments restants pour enthousiasmer les Français. D’autant que le fact checking, qui consiste à vérifier de manière plutôt pointue les racontars des politiques, est très tendance cette année : pas sûr que son discours résiste à une analyse poussée… Enfin, c’est un président fatigué qui s’est présenté devant les Français, butant parfois sur les mots, et commettant quelques lapsus. Certes, il a négocié toute la nuit avec Angela Merkel pour parvenir à un accord lors de ce sommet européen, mais l’image d’un président fatigué n’incite guère à lui renouveler son mandat.

Cet exercice du Moi Je reste donc très certainement un bon trip pour son égo, mais moi, personnellement, j’ai l’impression d’avoir eu des hallucinations tout au long de l’émission. A mon sens, Nicolas Sarkozy a trop voulu en faire, abusant du Je, évoquant rarement le Nous,  trop préoccupé par la seconde mission de cette émission : au-delà de la pédagogie sur la crise de la Zone Euro, se mettre en orbite pour 2012. Et finalement, au lieu d’Ariane, j’ai vu un simple feu de Bengale : ou comment cette émission a fait Pschitt…