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La révision des perspectives de croissance pour 2012 a refroidi les ardeurs socialistes.

Alors que notre bon mètre a annoncé jeudi qu’il faudrait compter sur une croissance de 1% plutôt que des 1,75% prévus, les socialistes commencent également à faire leurs comptes. Le projet socialiste a en effet été estimé à partir d’une hypothèse de croissance pour 2013 de 2,5%.

Or plus personne n’y croit, et François Hollande lui-même a estimé hier sur France 2 la prévision de croissance de 1% pour 2012 encore optimiste. Avant d’ajouter : «Pour 2012, si je suis élu, je vais hériter du fardeau que va nous laisser Nicolas Sarkozy (…) Ce que nous allons faire en 2012 sera hypothéqué par son héritage». En d’autres termes, le PS devra revoir les ambitions de son programme à la baisse.

Parce que le programme du PS coûte cher. L’UMP, lors de sa convention sur le projet du PS, l’avait chiffré à 255 milliards d’euros sur 5 ans, un chiffre allègrement gonflé. Hollande, lui, a annoncé un coût de 500 millions d’euros par ans soit un total de 2,5 milliards d’euros sur 5 ans. Soit cent fois moins que l’UMP. Selon le think tank L’Institut de l’entreprise, proche du patronat, le véritable coût oscillera entre 25,86 et 29,07 milliards d’euros par an soit entre 129, 25 et 145,35 milliards d’euros sur 5 ans*. Soit beaucoup plus que l’estimation du PS mais deux fois moins que celle de l’UMP. Des mérites de la e-démocratie et du fact-checking dans cette présidentielle…

Alors, pour réduire la facture, quels seront les ajustements ? Il est trop tôt pour le dire. Selon Pierre Moscovici, coordinateur de la campagne d’Hollande pendant la primaire, « Il y aura des marqueurs du changement comme le contrat de génération, des efforts sur l’éducation et des propositions sur la transition énergétique ». Seule certitude, la priorité affichée pour l’éducation devrait rester au menu. Reste à savoir comment ces 60 000 postes supplémentaires de personnels dans l’Education seront redéployés. Quant au contrat de génération, il dépendra évidemment de la concertation avec les partenaires sociaux.

Sur le reste, il faudra attendre janvier. Dans un entretien au Monde, François Hollande a en effet annoncé ne pas souhaiter s’exprimer sur son programme tant qu’il ne serait pas en campagne : « Je lancerai ma campagne début janvier. Tout doit être prêt d’ici là. Je travaille avec le PS pour que le meilleur dispositif soit arrêté avant la fin de l’année : les équipes, les thèmes, les chiffrages »Une position prudente qui permet d’affiner au fur et à mesure de l’évolution de la situation économique en France, mais aussi en Europe et dans le monde. Car quelle que soit l’issue du scrutin le 6 mai prochain, personne ne peut prévoir aujourd’hui la situation que trouvera le prochain président en prenant ses fonctions.

Reste que l’intention de maîtriser les dépenses publiques est là et clairement affichée, et ça n’est pas nouveau pour François Hollande. Si pendant la campagne de la primaire socialiste il a été conspué pour son manque de propositions, en comparaison avec Martine Aubry qui faisait office de révolutionnaire avec son catalogue des 3 Suisses inapplicable dans sa totalité, j’avais déjà signalé qu’il avait justement anticipé de devoir répondre à la crise. Ce qui constituait à mes yeux un gage de sérieux.

Aujourd’hui, annoncer aussi vite après sa désignation qu’il devra raboter sur le programme du PS me paraît encore plus responsable, et annonciateur d’un discours de vérité. Un axe de campagne qui dénote avec celui du chef de l’Etat, lequel persiste à prétendre qu’il n’augmente pas les impôts… après avoir créé près de quarante taxes nouvelles en quatre ans ! Et sur lequel devra forcément s’aligner le futur candidat, tout président qu’il soit.

Un discours emprunt d’une tonalité nettement plus moderne, par son optique de vérité, que l’intervention présidentielle de la veille, trop cachotière sur les hausses d’impôts. Pour l’instant, sur cette épineuse question de la maîtrise des dépenses publiques, qu’un sondage Ifop place désormais comme la priorité des Français : avantage Hollande.

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