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Ce devait être l’apothéose. La conclusion d’une année de présidence française du G20, qui aurait consacré Nicolas mètre du monde, et bien aidé à lancer sa campagne présidentielle virtuelle faute de pouvoir se lancer rapidement dans la vraie.

Mais depuis quelques jours, tout a basculé. Et en guise de feu d’artifices, il pourrait bien voir le monde économique s’embraser.

Pourtant, Sarko n’a pas ménagé sa peine. Lors du difficile sommet européen de la semaine dernière, il n’a pas lâché la négociation, pour permettre d’arracher un accord en vue de ce G20. Il s’est même assis sur ses propositions, acculé à accepter la vision d’une Allemagne en position de force. Fort de ce très relatif succès, il s’est présenté quelques heures après devant les Français, pour expliquer par le menu comment il avait sauvé la France, l’Europe, et même le monde. Tout cela devait se concrétiser à Cannes et achever en beauté cette année présidence française du G20.

Bon, tout n’était pas si rose, surtout du côté des rouges. L’accord négocié présentait notamment le renforcement de FESF, mais nécessitait donc de trouver des capitaux pour ce fonds de garanti. La Chine a bien sûr bondi sur l’occasion de venir jouer les sauveurs de l’Europe. Avec évidemment de nombreuses arrière-pensées, dans la perspective du G20.

D’abord, les chinois veulent accélérer leur adhésion à l’OMC. Le statut de membre plein leur permettrait de ne plus être accusé de dumping et autres infâmes pratiques, et donc de pouvoir tranquillement continuer à sous estimer leur monnaie et leur coûts de production, pratiquer la contrefaçon, le tout sans se voir opposer la moindre réciprocité. Bah oui, s’ils mettent au pot du FESF, ils sont clairement en position de force pour refuser toutes les velléités de protection des autres économies.

Ensuite, la Palestine a adhéré à l’Unesco, grâce à un vote favorable de nombreux pays… dont certains du G20 et notamment la France. Ce qui a provoqué la fureur des Etats-Unis, alliés traditionnels d’Israël. Ils ont donc mis leur menace à exécution de supprimer les crédits alloués à l’Unesco, qui perd ainsi 22% de son financement. Vu le mécontentement d’Obama, il y a fort à parier que tout ceci pèsera aussi allègrement sur l’ambiance du G20. Dire que si le vote avait été une semaine après cela aurait posé moins de problèmes… Comme ce conflit d’agenda est ballot !

Mais le monde pouvait faire nettement mieux pour plomber cette réunion. Comme dans les meilleurs séries télé, cette superproduction mondiale a connu un cliffhanger de taille hier, par la voix de Georges Papandreou. Le Premier Ministre grec a en effet eu l’outrecuidance -aux yeux de ses partenaires européens- de proposer à son peuple de se prononcer sur le plan de sauvetage de son pays –qui efface la moitié de sa dette privée, soit 100 milliards d’euros, au prix d’un nouvel effort de rigueur- par référendum. Ou comment le leader du gouvernement grec a fait un énorme doigt d’honneur au Conseil Européen, leur adressant –en termes plus polis- un joli « Allez vous faire voir chez les Grecs ! ».

Ce scrutin –qui coûtera forcément cher- devrait être programmé en janvier. D’ici là, tout est donc bloqué. Et côté européen, ça chauffe ! Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ça va quand c’est la Libye, mais quand il s’agit pour la Zone Euro de sauver la Grèce –et de se sauver elle-même car si la Grèce refuse ce plan , le pays sera en faillite, nos banques plongeront, et nous avec, sans parler de notre triple A-, faut pas pousser ! Si l’on ajoute que cet odieux Papandreou n’a même pas pris la peine de prévenir notre bon mètre –aka le mètre du monde- il y a de quoi provoquer à Sarko un nouveau malaise vagal. Sur ce coup là, comme dirait Aubry, il s’est fait empapaouter. Par un Grec. Ah ah.

Alors évidemment, en ce qui concerne le G20, rien ne peut être perdu avant même d’avoir commencé. A deux jours du début du congrès, les sherpas s’activent déjà en coulisses pour tenter d’éteindre l’incendie. Ainsi ce mercredi à 16h, veille de l’ouverture du G20, Nicolas Sarkozy rencontrera George Papandreou. Objectif : lui coller une bonne soufflante mettre en place le plan de sauvetage dès maintenant.

Lors d’une intervention d’une minute ce soir, Sarko a en effet confirmé qu’il tiendra demain cette réunion dans le cadre d’un mini COnseil Européen avec le FMI, et que « les engagements pris seront tenus ». Reste que les thématiques mises au programme du G20 risquent de souffrir de cette situation, ainsi que l’obtention d’éventuels accords sur celle-ci.

Ou comment Sarko n’a pas sauvé le monde, ni l’Europe, ni la France. Voilà qui le met en position fort délicate : le G20 était en effet son dernier joker, son atout pour redresser un mauvais bilan et expliquer aux Français qu’il était le plus apte à gérer la crise. Et pour le moment, non seulement il n’affiche pas de résultats tangibles sur le plan intérieur, mais ses négociations internationales prennent l’eau. C’est dire si ça sent le sapin ! Ou comment en cette Toussaint, la blague grecque pourrait enterrer la candidature de Sarkozy, et l’obliger à renoncer. On peut toujours rêver.