Mots-clefs

, , , , ,

Ce matin, le blogueur Mal Pensant a commis sur Atlantico un article exprimant toute sa frustration à l’égard du réseau social Twitter, qui serait selon lui le nouveau haut lieu du conformisme et de la « bien-pensance idiote », rien que ça, et où « l’indépendance est proscrite ».  Surprenant et faux, personne ne me dicte mes tweets…

Si d’habitude j’applique la règle qui veut que l’on ne nourrisse par le troll, il me semble toutefois nécessaire de me fendre d’un billet face à cette attaque démesurée et largement orientée, une partie de la droite ayant décidé de chouiner faute d’avoir réussi à instaurer un bon militantisme web.

Après tout ça lui fera un peu de buzz, car c’est bien ce qu’il cherchait. Mauvais buzz certes, qui lui donnera l’occasion de chouiner encore et de s’auto-convaincre qu’il a raison, mais je ne voudrais surtout pas lui faire encore plus de peine en ne lui accordant pas un peu d’attention en m’attardant quelques minutes sur cette magnifique bouse de campagne made in troll.

Parce que l’auteur n’est pas n’importe qui. Celui qui se permet de fustiger les haters en est un lui-même. A deux reprises, il a publié mon nom sur le réseau social, associé à diverses insutes, ce qui constitue une infraction caractérisée de ma vie privée. Faites ce que je dis et pas ce que je fais. Il est vrai qu’à chaque fois j’ai haussé le ton et qu’après avoir ri à mes demandes de retrait, il a finalement obtempéré en retirant les tweets incriminés. Reconnaissons lui au moins de ne pas persister dans ses comportements illégaux… Reste que l’auteur va chouiner sur Atlantico d’une attitude qu’il applique lui-même. Que de mauvaise foi dans le procédé…

Mais alors, pourquoi tant de haine à l’égard de Twitter –mais surtout des Twittos- de la part de l’auteur ? Parce qu’il est de droite. Et que pour lui, «il devient de plus en plus difficile d’être le porte-parole d’une opinion contradictoire face à une majorité de plus en plus écrasante de profils polluants, souvent anonymes, qui n’ont que ça à faire que de « trôller » et de jouer aux « haters », ou, presque aussi grave, qui s’envoient entre-eux mille politesses et mille hautes considérations esthétiques pour se faire bien voir et améliorer leur personnal branding branling. »

Amusant au passage de noter que l’auteur se permet de juger de qui est polluant ou non sur Twitter (Police du Tweet ?) tout en se livrant également à un personal branling en écrivant cet article, sans pour autant assumer ce statut alors que le simple fait de twitter revient à l’accepter. Mais revenons à nos moutons.

J’ai eu l’occasion de discuter récemment avec @deputeTardy, parlementaire de droite, à la suite du petit déjeuner Politique et Internet de l’APCO, lors duquel il avait évoqué la difficulté de twitter quand on est de droite, sous prétexte qu’aussitôt la branche entière s’en prend aux internautes de droite. Lors de cet échange personnel, j’avais livré mon analyse de cette situation à Lionel Tardy.

Premièrement, c’est faux : je suis de droite, et je suis rarement prise à partie par des internautes des autres partis. A l’exception de trois villepinistes qui m’en veulent d’avoir écrit ça, ça, et ça mais qui curieusement n’ont rien dit de ça, ça, ça et ça –alors que je suis membre de République Solidaire-, j’ai eu une ou deux fois maille à partir avec les Verts. Sinon, tout se passe bien. Bien que je sois affichée comme Twitto de Droite. Mais certes, anti-sarkozyste. Reste que mes opinions sont représentatives des valeurs traditionnellement classée à droite, à savoir notamment la liberté et la responsabilité, et que je me reconnais dans la charte des valeurs de l’UMP. Ce que je revendique sur Twitter.

Alors pourquoi ça se passe mal pour une bonne partie –mais pas tous- des Twittos de l’UMP ? Parce qu’ils sont agressifs. Rien que le terme de I-riposte pour l’équipe militante chargée de contrecarrer la gauche sur le réseau dénote un vocabulaire guerrier et sur la défensive. La riposte, c’est se placer en défense, pas en action. Ensuite, les membres de la i-riposte ne font pas dans la dentelle. Lorsqu’il en faisait partie –il a depuis quitté l’UMP- l’auteur était tout aussi clashant, et ses petits camarades ont persisté dans cette pratique : je ne compte plus le nombre d’entre eux que j’ai du bloquer pour cette raison. Quand on attaque, pourquoi se plaindre ?

Le e-militantisme n’est pas récent, il a existé dans d’autres structures de droite. Comme je l’ai expliqué à Lionel Tardy, j’ai participé à la fondation de deux mouvements militants qu’étaient Halte au blocage, pendant le CPE et qui visait à débloquer les facs, et Segostop. Pour ces deux opérations, j’étais déléguée nationale au militantisme sur le web. Et nous avions quelques principes. Au premier rang desquels un impératif : rester courtois.

Tous nos militants étaient dotés d’une fiche recensant les bonnes pratiques. Tout militant ne respectant pas les règles pouvait faire l’objet de sanctions, à commencer par une réaction désapprouvant son comportement sur le support même où il avait commis la faute. Ainsi, nous jouissions d’une bonne image. C’est tout de même simple à mettre en place ! Alors oui, ça prend du temps. Il faut savoir ce que l’on veut…

Sur Twitter, il n’y a pas, contrairement à ce que l’auteur annonce, de pensée unique. Chacun peut dire ce qu’il souhaite. La règle est juste la même que dans la vie : quand on exprime publiquement une opinion, il faut être capable de l’assumer et de la défendre, par un argumentaire. C’est là que pour l’UMP, le bât blesse. Dénué d’outils leur permettant de répondre, et disposant d’éléments de langage les prédisposant à la moquerie générale, ils se heurtent systématiquement au fact-checking effectué par les journalistes, militants des autres partis, et simples citoyens. Ce qui leur complique la tâche.

C’est là tout le problème de militer sur internet. A force de répéter comme des moutons les conneries transmises par le parti, ils sont forcément moqués s’ils les répètent sans prendre aucune distance : enfin soyons honnêtes, personne n’est à 100% d’accord avec les propos de son champion ! Ayant milité pour Villepin, il m’est arrivé de critiquer certains de ces propos ! Ca m’a d’ailleurs valu d’être trollée en internet par ses pom-pom girls. Pour autant, c’est aussi ce qui assure la crédibilité d’un e-militant.

Ainsi, d’autres voies existent. Je connais des Twittos de Droite qui survivent parfaitement sur Twitter, et qui y jouissent d’une excellente réputation. C’est le cas de @jb_r, de @romainbgb ou encore de @delphine_d. Largement suivis, ils ne sont pas conspués, et parviennent à faire valoir leurs arguments et discuter avec des gens de tous bords. C’est donc parfaitement possible.

Enfin, l’auteur prétend que nous pourrions tous nous reconnaître dans la moitié des situations qu’il décrit. Oui, l’auteur se permet de juger que nous sommes tous issus du même prétendu moule. Euh… non. J’ai tout de même joué à son petit jeu débile, et je ne me suis reconnue que dans 3 affirmations sur 12:

  • Je parle de politique étrangère : je parle de politique tout court, intérieure et étrangère, mais je LT aussi tous les matchs du PSG et Confessions Intimes. C’est grave Docteur ?
  • Je suis contre Hadopi : Twitter n’a rien à voir là dedans, c’est une position personnelle et j’ai d’ailleurs réalisé un dossier complet dessus. Et d’ailleurs, pour être un bon Twitter, faut être pour Hadopi ? Pour Ahmadinejad ? Je pose la question…
  • Je suis membre fondatrice et secrétaire générale du Club Bourbon et pour aggraver mon cas, j’ai inventé le LT des #QAG, ce qui fait de moi -et de ceux qui font de même- le diable aux yeux de l’auteur. Ah bon, le Twitto doit passer à la validation de l’auteur pour se voir décerner un brevet de bon Twitto ? Au nom de sa bien-pensance ?

Tiens, mais pourquoi l’auteur critiquerait-il les #QAG et le #ClubBourbon ? Pour comprendre, il faut revenir à l’historique. En février 2010, j’étais assistante parlementaire en remplacement d’un congé maladie depuis quelques mois, et mon député m’imposait de regarder les Questions au Gouvernement (#QAG). Cela m’ennuyait : les #QAG étant programmées les mardis et mercredis, je perdais 2h de travail par semaine pour écouter des députés évoquer en mode lèche-bottes l’actualité sur laquelle j’avais déjà fait une veille.

J’ai donc décidé de les live-twitter (#LT) histoire de rendre l’exercice un peu plus intéressant. Peu à peu, d’autres assistants parlementaires ont fait de même. Puis des militants et citoyens lambda se sont joints à nous. Depuis, c’est un rendez-vous, qui redonne un peu d’intérêt pour ce temps fort de la vie parlementaire, destiné à permettre au Parlement de contrôler le Gouvernement. Ce qu’il fait rarement.

Certains députés (le #LT couvre les #QAG de l’Assemblée Nationale, pas encore du Sénat) s’étant fait une spécialité de poser des questions visant à porter aux nues le travail du Gouvernement –questions parfois transmises par les cabinets des ministres interrogés-, ce qui contrevient à l’esprit même des #QAG, j’ai créé le hashtag #chupa, qui vise à signaler les députés qui se livrent à ce détournement de ce temps de la vie parlementaire. Et à la fin de chaque séance, les internautes votent par sondage pour désigner le député lauréat de la #Chupa du jour. Le tout dans un esprit bon enfant et plutôt marrant, qui ne retire rien à la marque ainsi porté sur le comportement du député ainsi récompensé.

Depuis maintenant 20 mois, ce LT des #QAG a permis d’intéresser des internautes à un moment de la vie parlementaire qui jusque là, était surtout suivi par les vieux sur France 3. Ce LT a d’ailleurs donné naissance à un LT dérivé, le #DirectAN : pendant les séances de l’Assemblée, des Twittos commentent en direct l’étude des projets de loi (PL) proposés par le gouvernement ou propositions de lois (PPL) proposées par les parlementaires. L’auteur se plaindrait-il de ces LT des #QAG et du #DirectAN , qui démontrent l’intérêt d’internautes pour le travail effectué par la représentation nationale qu’ils élisent ?

A force de commenter la vie parlementaire en direct sur Twitter, les Twittos ont souhaité se rencontrer pour échanger IRL (in real life, dans la vraie vie). On a commencé par organiser des Twitapéros en juin 2010, avant de fonder en juillet de la même année le Club Bourbon, histoire de se retrouver chaque mois pour parler politique. Ce lieu n’est pas une réunion formelle, mais justement un anti-club. Il réunit des Twittos passionnés de politique et actifs dans ce domaine sur Twitter, de toutes tendances, et en respectant un équilibre de la représentativité. Quitte à surprendre l’auteur, oui, il y a des gens de droite. S’y ajoutent des journalistes politiques, pour alimenter les échanges.

Avec le temps, le Club Bourbon a évolué, ouvrant ses portes aux politiques présents sur Twitter. Ainsi lors de certaines réunions, nous recevons un invité politique, en veillant à alterner les tendances. Pour rejoindre cette joyeuse bande et partager un verre avec nous le temps d’une soirée, le politique doit lui-même être sur Twitter. Jusque là, nous avons notamment reçu Jean-Paul Delevoye, Anne Hidalgo, Ali Soumaré, Valérie Pécresse, François Hollande, Eric Besson…

Faut il être in pour participer au Club Bourbon ? Non. Il faut être présent sur Twitter, régulièrement parler de politique, et adopter sur Twitter un comportement correct, la porte du Club Bourbon restant effectivement fermée pour les haters. Ce qui, au regard de ses exploits passés et récents –violation de la vie privée en outant la véritable identité des gens qu’il déteste, propos agressifs- exclut de fait l’auteur.

Doit-on comprendre que parce qu’il n’a aucune chance de venir une seule fois au Club Bourbon, il faudrait trouver que cette structure est un repaire de ce qu’il y a de pire sur Twitter ou pire, une secte dans la secte ? Au passage, n’y ayant jamais participé, ce qu’il en dit ne peut que relever du fantasme… Et c’est faire beaucoup d’honneur au Club Bourbon que de tenter de dézinguer un simple apéro entre amis autour de la politique. Comme il en existe d’autres pour les geeks, les modeuses, et même les juristes ! Bref, tout ça pour ça…

Tout ceci pour vous dire que Twitter n’est pas une communauté qui serait réservée à tel ou tel VIP, mais un réseau social, où chacun se suit (ou pas) selon ses centres d’intérêts. Il y a donc une vie politique sur ce réseau social… mais elle reste très embryonnaire. Oui, on commente la vie politique. Tellement que tous les partis investissent le réseau. Mais quel est le poids réel de Twitter ? Aucun.

Ici les gens parlent, mais comme l’ont très bien expliqués les intervenants du petit déjeuner Politique et Internet organisé par l’APCO, Twitter n’est qu’un lieu de débat. Autrement dit, ce n’est pas là que l’opinion se fixe. Les gens ne choisissent pas leur vote d’après ce qui se dit sur ce réseau social. En revanche, Twitter permet d’accéder à l’information et notamment au fact checking. Attribuer plus d’importance à Twitter relève du pur fantasme du militant en mal de conquête de terrain, ou du personal branling. Pour l’instant, le vecteur principal d’opinion reste la télévision, et le meilleur outil militant reste le terrain. Aussi, je crains que l’auteur ne surestime grandement ce réseau social… et ne verse dans ce qu’il prétend abhorrer.

Bref, une fois de plus la haine a été déversée. Reste qu’au nom de la liberté d’expression, et en contrepoint des autres espaces politiques mis à disposition par Le Post ou Le Plus du Nouvel Obs, c’est bien qu’Atlantico ait publié cette tribune, démontrant ainsi qu’il n’y a pas de bien-pensance sur internet, contrairement à ce que cet article décrit.

Au passage, cette tribune relève de l’opinion et non de la moindre enquête journalistique, renvoyant donc au passage Atlantico à un simple blog et non au journal d’information en ligne qu’il prétend être. En effet, il n’est indiqué à aucun endroit que c’est une tribune et non un article émanant d’un journaliste qui aurait fait une enquête pour le rédiger : ennuyeux quand on place cet article dans la rubrique Décryptage, un terme qui induit dans l’esprit du lecteur une analyse découlant d’une enquête, et non un avis personnel !

Bref, sur Twitter, il n’y a que des opinions personnelles. Si l’auteur se plaint que les siennes ne soient point majoritaire sur le réseau, à lui de convaincre ceux qui pensent comme lui de venir y défendre leurs argumentaires et représenter leurs idées. Personne ne les en empêche. Ce qui n’est ni plus ni moins que de faire de la politique.