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Après le cliffhanger survenu au sujet de la série Me & My Back – dont la version française s’intitule Mon Dos  et moi– j’avais décidé d’arrêter là cette production et de ne plus donner de nouvelles de ma santé. Certes.

Mais dans toute bonne série il y a une saison 2, et ayant décidé à l’unanimité de moi-même que c’était une bonne série, j’ai finalement opté pour en poursuivre la diffusion.

Et l’épisode du jour n’est pas piqué des vers. D’ailleurs, je n’ai jamais compris cette expression. Pique-t-on des vers et dans quel but ? A moins que ce ne soit des verres mais alors dans ce cas, est-ce un temps du soufflage de ces récipients ?

Si quelqu’un a la réponse, tout le monde sera ravi de la lire dans les commentaires.

Retour chez le Doc, épisode 43251354312

Ce matin, je suis retournée voir le Doc, grâce à la caisse du frangin. Comme d’habitude, c’était archi-booké. A ¾ d’heure du début des consultations, il y avait déjà 4 personnes devant moi. La tuile : tout cela annonçait 2h d’attente… Un croissant pour le frangin et un éclair au chocolat plus tard pour moi, nous avions réussi la phase 1 de l’attente dehors, le cul sur un muret en ce qui me concerne. Second succès, j’ai chopé un fauteuil en cuir dans la salle d’attente : nettement mieux pour mon dos. Puis j’ai live-twitté ma vie dans la salle d’attente, et notamment la patiente qui a reçu un appel et fait profité tout le monde de sa sonnerie Appel du muezzin. Ca existe la fonction vibreur !!!

L’entretien avec le Doc s’est révélé… Intéressant. Bon, il n’y a pas de mystère, je souffre toujours d’une hernie discale en L5-S1. Faut vraiment que je me mette à la bataille navale, moi. Bref. Pas de mystère, rien n’est moins sûr… Le Doc m’a demandé d’aller voir un rhumatologue à l’hôpital pour réaliser cette **** d’infiltration sous anesthésie. Mais pas que. Ca, c’était le bonus du jour. Il veut aussi un bilan complet sur mon dos. Mais enfin pourquoi donc ? Pour être sûr que c’est juste ma hernie qui me fait mal, et qu’il n’y a pas autre chose qui se cacherait sournoisement dans mon dos.

Je m’étais bien habituée à ma hernie –qui elle est bien visible- et voilà que maintenant il pourrait y avoir éventuellement sur un coup de malchance un autre truc. Or la malchance en ce moment, j’y suis abonnée. J’ai même le forfait illimité série Millenium. Bon okay la médecine ça n’est pas des probabilités, mais tout de même, avouez que ça jette un froid. J’en ai l’hypocondrie qui pousse là… De quoi me faire des nœuds à l’estomac.

Mais avant de savoir, encore faut-il pouvoir se rendre à l’hôpital. Car pour y aller, j’ai le choix entre prendre mes pieds et… prendre mes pieds. Car je ne suis pas éligible au VSL, le taxi pour malades. Sur ce coup là, la maîtrise des dépenses de santé commence à me faire monter la moutarde au nez… Je ne peux pas marcher, j’y vais en rampant ??? En voiture volée –sans permis car je n’ai pas le bout de papier rose-, ou en taxi dont je ne règlerai pas la course ??? Bah oui en tant que chômeuse, me payer un taxi Chaville Boulogne-Billancourt aller retour, c’est hors de mes moyens. Il me reste 7 semaines pour trouver une solution. Clock is ticking. Sauf que moi je suis Chloe, pas Jack Bauer. Damnit !

Ensuite, le Doc m’a prescrit de nouveaux médocs super géniaux et mieux que ceux d’avant –enfin il paraît que je pourrais, sur un malentendu, être plus réceptive à ce dérivé morphinique là- et refilé un arrêt maladie, vu que je suis dans l’incapacité non pas de chercher un emploi, mais d’en trouver un. Car si couchée je peux parfaitement candidater sur les postes qui se profilent à l’horizon, je suis dans l’incapacité de me rendre aux entretiens, et encore moins de valider la visite médicale d’une éventuelle embauche.

Mais attention, l’arrêt est seulement pour 15 jours. Pourquoi alors que l’on sait déjà que ma consultation avec le rhumatologue est le 21 décembre et que je ne serai pas hospitalisée avant janvier, vu que l’hosto ne va pas prendre un cas non urgent pendant la trêve des confiseurs ? Mais c’est très simple, c’est pour éviter les arrêts abusifs. Y compris lorsqu’ils ne le sont pas. Si le Doc me prescrit dès maintenant un arrêt trop long, on va le suspecter d’arrêt de complaisance. Donc il faudra que je revienne le prolonger. Et payer de nouveau une consultation.

Chaque arrêt maladie de prolongation va coûter 23 euros –pardon 22 euros, j’avais oublié la taxe sur les consultations de généralistes- à la Sécu. Tout ça pour… Eviter les arrêts de complaisance –une minorité !- qui creuseraient le trou. Mouais, mouais, mouais. Certes, ce ne sont pas les mêmes proportions. Reste que d’une part, le Doc a justifié l’arrêt par un roman très détaillé, précisant les soins déjà tentés et ceux à venir. D’autre part, sa justification est aisément vérifiable… par les dépenses engagées. Un logiciel devrait donc être capable d’analyser tout ça.

Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, et au passage traiter les malades de dangereux terroristes qui en veulent à la survie de l’Etat en attaquant sournoisement selon la technique bien connue du creusement de la dette ? Me voilà donc désormais chômeuse et en arrêt maladie. Plongée dans un monde où je suis doublement délinquante car vivant doublement aux crochets de la société.

Bataille contre l’Etoile Noire

Après cette consultation fort réjouissante, j’ai pris le vaisseau spatial de Gilloux 99 pour rentrer à la base rebelle, et préparer mon plan de bataille pour lutter contre l’Etoile Noire. Ou cette pieuvre à 43 têtes qu’est l’administration. Parce qu’être malade et chômeur, c’est administrativement très compliqué et financièrement rédhibitoire, histoire de te faire passer l’envie d’être un odieux assisté. Toi chômeur qui est le cancer de la société, tu oses te foutre de nous en pratiquant l’ironie d’être malade ? Ah mais on va s’occuper de toi.

Ca commence en remplissant l’arrêt maladie. Lorsque tu es salarié et malade, tu renvoies les bons feuillets à la CPAM et le dernier à ton entreprise, et tu ne te poses aucune question. A part la carence de trois jours, qui te fait perdre ton salaire si tu es arrêté 3 jours ou moins –ce qui, soyons franc, t’incite à t’arrêter au moins 4 jours- l’arrêt maladie est pour toi une formalité simple vu que c’est ton entreprise qui gère avec la Sécu. Je parle des salariés, pas des professions libérales et autres régimes qui eux, ont d’autres problèmes.

Lorsque tu es chômeur, bien que malade, tu dois te taper le parcours du combattant, et par moins 12°. Une fois l’arrêt dûment rempli, tu dois joindre les pièces justificatives demandées. En gros, il s’agit de toutes tes preuves d’emploi et de non emploi sur 12 générations. Donc le dernier certificat de travail, les trois derniers bulletins de salaire, l’attestation Assedic du dernier emploi, ainsi que l’attestation d’ouverture des droits aux Assedics (avis de situation en langage Pôle Emploi) et l’attestation du dernier versement effectué par notre ami Popole.

Attention chômeur, n’oublie pas de faire fonctionner ton cerveau de licencié ès Méandres de l’administration -si tu l’es pas tant pis pour toi- et de joindre aussi les pièces justificatives qui ne sont pas demandées. Comme par exemple un courrier expliquant précisément ta situation et recensant les pièces jointes, ainsi que ton RIB, pour aider à un traitement rapide de ton dossier, et éviter de recevoir un courrier de la CPAM te demandant d’autres pièces. Surtout quand comme moi, tu ne peux pas aller jusqu’à la boîte aux lettres. Bah oui, je ne marche pas…

Ca peut te paraître bizarre, mais ton RIB n’est pas dans le service qui gère les arrêts mais dans celui qui gère les remboursements et non, ces services ne sont pas forcément en lien direct. Aussi ils finiront par retrouver ton RIB si tu ne le joins pas, mais ça prendra plus de temps pour effectuer le versement des IJ auxquelles tu as droit. Si tu y as droit.

Bon, il se trouve que j’y ai droit. Mes doigts ont donc couru sur le clavier à la vitesse de la lumière, pour trouver sur le site de la CPAM à quelle sauce j’allais être mangée. Et là, c’est le drame. Mes droits seront calculés sur la base de 50% la moyenne de mes trois derniers salaires mais dans la limite d’un certain montant. Brut évidemment. Et il se trouve que je suis au-dessus. Je vais donc toucher le montant maxi… qui représente pour moi une perte de revenu de 18,2% par rapport à ce que je touchais aux Assedics… qui représentaient eux-mêmes 57,4% de mon dernier salaire. VDM…

Euh… comment je vis moi ? Parce que mes charges, elles n’ont pas diminuée avec la perte d’emploi. Ni avec mon dos bloqué. Mais ça doit être un détail. Quand je pense que certains de salariés bénéficient de la subrogation pendant 2 à 3 mois, grâce à une convention collective signée entre leur entreprise et la CPAM, qui leur permet de conserver leur salaire intégral ou partiel, et qui par conséquent ne réalisent pas le coût réel d’un arrêt maladie…

Pendant que d’autres salariés et titulaires de régimes particuliers, et les chômeurs, doivent eux calculer avant de savoir s’ils ont les moyens de se mettre en arrêt maladie. Que dire alors du gouvernement qui utilise le terme d’assistanat, parle encore d’arrêts de complaisance et envisage de passer de 3 à 4 jours de carence ? Ca m’étonnerait qu’on en trouve beaucoup chez les gens qui subissent une perte de revenus de 50% en s’arrêtant !

Mes amis, mes amours (d’Assedics), mes emmerdes

Pour parfaire le tableau de cette journée de biiiip, mes Assedics ne sont pas encore arrivées sur le compte. Impossible, donc, de remplir le frigo. Et si j’ai encore des choses dans les placards, je n’ai plus rien que mon dos me permettent de réchauffer sans me faire mal. Ou du moins, pas pour tenir les jours qui viennent. Me voilà donc obligée d’épargner la bouffe pour éviter de ne plus rien avoir du tout en attendant de pouvoir être livrée. Je me nourrissais une fois par jour, aujourd’hui je dois passer mon tour, et ne plus m’alimenter qu’un jour sur deux. Et j’ai faim. Très faim.

Mais je n’ai pas de raisons de me plaindre. Non seulement j’ai des réserves, mais en plus des millions de personnes connaissent la même situation, dont des enfants. Et pour moi, ça ne va pas perdurer dans le temps. Du moins pas ce mois-ci. Le mois prochain sera plus compliqué vu que mon maigre pouvoir d’achat va se prendre une baisse de 18,2% dans les dents… et même plus vu que je vais avoir droit à la période de carence de 3 jours.

Autant dire que le mois prochain –celui de Noël- je vais devoir faire un choix drastique, celui de ne pas faire de courses du tout : c’est en effet le seul poste de dépenses sur lequel je peux encore rogner. D’où le fait d’épargner la bouffe dès maintenant. Et ce ne sera pas suffisant donc il y a encore d’autres trucs que je ne pourrai pas payer, on verra bien quoi. La CPAM me souhaite un Joyeux Noël.

Reste qu’il est compliqué pour une partie de mon entourage de comprendre ce que je traverse, alors qu’il y a quelques mois encore, j’étais cadre et je gagnais correctement ma vie. Au fil des mois, certains se sont donc lassés que rien ne change, et ont fini par s’éloigner. Forcément, avoir sous le nez un accident de la vie oblige à réaliser que ça peut arriver à n’importe qui… y compris à eux. Trop dur à supporter.

Alors je remercie mon frère et mon chien pour leur éternel et précieux soutien -certes pas de la même manière !-, ainsi que les potes de Twitter ou autres qui m’envoient d’adorables messages, qui m’arrachent éventuellement quelques larmes tant cela me touche. Bah oui derrière l’écran, il y a un petit cœur qui bat. Approche ton oreille de l’écran et tu vas l’entendre. Ou pas.

Ce soir, je n’ai qu’une envie, me mettre une grosse mine prendre un verre avec ceux de mes potes qui sont encore là. Mais impossible d’avoir la moindre visibilité sur la période à laquelle ce sera de nouveau possible, physiquement et financièrement. Bah non, on ne m’a pas encore livrée la boule de cristal que j’ai pourtant commandée il y a un moment.

Faute d’oser leur donner des news qui montrerait que ma situation ne s’améliore pas -16 mois de scoumoune en mode François Pignon, c’est un peu dur à assumer-, je choisis le silence, tout en jetant simplement sur ce blog ces quelques mots, en forme de bouteille à la mer, qu’ils ne liront probablement pas tant ce billet sera difficile à trouver parmi mes nombreux écrits.

Si par hasard ils tombent dessus, qu’ils sachent que je les aime, qu’ils me manquent, et que nous referons le monde devant un verre dès que je pourrai de nouveau bouger. Que d’ici là, ils prennent soin d’eux, mais aussi conscience qu’ils ne pourraient rien faire pour moi, et ne s’inquiètent pas.

La roue tourne forcément un jour -enfin si elle ne casse pas- et il est difficile de nos jours de réparer une charrette telle que moi : on parle tout de même de la restauration d’un objet d’art ! Normal que ça prenne plusieurs mois… Et puis tout n’est pas noir : il me reste encore mes yeux -et mes doigts- pour bloguer !