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Les Jeunes Pop ont encore frappé sur le web, laissant aux internautes le soin de se gausser une nouvelle fois d’eux, et à la presse de relayer cette énième boulette de la part de ces militants qui n’ont toujours pas compris que le buzz peut être désastreux, et que la communication à tout prix n’est pas la meilleure des tactiques. Surtout en pleine présidentielle…

Cette fois, les fautifs sont les Jeunes Populaires du Rhône, qui ont réalisé pour leur anniversaire une vidéo, dans laquelle Nora Berra exprime toute sa reconnaissance au mouvement de jeunes de l’UMP, qui l’a épaulée durant toute sa carrière, allant suer sur les marchés pour tracter à sa gloire ou coller des affiches de campagne. Dans cette vidéo kitchissime, la sous-ministre se ridiculise à force d’en faire trop, allant jusqu’à montrer un T-shirt Nora Berra avec les Jeunes Populaires du Rhône. Navrant.

Connaissant très bien l’histoire des Jeunes Populaires, c’est un autre élément qui m’a frappée. Les Jeunes Pop du Rhône ont réalisé cette vidéo pour l’anniversaire de leur mouvement…fêté le 19 octobre. Hum.

L’UMP a été officiellement créée lors du congrès du 17 novembre 2002, et le mouvement des Jeunes Populaires a été fondé le 11 février 2003, lorsque Alain Juppé a nommé Marie Guevenoux secrétaire nationale à la Jeunesse de l’UMP. Les nominations dans les fédérations ont été faites dès les semaines suivantes, et la première réunion des responsables départementaux jeunes – les RDJ – a eu lieu les 23 et 24 mai 2003. Le RDJ du Rhône y était présent. Autrement dit, ils se réunissent pour faire la fête, mais ne sont même pas foutus de savoir quand ils sont réellement nés.

Certes, tout ceci relève du détail. Cependant, j’ai pu remarquer chez les militants UMP présents sur les réseaux sociaux, et notamment chez les Jeunes Populaires, une méconnaissance totale de l’histoire de leur parti :

– Combien de fois ai-je dû rappeler qu’Alain Juppé a été président de l’UMP ? C’est pourtant un élément de taille : sa condamnation dans le procès des emplois fictifs de la ville de Paris a eu pour conséquence son retrait de l’UMP, et c’est ce qui a laissé le champ libre à Nicolas Sarkozy. Qui s’est ensuite fait élire à la présidence du parti majoritaire, et l’a utilisée comme un tremplin pour sa campagne électorale. C’est déjà moins anodin.

– Combien de fois, également, ai-je dû rappeler que l’UMP avait prévu de se doter de courants ? Le 9 mai 2004, le conseil national avait en effet adopté la motion Juppé, qui prévoyait d’instaurer les courants au sein du parti majoritaire. On était loin des scores dignes des républiques bananières enregistrés depuis au sein de l’UMP. Pour que les courants soient institués, il ne restait plus qu’à faire ratifier cette motion par un vote du congrès.

Le congrès suivant, justement, était celui de l’élection de Nicolas Sarkozy. Techniquement, il était simple à organiser. Politiquement, cela aurait été symbolique que de le réaliser le même jour. Seulement, Sarkozy ne voulait surtout pas des courants. Mais bien une UMP totalement dédiée à sa personne, et dont les différentes tendances n’auraient pas voix au chapitre.

On a vu ce que cela a donné : sept ans plus tard, l’UMP est au bord de l’implosion, faute d’avoir su gérer sa diversité. La faute à qui ? Connaître l’historique permet de répondre à la question, au lieu de jouer bêtement les pom-pom girls du fossoyeur de l’UMP…

Tout ceci a son importance, car cela explique l’évolution de la droite, mais préfigure également ce que sera la bataille de 2012, qui suivra l’élection présidentielle. En effet, que Sarko soit réélu ou pas, il ne pourra plus être candidat. Dès lors, s’engagera la bataille pour lui succéder. Et cela se passera d’abord au sein de l’UMP. Plusieurs cas de figure sont possibles, à partir de deux uniques options :

1. Sarkozy remporte l’élection. Dans ce cas, l’UMP reste sur le même fonctionnement, à savoir que tant que le président en titre de l’UMP est président de la République, il n’est pas remplacé. C’est stupide, mais c’est ainsi. Cela permet à Sarkozy de conserver la mainmise sur le parti, le secrétaire général étant nommé par lui. Pourquoi ce choix, juridiquement inscrit par la réforme des statuts de 2007 ? Tout simplement parce que Sarkozy ne souhaite pas que l’UMP lui fasse défaut… et que lui arrive ce que lui a fait à Chirac entre 2005 et 2007, à savoir désolidariser complètement le parti du Président de la République et du gouvernement.

2. Sarkozy perd l’élection, et l’UMP procède à des élections internes pour élire un nouveau président. Et là, de très nombreux cas sont possibles.

– D’une part, certains peuvent être tentés de se présenter, pour faire une sorte de primaire, celui qui remporte le parti devenant chef de file de la minorité parlementaire, tout en restant aisément positionné pour la présidentielle de 2017. C’est le pari qu’ont déjà en tête certains, mais c’est un peu crétin. En effet, si Sarko perd, l’UMP sera en lambeaux, et devra se reconstruire au lieu d’entrer dans une nouvelle guerre.

– Il existe donc une autre option. Une perspective évidente pour quiconque connaît l’histoire du parti. Ce cas de figure porte un nom : Alain Juppé. À l’heure où le parti aura besoin de se reconstruire, et d’assainir les choses en interne, il faudra un rassembleur, mais surtout, un politique d’envergure qui sera dans une logique d’intérêt du parti et non d’intérêt personnel.

Sous la réserve importante qu’il en ait l’envie, qui de mieux placé qu’Alain Juppé, président fondateur de l’UMP, qui s’est toujours tenu à l’écart des querelles de personne, et a toujours été loyal au mouvement qu’il a créé ? Qui de plus compétent pour ramener au sein du parti les militants chiraquiens, les radicaux, et une partie des centristes qui ont déserté sous l’ère Sarkozy, et rassembler la famille ?

Personne mieux que lui ne fera l’unanimité. Et ce serait un beau symbole, dix ans après la création de l’UMP.

Pour comprendre ces perspectives, et mieux appréhender les enjeux qui attendent l’UMP, il est donc nécessaire d’en maîtriser l’historique, au moins dans les grandes lignes. Il est dommage que ses propres militants ne s’y intéressent pas. Et se réduisent alors eux-mêmes au statut de pom-pom girls, faute d’être capable de porter un regard critique sur l’évolution de leur parti.

Triste constat que de voir ce parti se limiter à un ersatz du Club Dorothée. Ou de la difficulté de faire des militants des observateurs éclairés de la vie politique…

*Article publié sur Le Plus du Nouvel Obs à cette adresse