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Depuis un moment déjà, EELV fait monter la pression à propos d’un éventuel accord avec le PS.

Les deux partis cherchent à établir un accord pour 2012. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas gagné… et que les écologistes pourraient y laisser quelques plumes.

On avait déjà assisté, fin septembre, au jeu douteux de Jean-Vincent Placé, négociateur des écologistes au Sénat, pour tenter d’obtenir des socialistes des postes, en se livrant à un chantage visant à éventuellement refuser de soutenir Jean-Pierre Bel à la présidence du Sénat, ce qui aurait pu permettre à la droite de l’emporter, malgré un nombre de sièges inférieur à celui de ceux remportés par la gauche. Fort heureusement, le négociateur avait retrouvé ses esprits… mais l’épisode avait laissé quelques traces sur l’image des écologistes, capables apparemment de toutes les excentricités pour se Placé placer.

Cette fois, c’est Eva Joly qui s’y est collée, lançant, avec toute la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, rien de moins qu’un double ultimatum aux socialistes. Sur la date de l’accord, qui doit intervenir, aux yeux de EELV, avant le 19 novembre, date de leur conseil fédéral. Et sur le sort du projet d’EPR à Flamanville (Manche) qu’il convient impérativement d’arrêter. CE qui n’a pas manquer d’agacer l’entourage de François Hollande, et notamment Michel Sapin : « Il ne saurait y avoir d’ultimatum sur une date qui a été fixée par les deux partis », tout en rappelant la « volonté commune » d’aboutir à un accord à la mi-novembre. Ou comment la candidate écologiste s’est faite vertement tancer.

Cécile Duflot, plus mesurée, va de plateaux télé en studios radio pour indiquer que son mouvement campe sur ses positions, à savoir obtenir au minimum un engagement sur l’arrêt du chantier de Flamanville, indiquant que la sortie du nucléaire était une question de « courage politique ». Aujourd’hui, personne n’est certain d’un accord entre les deux partis.

Reste que ces manières fort cavalières pourraient coûter cher aux écologistes. Si Yves Cochet se permet de railler François Hollande, qui selon lui jusqu’ici « ne rassemble que le Parti Radical de Gauche », il semblerait que les leaders d’EELV se surestiment un tout petit peu. Imaginons un peu qu’il n’existe pas d’accord entre le PS et EELV, serait-ce une catastrophe nucléaire (ah ah) ?

Déjà, que proposent les écologistes, et en échange de quoi ? EELV ne propose absolument pas l’union de la gauche, puisque EELV présente une candidate à l’élection présidentielle. Qui plafonne aujourd’hui à 4,5 % selon un sondage Ifop et à 5% selon un sondage BVA, tous deux du 8 novembre. Pour l’instant, la candidature d’Eva Joly ne décolle pas.

Ensuite, au second tour, imagine-t-on les écologistes soutenir la droite ? Laissez moi rire… Quant à imaginer un appel à l’abstention, il est peu probable qu’il serait suivi par les électeurs. François Hollande tient en effet au bout du bulletin une chance de faire gagner la gauche, aussi il est illusoire d’imaginer que les électeurs suivraient un caca nerveux des écologistes au risque de faire gagner Sarkozy. A un moment donné, il serait assez intéressant que les écologistes cessent de prendre leurs électeurs pour des godillots sans aucun libre arbitre.

Quid des législatives, alors ? Une fois encore, EELV semble surestimer son poids. Jusque là, les écologistes n’ont obtenus que peu d’élus au scrutin uninominal à deux tours –et à ce que je sache, même si ça n’est peut être plus pour longtemps, c’est encore le mode de scrutin des législatives- aussi s’ils en veulent plus, il va falloir être gentils. En effet, le PS n’est pas dans la situation de 1997, où il avait conquis le pouvoir lors des législatives anticipées, ce qui avait nécessité de construire une majorité plurielle, faute de disposer de la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Si le PS l’emporte lors de la Présidentielle de 2012, il devrait bénéficier d’une vague rose, et disposer à lui seul de la majorité absolue à l’Assemblée. Aussi, il n’a pas nécessairement besoin d’un accord avec les écologistes, qui de toutes façons ne seront pas en mesure d’emporter suffisamment de sièges pour espérer se poser un arbitres. Quand on négocie, il faut tenir compte du poids réel que l’on pèse au regard du mode de scrutin de l’élection visée… Mais naturellement, EELV est prêt à tous les chantages : s’il n’y a pas d’accord, ils pourraient se venger au sein des exécutifs locaux, là où leur poids est plus probant.

Pour toutes ces raisons, les écologistes seraient bien inspirés de se calmer, d’arrêter de se prendre pour les arbitres qu’ils ne sont pas dans les élections de 2012, et de cesser de jouer les sales gosses immatures, à coup de chantage politico-affectif assez proche du hold-up démocratique, ce qui reste peu reluisant pour l’image de la vie politique. S’ils veulent se placer dans l’opposition au PS au nom de leurs valeurs, c’est tout à fait audible : qu’ils le fassent ! Et assument alors le score qu’ils feront alors, et la responsabilité qu’ils porteront. C’est ça, une élection.

Ou comment EELV se pose en champion du monde pour donner des leçons de comportement politique aux autres, tout en étant incapable de se montrer exemplaire en la matière. Cette attitude politico-politicienne ne mérite rien de moins qu’un carton rouge !