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Ce week-end, la classe politique, de droite comme de gauche, s’est livrée à une descente dans les tréfonds de la politique, usant des petites phrases comme d’une corde pour pendre sa crédibilité.

La petite phrase, un exercice limité

Franc-tireur de la gauche de la gauche, le si désagréable Jean-Luc Mélenchon, personnage imbu de sa personne et persuadé de présenter mieux que les autres, transfuge du Parti socialiste sur sa gauche et bernard-l’ermite squattant la coquille communiste. Selon Méluche le Grand, François Hollande serait un  » capitaine de pédalo dans la tempête « . Autrement dit, le candidat du Parti socialiste ne serait pas suffisamment armé pour affronter la situation de crise que nous traversons. Et serait donc, si l’on file la métaphore, voué à couler.

Mais les petits partis ne sont pas les seuls à se livrer aux petites phrases racoleuses pour se faire un peu de publicité. D’autres responsables politiques n’hésitent pas à se liguer vent debout contre Hollande, décidément l’homme à abattre, en raison de sondages flatteurs. Ainsi ce dimanche, c’est Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, qui a comparé le candidat socialiste à l’éléphant Babar, et Nicolas Sarkozy à Astérix. Quelle référence pour un ministre de l’Éducation Nationale qu’un ouvrage pour enfants…

Finalement, dans le cas de Mélenchon comme dans celui de Chatel, on aura moins retenu le message que le procédé. Et c’est bien fait. Car si les petites phrases de la vie politique donnent lieu à sélection pour le Prix de l’humour politique, ça n’est jamais ce qui fait avancer le débat. Par définition, la petite phrase n’a d’autre fonction que de combler le vide intersidéral de la pensée politique de celui qui la crée. Elle sert juste à occuper le terrain, faute d’un argumentaire puissant.

Et si encore, nos politiques s’arrêtaient là. Mais non. Parce que lorsqu’on n’a pas d’arguments, la meilleure des défenses reste encore l’attaque de ses adversaires. Et naturellement, du plus menaçant. Les habitués des Questions au gouvernement le savent bien : depuis un moment déjà, le gouvernement dans ses réponses, et parfois même les députés de la majorité dans leurs questions, n’ont cesse de justifier les soucis de notre pays par la faute du PS en général, et des 35 heures en particulier. Peu importe que le PS n’ait plus gouverné depuis 10 ans…

L’attaque n’est pas toujours la meilleure des défenses

L’UMP a en effet érigé l’anti PS en ligne politique. Depuis plusieurs mois, le parti majoritaire s’est fait une charte graphique à base du panneau danger du code de la route, histoire d’alerter sur la politique dangereuse que prônerait, selon lui, le Parti socialiste.

Derniers exemples en date : la tenue d’une convention sur le programme du PS, fin octobre, proposant un chiffrage largement exagéré des propositions socialistes, et la sortie ce jour d’un tract de 4 pages axé sur les propositions socialistes, et édité à 3 millions d’exemplaires.

En positionnant sa communication uniquement en défense, comme un parti de contre, l’UMP se limite aux réactions, et atteint alors sa limite : apparaître comme un parti cherchant à marquer des points par hasard, au faveur d’un contre, et non comme un meneur du jeu politique. Sidérant pour un parti au pouvoir.

La mauvaise foi institutionnalisée

Plus étrange encore, la mauvaise foi institutionnalisée. S’il reste naturel qu’un parti délivre des argumentaires et édite un comparatif entre les propositions des autres et les siennes, encore faudrait il pour cela se livrer à quelques préalables, et notamment s’assurer que l’on délivre des éléments fiables.

Sur ce tract, c’est loin d’être le cas. D’une part, le programme socialiste présenté par l’UMP est celui qui avait été voté par le PS, certes. Mais il a depuis été récusé par François Hollande, au motif qu’il avait été réalisé sur des hypothèses de croissance trop optimistes. Le candidat socialiste a annoncé qu’il présenterait la nouvelle mouture en janvier. Les éléments relatifs au PS contenus dans ce tract sont donc forcément faux, car dépassés.

D’autre part, l’UMP n’est pas plus fiable sur ses propres propositions. Si à ce jour, si l’UMP a produit une réflexion sur certains sujets épars via la tenue de conventions programmatiques, Bruno Le Maire a encore précisé ce lundi dans l’émission Mots Croisés que le candidat de l’UMP serait libre au regard de ses éléments. En d’autres termes, ce ne sera pas le programme définitif du parti majoritaire. Au final, l’UMP choisit donc d’agresser le candidat qu’elle craint le plus, sur la base d’une propagande totalement invérifiable. Et d’enfoncer le clou par la voix du Premier ministre, tout aussi vindicatif à l’égard du candidat socialiste, hier en meeting à Vertou.

A six mois de l’échéance présidentielle, quelle triste image de la politique que de constater cet enfermement permanent d’une très large partie de la classe politique, y compris au plus haut niveau de responsabilité, dans la politique politicienne, bien éloignée des préoccupations du corps électoral. Responsables politiques aspirant à la magistrature suprême, et partis les représentant, ressaisissez vous, et élevez le débat !

*Article publié sur Le Plus du Nouvel Obs à cette adresse