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Journée de campagne classique pour Nicolas Sarkozy. Aux frais de l’Etat, notre bon mètre s’est déplacé chez les gueux pour livrer la mère des batailles : la lutte contre la fraude, cette délinquance mesquine, celle qui sommeille en chaque citoyen et peut se réveiller à tout moment, à la faveur d’un accident de la vie.

En ce mardi, Sarkozy vit son D-Day. Enfin, il peut vomir sa haine des démunis, ces assistés qui grèvent le budget de l’Etat. Haro sur les pauvres et les malades ! En cette fin de mandat, il est nécessaire de marteler une fois encore le message de ce quinquennat : tous des délinquants !

Non, il ne s’agit pas de sécurité. Mais de santé et de travail. Ou plutôt, de non travail. Désormais, chaque actif qui ne sera pas au turbin sera considéré comme délinquant, qu’il ait ou non commis une fraude. Eradiquer la délinquance avant même qu’elle n’ait lieu, en captant les signes précurseurs d’un comportement délictueux à venir : chômage, minimas sociaux, maladie… autant de signes pris en compte par la PréCrime sarkozyste pour punir a priori au nom du principe de précaution. C’est Minority report, version Sarkozy.

Premiers visés, les citoyens qui se permettent de prendre un arrêt maladie. Nan mais sérieusement, quelle idée ! Pour passer l’envie aux travailleurs de buller tranquillement chez eux, la période de carence sera désormais renforcée : elle passera de trois à quatre jours pour les salariés et instaurée pour les fonctionnaires, qui jusque là étaient épargnés, au tarif d’une journée.

Dis comme ça, tout cela semble le plus juste du monde : il faut réduire les déficits, et notamment celui de la Sécurité Sociale, alors mettons tout le monde à contribution. Mais voilà : tout le monde n’est pas mis à contribution, et la mise en lumière de l’indemnisation journalière révèle de fortes disparités. Au final, le système passe de deux à trois vitesses.

Mais ça n’est pas tout. Passé cette nouvelle contribution des citoyens –et des entreprises- à l’effort national, le gouvernement entend remettre tout le monde au travail. Et notamment les titulaires du RSA, ces odieux profiteurs des minimas sociaux. Il leur sera donc demandé exigé de travailler 7h par semaine, sous peine de sanctions, dont la suppression du versement de leur allocation.

Cette obligation pose de nombreuses questions : quel contrat, quel recrutement, quelle disponibilité pour le retour à l’emploi, quelle rémunération, quel projet professionnel, quid des incapacités, … mais tout cela, le gouvernement s’en fiche : ce qui importe, c’est de remettre fissa ces glandeurs au travail.  Quitte à prendre des dispositions non réfléchies, quitte à faire exploser l’usine à gaz qu’est déjà la gestion des personnes hors emploi. Un nouveau Bopal…

Autant dire que ces mesures ne sont  ni de taille à combler le trou de la Sécu, ni d’assainir nos finances publiques. Mais bien plus symptomatique de l’instauration d’un projet de société visant à détricoter peu à peu notre modèle social, et le remplacer par la stigmatisation des plus faibles. Quand il aurait été possible de mettre en place une réforme d’envergure, qui lutte contre la fraude, mais en s’attaquant aux fautifs, tous les fautifs y compris au sein des entreprises, et en adoptant des mesures plus justes.

Ainsi, l’augmentation de la CSG et la mise en place de la TVA sociale aurait permis de mieux répartir l’effort à faire en matière de dépenses sociales, sans peser sur les seuls malades. Les fraudeurs, eux, auraient également pu être puni. Tous les fraudeurs, et pas uniquement les citoyens fraudeurs. Par exemple, les laboratoires pharmaceutiques auraient pu être également visés par le remboursement des dépenses engendrées par les coûts faramineux des dépenses liées à leurs mensonges sur leurs médicaments.

De telles mesures courageuses auraient permis aux citoyens d’accepter l’effort qu’on leur demandait. Mais non. Les citoyens n’ont pas de lobby performant. Ce sont donc eux, et eux seuls, qui paieront. Le gouvernement avait annoncé vouloir conserver la note AAA à tout prix. Chacun en connaît désormais le prix: l’abandon pur et simple de toute idée de justice sociale. Français, marche ou crève !