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126 jours. 18 semaines aujourd’hui que je suis immobilisée en raison de mes problèmes de dos.

A cause de cette méchante hernie discale en L5-S1, qui m’interdit de bouger. Et en ce 18ème hebdoversaire, je suis fatiguée. Lessivée. Et pour la première fois depuis le début de ce cycle infernal, déprimée.

D’abord, je n’ai pas vu l’été. Le mois de juillet a été pourri et dès le 21, j’étais clouée au lit. L’automne est arrivé sans crier gare, et sans que je ne puisse mettre le pied dehors. Les examens ont montré le problème, reste maintenant à attendre la prise en charge : consultation avec un rhumatologue programmée pour le 21 décembre, puis hospitalisation pour infiltration et bilan complet si tout va bien courant janvier.

Depuis début septembre, je n’ai fait que deux sorties. Et j’ai du renoncer à de nombreuses sollicitations. Manque de soleil. Manque d’air. Manque de chaleur humaine. Pourtant, je me suis montrée patiente, sachant que mon problème finirait par se résoudre dans le temps. J’ai gardé le moral, conservé mon sens de l’humour, gardé une voix plutôt enjouée, et même développé des projets. Ce blog, tout d’abord, qui est né mi-août, et qui est aujourd’hui associé à Marianne. Pas si mal. Puis le concours administratif que j’ai choisi de préparer, histoire d’occuper utilement tout ce temps cloîtrée chez moi.

Mais cette nuit, j’ai craqué. Parce que je vis mon troisième jour à 10 de douleur (sur 10) et que je ne peux le supporter. J’ai si mal que je pourrais avaler la boîte d’antalgiques si j’étais certaine de ne pas me mettre en danger. J’ai crevé d’envie de me taper la tête contre les murs, juste pour déconnecter la localisation de la douleur, l’arrêter un instant. Et songé parfois faire le saut de l’ange à travers la fenêtre, histoire que tout ceci cesse enfin. Mais je n’ai aucune envie de mourir : au contraire, je veux juste revivre enfin.

La douleur attaque chaque parcelle de mon dos et de mon cerveau. A hurler. A pleurer, ce qui occupe désormais une grande partie de mes journées. Impossible de dormir. Impossible également de trouver une position dans laquelle je puisse travailler. J’écris donc peu –j’ai mal trop vite- et je ne peux plus étudier. Cerveau à l’arrêt, moral attaqué.

L’isolement n’a pas aidé. J’étais la copine chômeuse de longue durée, je suis maintenant la copine handicapée. Un vrai repoussoir… les copains se sont éloignés. Aujourd’hui, même les plus proches sont concernés. Ces derniers jours, j’ai multiplié les appels du pied pour leur signifier que j’avais besoin d’eux… et j’ai mangé râteau sur râteau, de la part de ceux qui avaient juré.

Je connais par cœur leur discours : ils travaillent (eux), ils ont une famille (eux), ils ont des responsabilités (eux) et ils ont besoin de compréhension (eux) qu’ils sont plutôt ravis que je leur donne (eux). Pourtant, je ne réclame pas que l’on soit près de moi au jour le jour, ni même que l’on vienne me visiter. Je n’exige ni une fréquence ni un mode de contact : au-delà du téléphone, de l’email ou du texto, un simple like sur Facebook est aussi une manière de se montrer.

Mais non. Je ne mérite pas leur compréhension. Ni le jour même de la demande, ni jamais. Va chier. Après avoir tenté de solliciter leur présence, j’ai laissé tomber : s’ils ne veulent pas, je ne peux pas les forcer. A quoi bon s’imposer ? Forcément je le vis très mal. Perdre des proches lorsque l’on va mal, pour raison de santé, ça a du mal à passer. Enfin au moins, ils n’ont pas eu pitié. C’est déjà ça de sauvé. Reste que tout ceci m’a franchement blessée. Et qu’il n’est plus question pour moi d’essayer.

Heureusement dans ces moments bien noirs, il y a quelques exceptions. Mon frère, d’abord, qui vient régulièrement m’aider dans tout ce que je ne peux physiquement pas faire –mon quotidien étant très compliqué- et me tenir compagnie, m’apportant un soutien moral certain. Quelques copains, ensuite, ont accepté un échange téléphonique avec moi, et compris rapidement tant ce que je traversais que toute la mesure de ma demande, qui n’est pas en mode Super Glue 3, mais juste de ne pas m’oublier.

Enfin au delà, il y a les copains de Twitter. Eux sont toujours là pour demander des nouvelles, tenter de trouver une bagnole en pleine nuit pour m’emmener en vadrouille, et accompagner mes nuits insomniaques qui sont aussi les leurs. On peut critiquer les réseaux sociaux pour se donner un genre. En attendant, c’est encore ce qui me permet de tenir à peu près.

Aujourd’hui je n’ai plus de rêves. J’aurais aimé répondre aux sollicitations –me rendre sur les plateaux médias et rencontrer les gens qui m’avaient invitée, participer aux apéros et déjeuners des copains qui m’ont proposé-, et faute de le pouvoir, j’aurais voulu me donner les meilleures chances dans la préparation de mon concours, or j’ai déjà pris une semaine de retard. Mais plus que tout, j’aurais aimé conserver ma fraîcheur, mon état d’esprit, mon sens de l’analyse, et mon humour pour écrire encore et toujours.

Reste que cette saloperie d’hernie m’a tout pris. Ma liberté, puisque je suis clouée au lit. Mes finances, puisque je touche près de 20% de moins qu’au chômage, alors qu’en tant qu’ex cadre je ne roulais déjà pas sur l’or avec 57,4% de mon dernier salaire. Mes amis, puisqu’ils se sont lassés de mes emmerdes. Mon cerveau, puisque la douleur m’empêche d’étudier et d’écrire au rythme auquel je souhaiterais. Et au bout de la route, mon moral, puisque tout ceci m’a déprimée. 18 semaines, et la patience s’en est allée.