Ca sent le sapin pour Villepin !*

Quel surréaliste exercice d’équilibriste que celui auquel s’est livré Dominique de Villepin hier, au micro de BFM TV !

Trop content d’apparaître une nouvelle fois dans les médias –le président de République Solidaire, Jean-Pierre Grand, ne s’est-il pas ému récemment dans l’hémicycle de ne l’avoir point vu suffisamment sur les grandes chaînes-, l’ancien Premier ministre et ancien président de République Solidaire, feu aspirant à concourir pour la présidentielle, a tenté de répondre sur sa vraie-fausse candidature. Car ses petites rencontres avec Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, plus ou moins discrètes, avaient finies par fuiter… et inquiéter au sein de ses maigres troupes, déjà bien clairsemées depuis l’annonce du projet, qui avait provoqué le départ de nombreux militants non convaincus, puis ses tergiversations sur le fait de se présenter ou non, et enfin l’incapacité de République Solidaire à prendre son envol. Alors, ira ou n’ira pas ? Décryptage.

A propos des militants, qui trépignent d’impatience au sujet de ses tergiversations sur sa candidature, Dominique de Villepin se montre légèrement méprisant : « ils n’auront pas beaucoup à attendre ». Réponse étonnante dans la bouche de celui qui les fait lanterner –sans mauvais jeu de mots- depuis plusieurs mois. Reste qu’une fois de plus Dominique de Villepin leur met les warnings sur sa très hypothétique candidature, en appelant une nouvelle fois à un gouvernement d’union nationale, seule réponse selon lui à la crise, assénant le coup de massue finale : « C’est la voie que j’ai choisie ». D’ailleurs, il le clame haut et fort : « il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’ambition personnelle ». Hum, qu’est-ce alors que la présidentielle ? C’est bien une ambition personnelle que celle de diriger la France, et d’apporter des réponses concrètes à travers l’application d’un programme… dont d’ailleurs il dispose depuis le 14 avril dernier ?

L’argument tendant à dire qu’il est plus simple de rassembler sans que ce soit autour de sa personne est surprenant. Rassembler autour de qui alors ? Notre Constitution prévoit bien un président de la République, et c’est bien l’enjeu de cette élection. Ensuite, cet homme ou cette femme, élu par le peuple, dispose de la légitimité pour désigner un Premier Ministre, qui nomme son gouvernement. A force de tourner autour du pot sans vouloir annoncer son retrait de la course, Villepin semble se perdre dans les méandres de la Vème République qu’il affectionne tant, et oublier que seul le président de la République dispose de la légitimité que lui donne l’élection au suffrage universel. Qu’en conséquence, il ne peut y avoir deal au préalable sans mettre à mal ces institutions. Cet argument est donc nul et non avenu : il faut bien désigner un président, et donc, miser sur un candidat parmi ceux qui se présentent. Ou se retirer purement et simplement, s’il ne veut prendre part à la mère des batailles électorales.

Alors que Xavier Jaglin, responsable départemental de l’Orne de République Solidaire, l’a incité dans le reportage d’ambiance réalisé par BFM TV à suivre François Bayrou, Villepin répond : « le ralliement n’est pas dans ma nature ». Curieuse position pour quelqu’un qui appelle au rassemblement… Certes, il répond assez clairement : « Le rassemblement, c’est moi ». Mais y croit-il vraiment ? A l’heure où il annonce savoir déjà quelle sera sa décision, comment peut-il laisser entendre qu’il disposerait d’un poids politique suffisant pour que les autres se rallient à lui ? La réponse ne se fait pas attendre : « Je ne me considère pas comme indispensable à ce rassemblement ».

Finalement, l’ancien Premier Ministre ne semble plus défendre dans cette campagne qu’une idée, sans vraiment envisager d’en être le leader. Ce qui fleure bon, in fine, le ralliement… D’ailleurs il reconnaît lui-même, à propos de sa visite à la Lanterne, avoir « fait passer un message politique à Nicolas Sarkozy », à savoir « que le temps de l’union nationale était venu et qu’il avait tout intérêt à changer la donne politique ». Bizarrement, il n’a pas annoncé avoir rencontré d’autres candidats pour tenir le même discours… Le vocabulaire employé, celui de l’appel à « l’Union » le laisse également penser, tant ce fut le concept initial de l’UMP de Juppé, sous l’impulsion de Jacques Chirac, parti de l’actuel locataire de l’Elysée.

Mais cette idée d’union, comment y croire dans la bouche de celui qui entendait représenter une alternative, dans cette bataille qu’est la présidentielle, qui par essence n’est pas une élection sur laquelle peut se produire une union… à moins de ne penser en terme de bipartisme ? Pourquoi brouiller aujourd’hui les cartes sur ce sujet ? Qu’en tirer, si ce n’est qu’un peu de temps gagné avant le retrait, au mépris de l’illisibilité ? Cette élection, justement, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple, selon l’esprit qu’a souhaité insuffler De Gaulle à la Vème République et dont Villepin s’est si longtemps réclamé ?

C’était avant, quand le flamboyant Villepin pouvait y croire, porté par une équipe de fidèles prêts à tout pour l’en convaincre, exaltés par des sondages flatteurs, aux alentours de 10%. C’était avant, quand les technocrates n’avaient pas mené RS dans le mur. C’était les sondages oscillants entre 1 et 2%. C’était avant le constat d’échec de République Solidaire, très pauvre en militants et donc en finances, le parti étant trop jeune et trop dépourvu de parlementaires pour disposer de l’aide publique d’Etat. En effet, contrairement à la publicité faite par le parti, RS n’a jamais compté les 25000 adhérents revendiqués, dont le mode de calcul provient des adhésions cumulées avec les inscrits du réseau social, sans tenir aucun compte de l’activité de ceux-ci ni des nombreux démissionnaires parmi les adhérents. C’était avant de claquer la porte de cette structure amateur sans ressources et incapable de mener campagne, faute d’avoir su se professionnaliser.

Bien qu’il aime se livrer à l’analyse politique sur l’action des autres, regrettant que « Les hommes politiques ont perdu le goût de la décision parce que la communication a mangé cette capacité de décision », il n’en reste pas moins saltimbanque du  grand cirque politique, en refusant de livrer une réponse qu’il distille pourtant en pointillés. Qu’il est bon de courir encore un peu les médias avant que les projecteurs ne s’éteignent ! Mais pas seulement. Car le temps passe, et l’enjeu, pour Villepin, est d’importance. Et les jours qui viennent –et qui le sépare de l’Annonce- seront capitaux pour rentabiliser ces deux années d’engagement. Villepin devra tenter de faire passer les idées que contenait son programme, ainsi que cette idée d’union nationale, qui ferait un joli parachute. Pour que tout cela n’ait pas été en vain.

Avouons qu’il est tout à fait en mesure d’apporter à un gouvernement, de par son expérience. Un peu comme Juppé l’a fait dans le gouvernement Sarkozy. Ce qui lui laisse tout de même une porte ouverte pour se recaser. D’autant que ses relations avec l’actuel locataire de l’Elysée se sont pacifiées, et il ne perd plus une occasion de s’en expliquer. Et de l’encenser. Ne disait-il par hier, que « Sarkozy s’est bonifié. Il est comme la mouette en haut de la vague » ? Les militants qui ont défendu sa candidature pour bénéficier d’une alternative apprécieront. Et courront se jeter sur d’autres candidats plus à même de l’incarner.

S’il ne se vend pas pour un plat de lentilles –ce qu’on saura lorsqu’il annoncera sa décision-, reste alors une autre hypothèse, celle de l’abandon en rase campagne, pour faire autre chose. La porte de sortie, par le bas, après tout ce foin depuis 2 ans : tout plaquer, comme il le fit en 2007. Finalement peu importe. Au-delà de son destin personnel, Villepin n’a laissé aucune place au suspense, en donnant déjà tous les éléments de réponse : il ne sera pas candidat. Reste à l’annoncer, mi-décembre, avec un joli nœud sur le paquet. Voilà le cadeau de Noël qu’il offrira à ceux qui se sont engagés depuis deux ans à ses côtés : l’enterrement de sa candidature, directement dans le sapin.

*Papier publié sur Marianne à cette adresse

8 réflexions au sujet de « Ca sent le sapin pour Villepin !* »

  1. Comme c’est vilain, ZEMEL, une telle mauvaise foi ! Et comme c’est triste de faire croire comme acquis ce que vous ignorez.
    Vous parlez ainsi : »il ne sera pas candidat ». Qu’en savez-vous ?

    Vous dîtes aussi :  » Dominique de Villepin se montre légèrement méprisant : ils n’auront pas beaucoup à attendre » a-t-il dit. Je n’ai vu, moi, aucun mépris dans cette phrase. Hors contexte, vous savez bien qu’on fait dire tout ce qu’on veut.

    Par contre, dire: » s’il ne se vend pas pour un plat de lentilles est très méprisant »

    Pourquoi ce mépris pour quelqu’un que vous avez, parait-il, soutenu ? C’est une chose qui ferait facilement se détourner de la politique, des politiques, et de ceux qui tournent autour.

    Bien à vous, et essayez de ne pas faire d’erreurs sur RS ( il y a des adhérents encore très motivés !) et sur Dominique de Villepin.

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    • Bonjour,

      Déjà mon nom, c’est Ze FML.

      Ensuite, pourquoi qualifier une analyse de mauvaise foi ? Que vous ne partagiez pas, je peux comprendre. Mais je crois que dans votre interprétation, vous faites preuve de mauvaise foi : je ne tiens pas sa non candidature pour acquis, puisque je dis qu’il annoncera sa décision mi-décembre. Lorsque je dis qu’il ne sera pas candidat, c’est mon avis. Qu’il est triste de devoir faire de l’analyse de texte…

      Sur RS, je parle de ce que je connais -et non d’une erreur- et je ne dis d’ailleurs pas qu’il n’y a plus d’adhérents motivés, d’ailleurs j’en connais. Je dis simplement que les chiffres donnés par RS sont faux (et j’explique le calcul) et j’indique que nombreux sont ceux à avoir déserté. Ce qui est une réalité, même si vous persistez à le nier.

      Quant au mépris, c’est une interprétation que je fais, et je suis encore libre d’exprimer mon ressenti dans mes écrits. Là encore, vous pouvez ne pas partager. Mais le minimum, c’est d’accepter que d’autres que vous puissent avoir une opinion différente de la vôtre. Et appliquer cette célèbre maxime : « Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer ».

      Je vous laisse méditer dessus…

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  2. Je crois plutôt que c’est votre article qui sent le papier à utiliser pour faire une belle flambée, un verre de vin chaud à la main avec le sapin encore tout odorant fraîchement coupé !
    Mazerolles a compris ce que tous les journaleux n’ont pas compris…alors je vous laisse deviner ! Villepin veut se présenter à des élections. Là vous suivez toujours ! Ensuite a-t-il préciser quel type d’élections ? Régionales, françaises, ou européennes ? Les élections franco-françaises cela n’a jamais été son désir, sauf l’impossibilité de 2007 pour les présidentielles, à cause d’un pétard mouillé crée sur mesure à son intention, et appelé « Clearstream ». Seulement le passé est le passé, et en France, les médias l’ont tellement lynché, et désinformé, qu’il ne pouvait décoller dans les sondages. Sa vision, son programme est tellement révolutionnaire, qu’il ne sera compris qu’une fois que les Français se seront malheureusement pris de mur de plein fouet. Et puis ne trouvez-vous pas que le costume est trop grand pour l’hexagone ? De l’intérieur, il ne pourra rien pour la France, car les Français ne sont pas prêts, et nul n’est prophète chez soi. Reste le contournement par l’extérieur !!! L’Europe. Ensuite, quel est l’homme européen qui a le plus marqué positivement le monde ces 10 dernières années par sa vision ? Je ne retiens pas Angela Merckel, qui si elle est le chef de gouvernement européen le plus en vue, est trop centrée sur l’Allemagne. Elle ferraille dur, mais ferraille trop.
    N’y-a-t-il pas un président de l’Europe complètement transparent ? Et n’y a-t-il pas en 2012 l’élection pour 2,5 ans, renouvelable, d’un président européen, et qui pourrait bien cette fois-ci faire l’objet d’une élection sur le plan européen, et pour la première fois ? Un Président visionnaire européen visible, et rassembleur, capable de donner une nouvelle lecture de l’Europe, d’une Fédération Européenne, ou le couple-franco-allemand en seraient plus que jamais les fondements ? Masturbez-vous un peu les méninges, et vous arriverez peut-être à devancer l’histoire, au-lieu de lui courir après !

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    • Que d’agressivité et de vulgarité dans vos propos.
      Je note simplement une chose : vous confirmez qu’il n’ira pas à la Présidentielle de 2012.
      Sur votre analyse, qui est celle de Mazerolles, elle n’est en rien incompatible avec mes propos.
      Apprenez donc à lire…

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  3. L’agressivité, elle est dans votre « article », et quant à la vulgarité, une expression crue peut-être ! Une expression qui m’amuse…provocante au plus. Et elle a fait mouche à ce que je constate !
    Mais que faites-vous alors à scribouiller sur « Marianne » ???
    Si vous ne supportez pas la critique, vous devez souffrir en tenant ce blog ?
    Rassurez-vous, cela sera mon unique passage sur votre blog, car je suis lâche : je fuis toute personne souffrant d’un complexe de supériorité !

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    • Mon article n’est emprunt d’aucune agressivité, c’est l’interprétation que vous en faites faute de disposer d’une ouverture d’esprit suffisante, qui vous permettrait pourtant d’accorder aux autres le droit d’exprimer une opinion différente de la vôtre.

      Répondre ne signifie pas être allergique à la critique, contrairement au raccourci que vous faites, mais à repréciser mes propos -puisque vous avez du mal à les comprendre toute seule- et donc à engager le débat. Décidément, vous avez du mal avec l’expression des autres… Mais vous ne parviendrez pas à me faire taire, je ne suis pas fan de la pensée unique, et je n’entends pas donner corps à votre idée selon laquelle j’aurais commis un délit d’opinion.

      Sur le fonds, j’attends toujours vos arguments, étant donné que mon papier n’est pas incompatible avec l’hypothèse que vous présentez.

      Enfin revenez ou pas, vous en êtes libre. En revanche, votre jugement personnel, à partir d’un texte, est, lui, hautement critiquable. Mais ne m’étonne point : l marque de ceux qui n’ont pas d’arguments est en effet d’adopter la critique personnelle envers un auteur que vous ne connaissez pas. C’est petit, et mesquin.

      Mais surtout, ce comportement nuit fortement à votre crédibilité, vis à vis des lecteurs qui passent par ici et que vous auriez pu, par un discours sérieux, éventuellement convaincre.

      Voilà quelques notions sur lesquelles je vous invite à réfléchir… Histoire que votre critique puisse être partagée par d’autres. Car contrairement à vous, je pense que tous les avis sont dans la nature, et que nous pouvons en débattre sereinement.

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  4. Outre vos querelles stériles, je retiens dans vos analyses respectives deux choses :
    – non, Villepin ne se présentera probablement pas à l’élection présidentielle de 2012
    – oui, il se peut qu’il brigue un mandat de président du Conseil européen.

    D’autant que, et je compléterai notamment l’analyse de Mathilde avec cela, Merkel et Sarkozy sont vraisemblablement en train de travailler sur un nouveau traité européen. Et qui dit nouveau traité, peut vouloir dire nouveau fonctionnement des institutions, et pourquoi pas des pouvoirs accrus pour le président du Conseil. Est-il vraiment exclu que ce fameux rapprochement entre Villepin et Sarkozy ait porté sur ce traité, plutôt que sur les vaines affaires politiciennes françaises ?

    Cela ne me parait pas impossible, bien que je vois mal Sarkozy accepter l’optique d’avoir un supérieur hiérarchique dans l’ordre européen.
    Cette thèse n’est toutefois pas à exclure, et parait aujourd’hui plus probable qu’une candidature aux présidentielles françaises, ou qu’un retrait pur et simple de la vie politique, de Dominique de Villepin.

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  5. Ping : Union nationale ? Encore plus de Sarkozy ! « Ze FML

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