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Jeudi matin, 7h. La nuit a été beaucoup trop courte et déjà, nous voilà à l’aéroport. Notre vol est censé décoller dans moins d’une heure. Je dis censé car évidemment, il décollera avec près d’une heure de retard.

Comme je ne dis pas un mot, les garçons me regardent bizarrement, et Pastore finit par me demander si tout va bien. Oui, je suis juste en état de décomposition avancée : tant que je n’ai pas avalé une cafetière, il est interdit de me parler. Poupette’s rules.

Une fois dans les airs, Makelele me donne rendez-vous dans un des salons jouxtant le bar pour un petit déjeuner de travail. J’attrape mon Ipad et le rejoint pour un point sur le déplacement et l’agenda de cette fin de semaine. Elle sera intense : si l’après-midi est libre, nous reprenons dès demain. D’abord dès le matin au siège parisien, pour ma pomme, puis entraînement à 15h au Camp des Loges, afin de préparer le déplacement à Locminé pour les 32èmes de finale de la Coupe de France dimanche après-midi.

Le vol se passe à peu près correctement, en dépit de nombreux trous d’air, qui déplaisent vraiment à mes petits camarades. Pour les taquiner, je ressors ma blague préférée en avion, à savoir poser la question con de savoir ce qui tient un avion en l’air. Effet garanti. Ca ne fait toujours pas rire Hoarau. Pourtant c’est simple : une certaine vitesse, et une inclinaison d’environ 5°… Pour les détendre, je leur chante une chanson paillarde : « L’avion, l’avion, l’avion, ça fait lever les yeux. La femme, la femme, la femme, ça fait lever la queue. » Ambiance garantie. J’ai 12 ans. Eux aussi.  Toujours là pour la déconne !

Alors que l’avion entame sa descente sur Roissy, j’enchaîne sur Tombé du ciel / A travers les nuages / Quel heureux présage... Et là, c’est le drame. Mauvais timing chansonnier, il semblerait qu’il y ait un bug côté présage. Côté météo, aussi. Parce que l’atterrissage est mouvementé. Les forts vents qui soufflent sur Paris compliquent la manœuvre. Le pilote tente une première de se poser, mais doit remettre les gaz. Ca secoue à mort, on se croirait dans une essoreuse à salade. Encore que je n’en ai pas testé récemment…. Jallet me crie : « C’est comme dans Dangers dans le ciel ! ». Hum. Pas tout à fait, mais j’apprécie la référence. J’ai toujours aimé Jallet.

Tout le monde flippe dans la carlingue, ou presque. En bon catholique, Ceara fait sa prière. Sakho s’enfonce dans son siège. Néné fait moins le malin. Ancelotti n’a pas l’air très serein. Même Leonardo a le visage fermé. Sirigu me demande si j’ai peur. Tu déconnes ? Au contraire, ça plane pour moi… Ouh ouh ouh ouh… Manifestement, nous ne sommes toujours pas sur la même longueur d’ondes, je sens bien qu’il hésite entre vomir et hurler, pendant que je prends mon pied. Ca tangue de plus en plus et brusquement, il m’attrape la main. Ou plutôt, il la broie. Bilan : deux doigts cassés.

Je le calme : « Ca secoue un peu, Nous sommes dans le segment d’approche interrompue : le pilote a tenté de se poser, mais a estimé que c’était trop dangereux, et donc remis les gaz pour rejoindre une position d’attente, et tenter plus tard une nouvelle approche. S’il avait continué, on aurait fini dans l’herbe, peut-être même en morceaux. Difficile à dire, vu qu’aucun A-380 ne s’est encore crashé. » Sirigu boit littéralement mes paroles. Mais qu’il arrête de me fixer comme ça avec ses yeux bleus revolver, c’est du terrorisme !

Je continue de faire la belle, mode drague enclenché : « Autant te dire que le pilote a choisi la sécurité, et parfaitement suivi les procédures. Depuis que des avions ont fini en tôle ondulée parce que les pilotes avaient absolument voulu se poser, les compagnies prônent désormais la remise des gaz quand ça sent trop le pâté. Nous allons maintenant attendre en l’air que les vents se calment, jusqu’à ce que le pilote soit en mesure de poser ce bel engin en douceur. Tout va bien. »

J’évite alors soigneusement de lui indiquer qu’au bout d’un moment, l’avion se trouvera short petrol et sera donc obligé de se poser, vents ou pas. Sous peine de perdre les moteurs, ce qui ne serait pas sans poser quelques légers problèmes. Le courant passe à nouveau entre nous, c’est pas le moment de déclencher un court-circuit. Il tient toujours ma main. Je dis adieu à mes deux doigts boursouflés, qui oscillent dangereusement entre le rouge et le bleu. Nos couleurs sont notre fierté, mais y’a des limites !

Salvo, manifestement sous le coup de l’émotion, se penche vers moi, et me susurre à l’oreille : « Merci Poupée ». Puis il approche ses lèvres des miennes pour y déposer un smack. Pince-moi je rêve… Comment faire pour ne pas adorer les incidents de vol ??? L’espace d’une seconde, j’ai envie que cet avion ne se pose jamais. Mais qu’un ravitailleur remette du pétrole, hein. Pour une fois que je ne me crashe pas en flammes, ce serait ballot que les réacteurs me fassent le coup de la panne…

Une fois l’avion repositionné sur le circuit d’attente, les secousses se calment légèrement, et le staff fait le bilan : Galimeiro et Bisevac ont fait un malaise vagal, d’autres ont lâché un petit vomi, et beaucoup ont eu une grosse frayeur, croyant leur dernière heure arrivée. Du coup, je passe dans les travées pour délivrer quelques explications techniques sur ce qui vient de se passer. Jamais je n’aurais cru qu’avoir vu plusieurs fois l’intégrale de Dangers dans le ciel et lu tous les bouquins de Jean-Pierre Otelli pourraient m’être utile au PSG.

Ménez et Bodmer réclament un câlin, mais je m’occupe prioritairement de poupouner un Galimeiro encore plus pâle que d’habitude, c’est-à-dire translucide. Je lui ravale la face à coup de fond de teint, parce que le trip Twilight, je ne le sens pas. Une nouvelle secousse, et je m’étale de tout mon long dans l’allée, les quatre fers en l’air. Ménez se met à chanter Oh Oh Oh Jolie Poupée. Nan mais c’est vraiment le fils de Bernard Ménez ?

Au bout d’une heure, notre A-380 amorce à nouveau sa phase d’approche, et se pose, en douceur cette fois. Sirigu ne m’ayant pas lâché la main jusqu’à ce que le gros n’avion rejoigne le taxiway, je déplore le décès d’un troisième doigt. Note pour plus tard : lui piquer ses gants de gardien avant le prochain vol. Sur ce, nous débarquons enfin : les joueurs n’ont jamais été si heureux de regagner le plancher des vaches.  Rendez-vous demain, au pré des Loges !

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