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Dès le 13 décembre dernier, Dominique de Villepin avait donné rendez-vous à la presse pour l’inauguration de son QG de campagne –situé rue du Cherche Midi, un nom prédestiné ?- et  présenter son équipe de campagne. Il aura fallu patienter longuement pour avoir enfin la confirmation de ce que tout le monde redoutait : sa directrice de campagne n’est autre que… Brigitte Girardin.

Brigitte Girardin ? Celle qui a planté le parti lancé en grande pompe en 2010 par Villepin ? Celle dont les états de service sont déplorés par quiconque l’approche, que ce soit les cadres ou les militants ? Celle qui n’a pas su réussir l’anniversaire du parti, réunissant seulement 300 militants dans les jardins de l’Amérique Latine en juin dernier ? Celle qui n’a pas réussi à amener des adhérents dans RS en vue de cette campagne ?

Et pas de chichi entre nous : il n’y a qu’à regarder les comptes publiés sur le site de la commission nationale de financement de la vie politique pour s’en rendre compte : en divisant le montant des adhésions déclarées par le ticket moyen d’adhésion annoncé par le trésorier lors de la réunion des cadres en mai dernier [ndlr : 37 euros, les adhésions étant réparties entre un tarif jeune à 10 €, classique à 20 €, et bienfaiteur à 100 €], RS était en 2010 sous la barre des 5000 adhérents. Bien loin des 25 000 revendiqués.

Quand on sait qu’en 2011 les adhésions ont chuté lourdement en 2011, sans parler de l’hémorragie des cadres et de l’arrêt des activités militantes quasiment partout en France depuis la démission de Villepin de la présidence de République Solidaire en septembre dernier … N’en jetez plus la coupe est pleine !

Bref, Girardin directrice de campagne, c’est la prime à l’incompétence et l’inexpérience. Mais pourquoi ce choix ? Apparemment, Villepin a payé cher ses tergiversations de l’année, et ses mauvais chiffres dans les sondages. Malgré l’annonce de sa candidature, le candidat gaulliste ne parvient pas à décoller. Tout juste a-t-il été cité une fois à 4%, mais plafonne en moyenne entre 2 et 2,5%. Pas de quoi attirer des têtes d’affiche.

Aussi, il n’est finalement pas très étonnant qu’à l’instar de l’OM, le club de foot marseillais qui traverse de grosses difficultés financières rendant impossible les recrutements, Dominique de Villepin en soit réduit à conserver à ses côtés des joueurs peu performants… faute de pouvoir s’offrir mieux. Oui, Girardin, c’est un peu le Brandao de République Solidaire. Ce joueur à la réputation entachée dont personne ne veut, mais qui reste le seul recours, faute de mieux.

Et si l’OM peut encore espérer viser le podium et se qualifier en Ligue des Champions, il est peu probable que l’équipe de CFA constituée par Villepin ne réussisse à se qualifier au soir du premier tour, ni même à réaliser un score honorable. Tout juste passera-t-elle, peut être, le tour préliminaire, si elle parvient à récupérer les 500 signatures.

Car pour parvenir au sommet, il faut jouer en équipe, collectivement. Or chacun sait que ce n’est pas le schéma de jeu mis en avant par Brigitte Girardin, plus préoccupée par la stricte application de l’esprit de cour que par le rassemblement pourtant prôné par son candidat. Si Villepin privilégie un schéma en sapin de Noël, il n’est pas pour autant Ancelotti… et les militants ont les boules.

Lassés, nombre de cadres et de militants n’y croient plus, et les adhésions enregistrées depuis l’annonce de la candidature –bien réelles- n’ont pas pour le moment endigué le flot des départs. Certains anciens cadres, comme Xavier Jaglin ou Erwan Toullec, avaient lancé un appel dès l’annonce de candidature pour rejoindre François Bayrou.

Ils en remettent une couche ce matin avec une tribune rappelant « la haute estime » qu’ils portent à Dominique de Villepin… tout en annonçant se « désolidariser de la démarche dénuée de sens du fondateur de République Solidaire et s’engager auprès de François Bayrou ». Pour eux, ce choix est avant tout justifié par la l’importance de servir l’intérêt général, rassemblés : « tous unis autour de celui qui se révèle le seul capable aujourd’hui de rassembler au-delà des clivages. » Capable par son projet, mais aussi, son professionnalisme.

Il est évident que ce n’est pas Villepin, entouré d’une directrice de campagne clivante, qui peut répondre à cette nécessité de rassemblement national. Et ces anciens cadres villepinistes n’y vont pas de main morte pour décrire, avec justesse, les comportements au sein de République Solidaire, bien éloignés du discours du patron : « Malgré nos efforts pour rapprocher et rassembler les énergies et les talents, malgré nos appels à la raison et au sursaut pour offrir aux Français une véritable alternative aux systèmes ayant plongé la France dans les gouffres que l’on sait, nous n’avons été confronté qu’à une démarche de plus en plus personnelle que ni les défections ni les sondages ne semblent interpeller. » 

Spéciale dédicace à Dame Brigitte. Mais tellement vrai. Avec en option, la fuite d’une partie des voix à prévoir en direction du Béarnais, bien mieux placé dans les sondages et positionné sur le même créneau électoral. En nettement plus pro, plus expérimenté, et donc, plus crédible. D’autres soutiendront Dupont-Aignan, d’autres encore s’éparpilleront chez Joly ou directement Hollande. Quoi qu’il en soit, une large partie des troupes fuira ce qu’il reste du radeau villepiniste.

Et pour cause : cette nomination subie marque un constat d’échec pour l’ancien Premier Ministre, obligé de prendre ce qu’il restait en magasin, faute d’avoir su convaincre dans le microcosme des professionnels expérimentés et aptes à battre campagne. Autrement dit, un suicide politique. Au lieu du tocsin, c’est plutôt le glas que l’on entend sonner au loin…

*Papier publié sur Marianne à cette adresse