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© C.Gavelle/PSG

Vendredi. Jour de match. Jour de match de coupe de France contre l’équipe de CFA2 de Sablé sur Sarthe.

Dilemme : j’ai des origines sarthoises… Mais ici c’est Paris, même si on joue au Mans, je suis forcément pour mon équipe : on peut changer de job, de mec ou d’appart, mais on ne change jamais de club. Bref, ici c’est Paris !

Les joueurs partent ce matin mais moi, je les rejoins plus tard. En voiture. Avec la Mini de Sirigu. Imaginez un peu. Déjà conduire la voiture d’un mec se rapproche d’une opération suicidaire, mais celle d’un italien, je ne vous en parle même pas. Une rayure sur le pare-chocs et je finis au fond de la Seine, les deux pieds dans le ciment. Autant dire que j’ai la pression. C’est donc soulagée qu’après deux heures de route, j’arrive enfin à la MMArena, le stade flambant neuf du Mans.

Les joueurs sont sur le terrain, pour une découverte des lieux et quelques exercices. Bon manifestement, la pelouse vient de chez Ikea : elle se troue de partout ! A moins que ce ne soit la faute de René la Taupe. C’est simple, tu marches dessus, et les mottes de terre te restent collées aux talons. Ca va être sportif…

De retour dans les vestiaires, je tente de m’isoler avec ma moitié. Et c’est Pastore qui ouvre les hostilités : « Alors Poupette, combien de points de moins ? » Ménez embraye : « T’as embouti combien de voitures ? » Science-fiction. Rien de tout ceci n’est arrivé et la voiture est arrivée à bon port dans le parking des officiels. Même si j’ai du m’y reprendre à trois fois pour la garer. La peur du deuxième poteau, sûrement.

Néné, lui, a les yeux rivés sur ma tenue du jour. « Bas ou collants ? » Le brésilien a de drôles de questions… N’importe quelle femme normalement constituée évitera les collants. Quitte à choper froid par le bas. Hoarau vient mettre son grain de sel : « Je parie sur des bas. » Evidemment ils veulent tous savoir. La jupe étant courte, un mouvement tissulaire ne tarde pas à les renseigner sur la réponse. Galimeiro hallucine : « Porte-jarretelles ! » Quelqu’un peut lui expliquer qu’il faut bien les attacher ? Et que les bas auto-fixant ne sont pas sûrs à 100% ???

Ce soir je suis au protocole. Leonardo étant à Paris pour régler l’éventuel transfert de Tévez, j’accompagne Nasser et Jean-Claude Blanc. Autant j’arrive à rigoler avec Leo, autant les grands patrons du club, ça intimide direct, pas sûr que je m’éclate comme d’hab. D’autant qu’il y a du politique dans le coin : le ministre des Sports, mais aussi le Premier Ministre… qui fut maire de Sablé, et qui se présente aux législatives à Paris. Hum, difficile pour lui de choisir son camp.

Histoire de détendre l’atmosphère, je sors un paquet de sablés. Je tends le paquet à Erding : « C’est ta seule chance de bouffer du Sablé, fais toi plaisir. » Bahebeck, également relégué en tribune, est mort de rire. Les joueurs entrent sur le terrain, et c’est la folie dans le stade. Les paysans ont même pompé notre slogan, agitant des banderoles Ici c’est Sablé. Non les mecs, ici c’est le Mans. Achetez vous un GPS !

A l’entrée des joueurs, je suis stressée, mon string n’a jamais été aussi tendu. « T’as qu’à le retirer » me balance Erding. Okay si Paris perd, je le suicide en l’obligeant à ingérer massivement des rillettes. Ou mieux, de la quiche à la rillette. Parce que question quiche, Erding, c’en est une bonne. J’en profite pour faire coucou à Jallet, qui est sur le banc. Mon Jallet. C’est l’heure de la photo de famille, version mélangée, les amateurs et les pros formant ce milk-shake parfum Coupe de France. A ce propos, il faudrait dire au gardien de Sablé que quand il joue un match, il a le droit de retirer son uniforme orange de la DDE. Fashion police.

Ca y est. Et dès la première minute, je frise l’arrêt cardiaque avec une première alerte sur le but de Sirigu. Qu’il n’a aucun mal à écarter en corner. Mais ça a frappé fort et Sakho était partie cueillir des fraises. Ensuite sur le corner, tout dépend de quel point de vue on se place. Pour les commentateurs en mode PSG Bashing, elle n’était pas loin de rentrer. Salvo, lui, se pend à la transversale pour bien montrer qu’elle était largement au dessus. « Che schimmia ! » Quel singe.

Ceara fait une double tête. Un jour je lui raconterai l’histoire de Marie-Antoinette qui elle aussi, aurait aimé pouvoir faire ça. Je lui ferai goûter devant un thé et des macarons de chez La Durée. Un sablé met Sissoko par terre. Ils ont faim, manifestement. A croire qu’ils n’ont pas eu assez de rillettes. Du coup on leur ressert un petit café : Maxwell est au taquet. Problème, si Sablé est un club amateurs, ils le sont moins lorsqu’il s’agit de distribuer des grosses mandales. A moins qu’en bons mecs, ils aient un goût affirmé pour les nichons ? Parce qu’une fois de plus, c’est Néné qui fait les frais de leur passage en CFA option Boucherie.

Cette première mi-temps est groumpf : beaucoup d’occasions, de bonnes combinaisons devant entre Ménez, Néné, Gameiro, et pas de concrétisation. Jean-Claude Dusse, sors de ces corps ! Vers la 20ème , j’ai enfin de quoi me poiler : alors que les petits sablés pensent enfin arriver dans la surface, Mamad dégage bien loin. Mode Cours Forrest, cours enclenché. Je suis pliée en deux. Sirigu, lui, a largement le temps de se boire une bière puis d’aller pisser.

Ensuite, on entre dans la séquence infirmerie. D’abord, Galimeiro se prend un méchant coup d’épaule. Ca n’est pas un vrai carreau (tête contre tête) mais l’effet est le même, notre Tom pouce finit par terre. Merci la moissonneuse batteuse sarthoise ! Pourtant selon mes informations, ce n’est pas l’époque de la moisson… Les soigneurs lui mettent un petit coup de bombe magique, et ça repart.

Et puis la tuile : Javier se claque. Tout seul. A deux à l’heure. J’hurle. Fort. Vraiment très fort. Je crois même que Douillet n’a plus d’oreille. Déjà qu’il n’avait pas de cerveau… C’est ballot. Nasser fait franchement la gueule. Il a 42 millions d’euros immobilisés pendant au minimum un mois, et sans que ça ne lui rapporte d’intérêts. Les bouseux sifflent la sortie de Pastore, remplacé par Jallet. Problème, notre petit poulet à nous est totalement froid. Et deux claquages, ça ne le ferait pas. FEAR. Et pour le zéro tracas, on repassera. Hein MMA !

Heureusement, Néné se joue d’un petit sablé dans la surface et ça marche : péno, qu’il transforme, on marque enfin. A la sauvage, mais pas de pitié pour les croissants. Euh, pour les sablés. Un sarthois qui a compris que 100% des gagnants ont tenté leur chance se lance. Bilan : au dessus, un mort dans le public. Sablé tente alors un nouveau jeu : plutôt que de demander les maillots des joueurs à la fin du match, les amateurs préfèrent collecter les tibias de joueurs du PSG pendant le match. En commençant par celui de Néné. C’est un concept.

Pendant la mi-temps, je chope Erding le nez dans son téléphone. Il suit avec passion le dossier Tévez. Pour savoir s’il a une chance de rester. Je lui tend un sandwich aux rillettes : « désolé, y’avait pas de galette-saucisse. » Puis je suis avec lui les tergiversations au sujet de Tévez. Qui venait il y a une heure puis ne venait plus il y a une demi-heure, selon la Gazetta dello Sport. Mais qu’Eurosport annonce toujours comme arrivant. C’est drôle, ce décalage. En même temps Eurosport, ils ont fait option Curling, on ne peut pas leur en vouloir… Je me poile.

Retour des joueurs sur le terrain. Sirigu parle à Sakho, qui semble s’en foutre totalement. Queuwa ? Note pour plus tard : tuer Mamad. A coup de stilettos. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nan mais ??? Hey Mamad, ti credi di essere ??? Pour qui tu te prends ??? Comment ça je ne suis pas objective ??? Bref, ça repart ave un PSG qui pousse tellement que ça va finir par rentrer. Même si le pauvre Galimeiro joue de malchance. Punaise, j’ai mis un billet qu’il allait marquer.

A la 58ème, je fais un malaise vagal. Enfin presque, je n’ai pas super envie que Douillet me ranime. La balle arrive sur le côté gauche de Sirigu… qui fait une faute de mains. Avec Edel, elle partait au fond. Heureusement il se rattrape, et offre quelques secondes plus tard une superbe claquette. Qui passe d’un coup l’envie d’être la baballe. Je crois que ce sera sa seule vraie action du match… La Menace Chantôme est remplacé par Armand : il faut bien qu’on rééquilibre, niveau bouchers. D’ailleurs Ceara s’y met, et laisse traîner ses crampons bien profondément sur un tibia sarthois. De là à dire qu’il n’en reste que des miettes –de Sablé, ah ah- il n’y a qu’un pas.

Par contre ce serait bien qu’on règle cette histoire de type de la DDE qui occupe les cages. Parce qu’il n’est pas mauvais, le bougre. Mais se prend quand même un but de Game Héros. 2-0, le break est fait. Quoi le renard était hors jeu ? Si l’on tient compte de la force centrifuge générée par le poids du renard qu’il porte sur la tête, on est bons.

Néné lance la fusée Game Héros dans la profondeur, et nouveau but. Doublé pour notre Galimeiro ! Je suis debout sur mon siège, je danse un truc qui ressemble vaguement à la choré de Pulp Fiction, en hurlant « Game Héros, Game Héros ». Cette fois ça n’est ni un péno ni un but litigieux ! Les garçons jouent vraiment, ça fait plaisir à voir. Jallet tente même la demi-volée. A quelques encablures de Loué, notre petit poulet se sent pousser des ailes ! La balle aussi…

Un type ose s’approcher de ma cage. Oui, ce qui est à Sirigu est un peu à moi. Je suis comme ça. Dans le feu de l’action, le joueur manque de le taper. J’hurle : « Va fanculo stronzo ! » Ah merde, y’a toujours deux ministres à côté. Côté Douillet aucun risque, son cerveau n’est déjà pas programmé pour comprendre le français, mais Fillon passe toutes ses vacances en Toscane. Donc techniquement il y a 99,999% de chances qu’il ait compris. Euh… Permesso ? Par contre le corner du sarthois… Par charité, je n’en parlerai pas. Je pense qu’avoir pouffé dans ma bière est assez éloquent. Y compris pour lesdits ministres.

Sakho se troue méchamment et donne carrément la balle à un petit sablé… C’est Papus qui nous sauve. Côté passe en retrait, Mamad, sur ce coup là, a atteint le 12/10 dans l’échelle du Tièné. J’hurle. Très fort. Très très fort. Captain Mamad, c’est pas capitaine Flam, c’est pas trop lui qui sauve les gens de Mégara sur ce coup là. Alors qu’avec Goldorak dans les buts et Capitaine Flam en défense, on aurait une sacrée équipe. Manque plus qu’Albator. Et peut être Musclor.

Pour l’heure, Jallet se fait faucher par un paysan, puis Néné se prend un coup de coude –mais la moisson c’est en juillet bordayl- qui finit à terre, en position fœtale. Et pleure. D’un côté nous avons les amateurs de Sablé qui concourent sur la pelouse de la MMArena pour le titre de meilleur ouvrier de France, section Boucherie. Et de l’autre, notre Néné qui  retourne dans le ventre de sa mère. Mais bien sûr.

Avant d’enchaîner sur un petit tir perso alors qu’il y avait deux chevaux mieux placés dans la quatrième course, histoire de nous faire toute sa panoplie. Comme il rate son coup, il s’énerve. Classique. Erding fait la gueule.  Ménez se foire. Tout le stade se fout de sa gueule. Un petit Sablé rejoue au loto, mais en fin de match, leur équipe a tellement donné que la puissance n’est plus au bout du pied. Sirigu n’a qu’à se baisser pour ramasser tranquillement le ballon. Lui par contre, il est applaudi.

Un dernier petit but de Néné pour terminer –il est dans une phase doublés en ce moment, le Néné- et le match se termine tranquillement. Bilan : 4-0 pour nous et un Pastore blessé. Bravo aux amateurs de Sablé, qui ont bien donné. Direction le vestiaire avec les officiels. Comme à chaque victoire, j’ai très chaud dans la culotte mais pas question de baver : tous les joueurs de Sablé squattent pour récupérer les maillots –ce qui est trop trop chou- et y’a des télés et des politiques partout. Pas idéal pour une soupe de langues, voire plus si affinités. Frustration.

Remise du maillot à Fillon, à Douillet, à ma cousine, à mon ours en peluche… Fillon repart même avec le maillot de Javier. Du coup, El Flaco se fait dépouiller de son short, puis de ses protège-tibias par les amateurs de Sablé, bien décidés à s’offrir un petit souvenir. A la porte –si j’entre, je lui saute dessus, donc on va éviter- je trépigne, jusqu’à ce que Bruno batte le rappel des troupes encore attardées auprès de la presse pour rejoindre le car qui ramènera les garçons vers Paris.

Enfin pas tous… C’est avec bonheur que Salvatore découvre la raison de ma venue en voiture et non avec les joueurs : j’ai discrètement négocié cette semaine une dispense de retour, afin de prolonger le week-end tous les deux dans un endroit magnifique que je connais bien au nord du Mans. Soldat Sirigu, libéré ! Garde à vous…

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