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La Bouche de la Vérité (Bocca della Verità), disque très célèbre de marbre, d’aspect apotropique (qui sert à éloigner et à exorciser une influence mauvaise), exposé sous le portique de Sainte Marie in Cosmedin à Rome, doit son nom à une attribution populaire qui dit qu’elle peut mordre la main de celui qui ment.

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Cette oeuvre de marbre intéressante a inspiré de nombreuses légendes et théories.

Elle est définie de façon erronée comme «ancien couvercle de puits» ou de la Cloaca Maxima et elle représente, en superficie d’un marbre d’époque imprécise, un visage d’homme ou de divinité (le dieu Océan, un satyre, etc …).

Par de nombreux aspects historiques et archéologiques (symbolisme, religion etc …) convergents et aussi à cause du matériau dans lequel elle a été construite, on est parvenu à une confirmation de son identité.

En conclusion de cette expertise, cette oeuvre confirmerait la représentation symbolique spécifique d’une forme solaire du dieu Faune, divinité italique honorée d’un culte antérieur à Rome, souvent confondue avec le dieu Sylvanus, divinité des bois et des forêts ou avec le dieu grec Pan avec lequel, même s’il présente quelques caractéristiques communes, s’en différencie par divers pouvoirs divinatoires.

Faune était le fils de Picus, père de Latinus, descendant de Saturne et de la fille de Janus, Canente, divinisé après avoir été roi. Dieu solaire des champs et du troupeau, il était vénéré pour la force génératrice, pour la santé, pour la prédiction de l’avenir et pour tout ce qui était lié à la nature champêtre des bois et des eaux. Pour le dieu Faune, surnommé aussi « Lupercus » (celui qui éloigne les loups), il y avait un rite important le 15 février sur le seuil des «Lupercales », lieu décrit dans la légende des jumeaux Romulus et Remus, allaités par la louve Acca Larenzia. Rome dédia au dieu plusieurs temples (dont un circulaire, sur le mont Celius) et des fêtes propitiatoires, aux abords de l’Aventin (faunalies).

La plus importante tombait le 5 décembre et, en cette occasion, on sacrifiait un bouc et un mâtin (gros chien), avec des offrandes de lait et de vin, pour conjurer la divinité à tenir éloignés les loups des troupeaux, pour que les agriculteurs puissent faire une bonne récolte, et les chasseurs et les pécheurs d’abondantes prises. A cause de ses qualités divinatoires, entre autres, l’image de «Faune» était omniprésente dans les fêtes, les bacchanales et lors de plusieurs grands rites propitiatoires champêtres.

Du culte des fontaines et des sources, dont une jaillissait dans l’Ile Tibérine, et de l’union intime de Faune avec le culte de Janus, on édifia dans l’île un temple dédié à Faune «médecin» (Plutarque- Numa). Le dieu Faune, en plus d’être une divinité solaire et agreste, avait un culte propre dans l’île d’Esculape, où les malades dévots, pouvaient bénéficier, sous l’apparence de révélations du dieu, des connaissances médicales des prêtres préposés pour cela.

Après avoir été retrouvé en 1637, le grand médaillon de la Bouche de la Vérité fut alors placé sous le portique voisin de Sainte Marie in Cosmedin, ensemble unique de paganisme et de Christianisme à l’intérieur duquel sont bien visibles les colonnes puissantes du temple de Cérès (Ive av. l-C.) et, à l’arrière, l’ouvrage de maçonnerie de L’Ara maxima (VIlle av. J.-c.) d’Hercule, dieu de l’agriculture, de l’abondance et de 1a parole tenue (dans les légendes du Latium son nom est lié à celui d’Evandre et du dieu Faune).

L’énorme masque de la Bouche de la Vérité, œuvre d’aspect panthéiste et d’un contenu artistique, secret et très original, provoque encore aujourd’hui sur les personnes une émotion unanime d’une sensation païenne inhabituelle, par son aspect mystérieux et par ses symboles «étranges », n’étant presque plus reconnaissables à cause de la lente érosion boueuse durant les siècles de son enfouissement.

L’ oeuvre mesure en épaisseur 16 cm en haut et 22 en bas. Son diamètre est de 1,66 m. Son poids total est d’environ 43 quintaux. Les cavités sur les bords du grand disque de marbre, permettant la prise des crochets de fixation, l’identifiaient en position verticale et centrale sur un mur du fond La forme arrondie fut un symbole de propitiation solaire pour l’agriculture mais le plus particulier tient au grand nombre de symboles représentés sur l’effigie: un disque solaire au centre, sur le devant, appuie la thèse de l’entrée du cuité d’Isis et des divinités, égyptiennes dans le Latium archaïque.

Symbolique est le scrotum, sous forme sphérique en bas, représentant la glande bilatérale de la force génératrice, et en haut, parallèlement aux cornes en forme de pinces pour signifier la symbiose caprine et pastorale avec la fluviale et marine. Les profils de deux têtes de loups, faisant référence indubitablement aux «lupercales», sont visibles sur les côtés du visage. Cet énorme disque, sculpté avec des cavités percées dans une des diverses sortes de marbre de Carrare, veinée et à gros grain, était géologiquement un élément de superficie, certainement prélevé à une période précédant celle des extractions. Pour ce motif la réalisation de l’oeuvre remonterait avant le IVe av. J.-C.

Cette image du dieu Faune fut placée par les Romains selon toute probabilité à proximité du temple de Cérès, lieu de conjonction de trois collines: Palatin, Aventin et Capitole, où Rome a pris naissance.

GIORGIO MARLIN

En 1989, Giorgio Marlin, expert en sculpture grecque et romaine, enseignant au «Dipartimento di Romanistica» de L’Académie Pontificale Tibérine, identifia cette pièce archéologique connue, représentant «La Bouche de la Vérité», en définissant sa symbolique et tous les éléments représentés, sa datation et son identité.