douleur30 mois. 30 mois que la douleur a commencé, pour ne plus jamais s’arrêter. Jour et nuit, toujours ce pincement au bas du dos.

Au fil du temps, j’ai acquis une telle résistance à la douleur que je me suis habituée à supporter cette douleur au quotidien.

1 mois. 1 mois que j’ai le bas du dos en feu. 1 mois de crise aigüe. 1 mois à sentir la hernie appuyer sur le nerf sciatique, et la douleur traverser mes fesses, pour descendre dans mes cuisses et parfois plus bas.

Cette douleur-là est profondément intense –entre 8 et 10 sur l’échelle de la douleur- et me place à la limite de la paralysie.

Au fil du temps, la douleur a profondément parasité ma vie. Elle s’est incrustée partout. Jusqu’à devenir centrale. A force, elle a considérablement modifié mon caractère. La grande gueule que j’étais s’est calmée. Je suis devenue extrêmement timide. Oh, je suis sociable et assez facile à aborder. Mais je reste très secrète. Il est devenu difficile de m’apprivoiser et je ne recherche plus la compagnie des autres. Pour une raison simple : personne ne comprend la maladie.

D’une manière générale, les gens –amis, copains, connaissances- me font comprendre que je les ennuie et que je me plains pour rien, en m’expliquant que le mal de dos est le mal du siècle, et que je ne suis pas la seule. Circulez y’a rien à voir ! Ou encore, ils me donnent leurs bonnes recettes, comme si j’étais assez débile pour ne pas avoir déjà tout tenté… Si je ne le fais pas, ils me font de nombreux reproches, sous entendant que je ne fais aucun effort pour guérir. On voudrait me dire que je l’ai bien cherché, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Dit-on cela à un cancéreux ou un accidenté de la route ?

Pour éviter ces incompréhensions qui me blessent, j’ai fini par adopter la technique du silence. Je ne parle plus. Je ne vais plus vers les gens. Forcément, je me sens terriblement seule. Autant la solitude ne m’a jamais effrayée, car je suis d’un naturel solitaire, autant là, j’ai le sentiment que s’il m’arrivait quelque chose de grave, personne ne le saurait. Parce que quand je m’évanouis de douleur, je ne le dis pas.

Livrée à moi-même, je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas de soutien alors que ma maladie est sérieuse et la douleur réelle. Est-ce parce qu’on n’en meurt pas ? La douleur ne suffit-elle pas ? Les gens pensent-ils que j’invente ? Que le médecin des urgences m’a balancé de la morphine dans les veines pour faire joli ?

Comme je suis une battante, j’évite ces contacts qui me blessent. Ma priorité reste de conserver mon emploi. J’ai connu deux ans de chômage, la galère et la faim. Depuis un an, j’ai retrouvé un bon emploi, dans une ambiance saine, et j’ai pu retrouver une vie équilibrée. Et surtout, travailler me permet de me sentir utile, et ça m’aide à gérer la douleur. C’est important pour moi. Et c’est ce qui me permet de conserver le moral.

Reste que je me demande jusqu’à quand je vais être en mesure d’occuper ce poste tant je souffre pour m’y rendre. Je ne supporte pas du tout les trajets en transports en commun. Faute de pouvoir les prendre tout le temps, j’ai dépensé le mois dernier 500 € de taxi… C’est hors de mes moyens. Malgré la véritable compréhension de mon Boss, qui ne doute ni de ma volonté, ni de la réalité de mon mal, et qui cherche toujours à arranger ses employés, j’ai parfois envie de tout laisser tomber. C’est de ma faute, car je n’arrive pas toujours à lui en parler. J’ai surtout peur qu’il finisse par trouver que j’exagère. Ca me paralyse.

La vérité, c’est que je me sens terriblement coupable. Coupable d’avoir mal, coupable d’être malade, et pire que tout, coupable de ne pas guérir… Ce poids si lourd à porter m’a réduite au silence. Et lorsque je ressens le besoin d’appeler à l’aide, je ne le fais pas. D’autant que certaines expériences ont tournée au vinaigre, quand les personnes m’ont aidé tout en me faisant sentir que c’était une énorme contrainte pour elles… sans s’en rendre compte. Blessée, j’ai fini par développer un sentiment de honte.

Oui, j’ai honte d’être malade. Honte d’avoir mal. Honte d’être fragile. Honte d’être un poids. Pour tout ça, pardonnez-moi…