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psyMercredi 7 mai. Après de longues semaines d’attente, c’est enfin aujourd’hui que je vais rencontrer la psychologue, qui doit donner son avis sur mon projet.

C’est la dernière étape du processus de validation de l’opération, tous les autres praticiens ayant donné leur accord.

Avant ce rendez-vous, j’avais du mal à l’appréhender. Je savais juste qu’il était obligatoire de par la loi, et que l’équipe médicale qui me suit évite d’opérer les personnes en cours de dépression, étant donné qu’elles sont moins enclines à respecter un protocole strict, or celui-ci est nécessaire pour la réussite de l’opération. Il vaut donc mieux attendre que la dépression soit terminée plutôt que d’entreprendre une opération aussi risquée pour rien.

Il m’aura fallu vivre cet entretien pour comprendre à quel point il peut être utile. Ici, il n’est pas question de juger la personne, mais de voir si elle est consciente de l’opération qu’elle s’apprête à vivre, d’une part. Mais également et surtout de savoir si elle a bien compris les changements qui allaient en découler dans sa vie.

Le premier changement est l’obligation de suivre un protocole. Cela implique donc d’être rigoureux. Sur ce point, la psychologue n’a pas de crainte à mon sujet : en tant qu’assistante personnelle et de direction, la rigueur est mon métier. Mais selon la psy, mon histoire raconte aussi ma rigueur. Sur ce plan là, les choses devraient plutôt bien se passer. Mon journal de bord et mon cahier de suivi des repas m’y aideront.

Ce sont d’autres changements qui m’inquiètent plus. Ca peut paraître fou, mais je me demande si c’est facile de passer de l’obésité à la minceur. Bien sûr, la société nous vend que le bonheur est d’entrer dans du 36. Mais voilà, je n’y crois pas une seconde, et je me demande si je vais m’habituer à ce nouveau corps : j’ai eu tant de mal à m’habituer à l’actuel !

Pire, j’imagine qu’autour de moi, tout le monde va trouver ça super que je maigrisse. Ce qui pour moi, est le négatif des précédentes incitations à maigrir. S’il me semble facile d’accepter les compliments qui me seront fait –il faut savoir accepter la gentillesse de l’autre-, je crains cependant d’avoir un ressenti très différent de mon entourage… encore une fois. D’être encore en décalage. De mettre plus de temps à m’habituer, à me reconstruire. Parce que je vais changer d’identité et ça, ça prend du temps.

L’évocation très directe de ces craintes a plutôt rassuré la psy. Elle m’a indiqué que c’était de bonnes questions, et qu’effectivement, lors de la perte de poids, je serai confrontée à ces questions d’image et du possible écart entre le regard de la société sur moi, plus positif, et le mien, qui mettra peut-être plus de temps à accepter mon nouveau corps. Ca n’est pas négligeable, comme thématique.

C’est pourquoi l’équipe médicale conseille au patient de revoir la psy après l’opération, tous les trois mois pour commencer, puis d’ajuster selon les besoins, en supprimant ces rendez-vous ou au contraire, en augmentant leur fréquence en cas de thématique nécessitant une prise en charge, même légère, afin d’éviter que cela ne dégénère.

Ayant bien accroché avec cette psychologue, je suivrai cette recommandation. En effet, je tiens à aller bien : il me semble donc judicieux d’être suivie par quelqu’un qui pourra déceler des signes d’apparition d’une thématique à problèmes avant que moi-même je ne m’en rende compte. Et je souhaite poursuivre avec elle parce qu’elle est expérimentée : à force de voir des gros, elle est très au fait des problèmes que nous avons pu rencontrer à cause de notre poids.

Ainsi, lorsque j’ai raconté mon histoire, elle m’a instantanément dit que je n’étais pas responsable de ma prise de poids. Etant donné que je reproche à la médecine de m’avoir fait grossir à cause des régimes, je suis extrêmement sensible lorsqu’un praticien reconnaît que je suis victime de cette époque où la médecine se trompait sur ces questions. Et ça me fait un bien fou : j’ai besoin, pour parvenir à déculpabiliser, que le corps médical au sens large prenne sa part de responsabilité au lieu de rejeter la faute sur moi.

A l’issue de la séance, la psychologue m’a enfin délivré son verdict : estimant que j’avais bien réfléchi à mon opération, et que j’étais parfaitement consciente des conséquences et des importantes modifications qui allaient survenir dans ma vie, elle a donné son aval. L’aventure continue !