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veriteJeudi 8 mai. Le jour idéal pour regarder La vérité qui dérange, l’émission dont m’a parlé la psychologue.

Selon elle, on y évoque sans détour l’inefficacité des régimes. J’ai du mal à le croire. Beaucoup de mal.

Et pourtant. Sous mes yeux ébahis, des médecins vont reconnaître l’inefficacité des régimes.

Au terme du premier épisode, le Docteur Zermati explique sans détour à une patiente, qui a fait 18 régimes, qu’il est incapable de déterminer quel est son poids idéal. En effet, depuis qu’elle est entrée dans le cycle infernal des régimes, elle a toujours eu un poids en mouvement : soit elle grossissait, soit elle maigrissait. Mais elle n’a jamais été stable. Phénomène aggravant : au cours de cette période, son poids de forme a pu, éventuellement, se modifier. J’avoue que je ne le savais pas.

Conséquence : il va falloir retrouver le poids idéal de cette patiente. Et là encore, la franchise du Dr Zermati détonne avec les habitudes du milieu médical. D’emblée, il lui indique que ce poids idéal peut être inférieur au poids qu’elle affiche, mais également supérieur. Immédiatement, la patiente lui dit qu’elle n’est pas bien à ce poids, et donne un poids idéal, celui de ses 16 ans. Le médecin la stoppe : elle évoque un poids rêvé et non un poids idéal médicalement parlant. Enfin, il enfonce le clou en ne lui promettant pas de perdre de poids.

Sa promesse est toute autre : il lui promet de sortir de l’enfer des régimes. De retrouver le plaisir de manger, et la sérénité face à la nourriture, qu’elle a perdue depuis des années. Selon lui, la patiente devra peut-être accepter d’avoir, à la fin de cet accompagnement, un poids différent de celui dont elle rêvait.

Durant tout le film, des expériences montrent comment les régimes amènent à perdre du poids rapidement, puis pourquoi on le reprend, et comment l’effet yoyo dérègle le corps au point que l’obèse, désormais malade du fait de ce dérèglement, perd tout contrôle sur son alimentation par la simple perte de la sensation de satiété.

Concernée au plus au point par ce sujet, ce film m’a fait un bien fou. Mise au régime à l’âge de 10 ans par ma mère, qui avait remarqué mon gros cul, et suivi à cet âge dans le meilleur service dédié aux questions de surpoids à l’hôpital Saint-Michel, j’ai passé ensuite 14 ans à me battre contre les kilos pour finir à en avoir pris 38 de plus que mon poids de départ.

De mes 10 ans à mes 24 ans, j’ai entendu dire quotidiennement que je devrais faire un petit régime, que je ne faisais aucun effort, que je n’avais aucune volonté, etc… Pourtant, j’ai perdu des centaines de kilos. On m’en a félicité. Mais lorsque je reprenais du poids –ce qui était pourtant physiologiquement évident- on me réprimandait. J’ai passé 14 ans à vivre dans la culpabilité et à subir les insultes.

Jusqu’en 1998. Cette année-là, mon médecin, qui me suivait depuis 5 ou 6 ans, a dit stop. Lors d’une conversation dont je me souviendrai toute ma vie, et dont il nous arrive de reparler, il m’a proposé de cesser tous les régimes, afin d’arrêter le cycle infernal de la perte de poids suivie d’une reprise de poids supérieure au poids perdu. Il m’a demandé d’essayer plutôt de stabiliser mon poids. Sans faire de régime.

Très honnêtement, il m’a dit qu’il ne savait pas comment me faire perdre du poids, mais qu’il fallait éviter d’aggraver le problème. Pour le reste, il me proposait d’attendre que la médecine en sache plus, et puisse m’aider à perdre du poids sans risque de reprise. En d’autres termes : il savait déjà, lui, que les régimes étaient une aberration médicale. D’ailleurs il me l’a résumé ainsi : 95% des gens ont repris tout le poids perdu ou plus à 5 ans après le régime donc si le régime était un médicament, les autorités de santé n’autoriseraient pas sa mise sur le marché en raison de son inefficacité.

Ca a marché. J’ai réussi à stabiliser mon poids pendant quasiment 10 ans. Ensuite, j’ai eu des prises de poids et des pertes de poids qui ne s’expliquent pas par les régimes, car je n’en ai plus jamais fait. J’ai eu des soucis de stress, de manque d’activité physique, et de relâchement dans ma surveillance alimentaire. Mais j’ai également arrêté de fumer. Enfin selon mes derniers examens sanguins, ma prise de poids rapide et récente pourrait s’expliquer par la thyroïde : je dois passer une échographie pour le vérifier.

Ce que m’a dit mon médecin en 1998 m’avait fait énormément de bien. Récemment, il m’a encore réexpliqué que je n’étais pas responsable de mon obésité. Et pourtant, que dit la société ? Régulièrement, je subis le regard inadapté des autres. Tous sont encore persuadés que je suis coupable de mon aspect physique et que je manque de volonté, voire que je me laisse aller.

Régulièrement, mes connaissances m’incitent à me prendre en main : certains me poussent à faire du sport, d’autres à supprimer des aliments de mon alimentation… Et ça, ce sont les personnes bienveillantes. D’autres sont plus insultants, et je lis quotidiennement des propos anti-gros sur les réseaux sociaux. Propos qui seraient pénalement répréhensibles s’ils étaient tenus sur les homos ou les juifs, mais qui sont totalement acceptés voire recommandés vis-à-vis des gros. Pourquoi une telle chasse aux sorcières ?

Il est tout de même incroyable que n’importe qui s’autorise à prescrire un régime à n’importe qui. Et pourtant, amis lecteurs, n’avez-vous jamais dit à l’un de vos proches qu’il pourrait faire un effort ? Faire un petit régime ? Se mettre au sport pour s’affiner ? Si vous l’avez fait, vous vous êtes pris pour un médecin, en tentant de soigner la maladie qu’est l’obésité. Sérieusement, ça vous dirait que je m’occupe de votre jambe cassé, de vous recoudre une plaie, ou que je vous dise quoi faire en cas de cancer ? Non, des gens font plus de 10 ans d’études pour ça. Alors pourquoi le faites-vous sur ma maladie ?

En outre, ceux qui donnent ces conseils ne connaissent absolument pas mon historique médical. Pour eux, je suis grosse donc je bouffe trop. Faux. On m’a mise au régime à 10 ans parce que j’avais des fesses plus grosses que le reste de mon corps, ça n’était pas harmonieux. Mais le reste de mon corps, il était comment ? Eh bien, j’étais fine. Avec un ventre plat et des jambes de rêve, normal puisque je pratiquais la danse depuis mes 2 ans.

Aujourd’hui, on me conseillerait de faire des abdos-fessiers pendant des années afin de tenter de remodeler mes fesses le mieux possible, mais sans rien me promettre car ainsi est la forme de mon corps. D’autre part, on m’a mise au régime à 10 ans. A un âge où je ne remplissais pas moi-même mon assiette. Donc soit mes parents me gavaient, soit pas, mais dans tous les cas, je ne suis pas responsable d’avoir trop bouffé : étant enfant, je n’avais pas encore les moyens de le savoir !

Les gens qui me conseillent –encore aujourd’hui- de « faire un petit régime » sont, à mes yeux, des criminels. Leur comportement consiste à pratiquer illégalement la médecine, en indiquant un traitement à quelqu’un sans être qualifié pour. C’est quelque chose de très grave.

Depuis quelques années, je me fais un plaisir de leur répondre sur le fond en expliquant pourquoi les régimes sont criminels : combien de victimes j’ai pu faire lors des visites médicales professionnelles ! Evidemment, malgré mon calme et mes explications détaillées, j’ai systématiquement été prise pour quelqu’un dans le déni, refusant de me soigner, et agressive. Alors qu’entre eux et moi, c’est bien moi la plus au fait de la question. Mais la société est prête à tout pour culpabiliser les gros, même à refuser leurs propos pourtant de bon sens…

Quand vous conseillez à un ami de perdre du poids, de faire du sport, de se prendre en charge… Vous n’avez pas l’impression de le prendre pour un idiot ? Vous pensez sérieusement que votre ami n’a pas remarqué son embonpoint ? Vous croyez à 100% qu’il n’a pas déjà tenté un sacré paquet de choses pour perdre son surpoids ? Lui avez-vous seulement demandé avant de sortir ces phrases qui vont immanquablement le blesser ?

Si vous voulez faire quelque chose pour un ami gros, demandez-vous d’abord pourquoi : est-ce parce que les gros vous gênent, ou est-ce parce que vous vous inquiétez pour sa santé ? Si vous vous inquiétez pour sa santé, vous lui demandez aussi régulièrement l’état de ses selles ? Ses résultats de prise de sang ? Non ? Non. Vous ne rentrez pas dans sa vie médicale car elle relève de son intimité. Alors pourquoi vous vous autorisez à lui dire quoi faire sur son obésité ? Parce que ça se voit.

Si vous êtes un ami, votre inquiétude est légitime. Mais elle ne vous autorise pas à lui dire quoi faire. Tout juste, vous pouvez lui conseiller de consulter. Vous n’êtes pas médecin. Et si vous lui conseillez un régime, vous faites une énorme erreur qui va aggraver sa maladie au lieu d’améliorer sa santé. Alors par pitié, abstenez-vous.

Imaginez aussi la vie de votre ami. Il sait qu’il est gros. Tout le lui rappelle. A commencer par son reflet dans la glace. Contrairement à vous, il galère pour s’habiller. En ces temps de dictature de la mode, il est très difficile de trouver des vêtements grande taille, qui ne sont pas toujours bien coupés. Le fameux phénomène sac à patates. Mais ça n’est pas tout. Votre ami a aussi plus de mal à monter les escaliers ou marcher, car il doit porter son poids, bien plus conséquent que le vôtre.

Enfin, tout au long de la journée, il est confronté au regard impitoyable d’une société qui rejette les gros : dans les transports, au bureau, à la piscine, dans la rue… Au mieux, ce sont des regards de désapprobation, au pire, des insultes. Sans parler des fameux « bons conseils » donnés par les uns ou les autres particulièrement lorsqu’il se trouve devant une assiette. Histoire de bien le culpabiliser face à la nourriture. Votre ami vit un enfer.

Et pourtant, il reste jovial. Certes, vous le trouvez parfois renfermé. Vu les pressions quotidiennes qu’il subit, c’est un peu normal, non ? Surtout qu’il a déjà sa maladie à gérer ! Est-ce que vous faites chier les cancéreux ? Mais votre ami aussi, il peut mourir de son surpoids !!!

Parfois, il ne s’accepte pas et fait preuve d’une volonté incroyable pour tenter de perdre cette enveloppe graisseuse. Parfois, il s’accepte et même s’il aimerait perdre ce poids, il apprécierait surtout qu’on lui lâche la grappe avec ses kilos en trop. Dans tous les cas, regardez les choses en face : votre ami gros ne s’en sort pas si mal, vu comment la société le traite.

Voilà pourquoi, afin d’ôter les idées reçues sur les régimes et l’obésité, il serait bon que chacun fasse l’effort de regarder cette série d’émission. L’idéal serait que la médecine accepte, elle aussi, de dire la vérité. Et ainsi, le regard de la société sur les gros pourrait finir par changer. Et ça ne serait que justice…